Silence suspect

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Il y a plusieurs raisons qui poussent à ne pas écrire. La première serait la conscience qu’on n’a rien à dire. Une autre serait à peu près l’inverse : tellement à dire qu’il vaut mieux se taire pour le repos mérité des hypothétiques lecteurs. C’est vrai, ça. Qu’est-ce qui m’autorise à infliger à mes voisins de toile quelques élucubrations plus ou moins geignardes et répétitives quand tout le monde essaie de s’accorder pour trouver du positif à tout prix et partout. Ou alors du sordide, mais franchement, alors. Du fait-divers franc et lourd.

Bref, si je me suis tu cette semaine, c’est pour plusieurs raisons. La première, c’était cette sorte de rhume qui dure encore et ne se sait pas trop se situer entre la grippe et une nouvelle maladie inconnue qui donne de la fièvre. Une autre raison est la difficulté de se connecter dans les hôtels du sud-ouest ou d’ailleurs, où l’on te pique toutes tes données pour les vendre à des sites publicitaires (ou aux renseignements) tout en t’offrant un débit digne des années 90 (époque minitel). Les tournées…

Mais la vraie raison de ce silence, c’est vraisemblablement mon arrêt du tabac. C’est à dire que le premier jour, t’as peur de ne pas tenir. Le second, c’est encore pire. Le troisième, tu ne sais plus où tu habites et ne penses qu’à ça. Le quatrième, tu ne sais pas comment tu vas réorganiser ta vie tant tu aimes fumer, t’extraire d’un repas pour aller en cramer une, t’isoler du groupe et regarder la lune, pousser une causette enflammée et enfumée où les clopes s’enchainent avec excitation. Ça y est, tu vas pouvoir le dire et voir comment tu vas faire pour le poids que tu vas prendre. Faire du sport ? Marcher ? Faire gaffe quand même à ne pas faire comme un copain collègue qui est devenu addict à la piscine. Il me faudrait une activité moins humide et moins contraignante. Lire n’importe où, n’importe quand, comme on fume.

Excusez-moi, je vais me faire quelques pages au soleil et je reviens.

Tiens, salut, toi aussi tu lis entre les plats ?

Ben ouais, j’aime bien.

Saaaaluuut ! Je peux me joindre à vous ? Personne n’aurait un polar à me prêter ?

Putain, mais tu pourrais t’en acheter, quand même. À chaque fois tu viens lire trois pages sur mon épaule. Et c’est chiant.

Ho ho ho, les lecteurs ! Vous pourriez pas aller lire plus loin ? Il y en a qui travaillent !

Pfffff, la dictature des non-lecteurs, ça commence à gonfler…

La vie de tournée

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Le mardi, tu prends le train, tu arrives en ville 1 vers 16:00. Passage à l’hôtel. Tu vas au théâtre en 18:30 et 19:00 et tu en ressors à 23 ou minuit si tu y manges. Le lendemain matin tu pars dans la ville 2, tu y manges, tu vas à l’hôtel, puis au théâtre. Ainsi de suite jusqu’au dimanche matin où tu prends le train pour rentrer chez toi. Et là, tu t’es autorisé une belle grippe qui t’oblige à te reposer au cas où tu aies eu envie de faire des folies.

Toujours là

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Ségré, Anjou. Nous jouions Intra-Muros au Cargot, hier soir. En allant boire un café à la brasserie du Super U, me suis arrêté saluer les gilets jaunes du coin. C’est bien beau de nous soutenir, mais il faudrait venir avec nous, un peu, m’a dit une dame. Ben, je suis de passage. Ce soir, on joue a Vitré.

Le patron et le vigile

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On va encore me dire que je suis toujours dans une attitude critique. Contentons-nous de faits.

D’abord cette histoire Benalla. C’est l’histoire de trois copains qui bossent dans la sécurité. L’un bosse pour le président, l’autre pour la République en Marche et le troisième au cabinet du premier ministre. Déjà, à la base, ça fait beaucoup. Le premier mai, deux d’entre eux décident d’aller casser du gauchiste en manifestation avec brassards, casques et armes filés par la police. Drôle d’occupation pour des mecs de la sécurité mais bon, on s’amuse comme on peut. Mais, non seulement ils ne sont pas empêchés, mais ils sont aidés. Une petite sanction s’en suit, mais elle est symbolique. Jusqu’à ce que la presse identifie Benalla. Réponse du gouvernement : ce mec fait n’importe quoi. Ce n’est pas une affaire d’état, mais une affaire d’été. On fait semblant de s’agiter un peu mais, avant de faire les perquisitions, on laisse le temps à Benalla de se débarrasser d’un coffre-fort contenant vraisemblablement des choses compromettantes. Disparu, le coffre, envolé ! Et puis on finit par le virer, parce que ça commence quand même à faire désordre. Mais on lui laisse du boulot pour le 14 juillet, pour la coupe du monde, pour les voyages de Macron, on lui laisse ses passeports diplomatiques, on le retrouve en Afrique à faire du business quelques jours avant une visite officielle du patron, on apprend qu’il a monté des affaires, créé une boîte avec la mafia russe, avec ses potes, pendant qu’il exerçait encore à l’Élysée.

Alors qu’ils sont sous contrôle judiciaire, on apprend par Médiapart que les potes de voient toujours malgré l’interdiction qui leur a été faite par la justice. Réponse de l’état : perquisition chez Médiapart. On sait jamais. Peut-être qu’ils ont le coffre de Benalla.

La veille de la sortie du rapport accablant du Sénat, on envoie Bénalla et Crase en prison. C’est vrai que ça faisait désordre de laisser ces bandits dehors quand des gilets jaunes sont enfermés. Mais, une nouvelle bourde idiote permet à Ben et Cracra de partager pendant une heure la même cellule pour papoter ensemble alors qu’on va les arrêter parce qu’ils avaient parlé ensemble alors qu’ils n’en avaient pas le droit. À ce stade, ce n’est pas qu’ils sont incontrôlables mais qu’ils sont incontrôlés, tout simplement. Et puis hier, une semaine plus tard, pfffuit, les voilà libérés. On est en droit cette fois de se poser quand même deux ou trois questions. La première idée qui vient en tête, c’est qu’il est protégé. La seconde, c’est qu’il y a des raisons à cela. Et vu la montagne de conneries que fait ce mec, les raisons, elles doivent être énormes.

Faut-il en conclure que Macron est malhonnête ? Ben, j’ai envie de dire qu’un mec qui s’attaque aux APL, qui enlève 18 millions aux centres d’hébergement en 2018 avec pour objectif une coupe de 57 millions en trois ans et qui va se faire photographier à côté des SDF (pour comprendre), je ne suis pas certain que ce soit la preuve d’une grande honnêteté. Ou alors, je ne connais rien à l’honnêteté.

Mais bon, contentons-nous de penser que je fais partie de ces casse-couilles qui voient le mal partout. Les coupables, c’est toujours ceux qui ramènent leur fraise.

Festival Les sentiers quantiques

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Rassembler des esprits libres pour des rendez-vous créatifs éphémères. Telle sera la ligne éditoriale du festival Les sentiers Quantiques.

Le principe : un festival d’arts improvisés, chansons, théâtre, littérature, poésie, cinéma…

La philosophie : bousculer les cadres rigides, détourner, inventer

Le cadre : pour bousculer les cadres, il faut des cadres. Ainsi, le festival aura un programme préétabli sur deux jours : par exemple à 11:13, initiation aux baguettes de sourcier, 14:34, visite guidée improvisée sur un parcours révélé à 14:34. 17:00, concert avec trois groupes improvisés. 19:00 : le JT avec des documents filmés la journée. 20:12 : repas aléatoire. 21:04 : pièce de théâtre en trois actes dont la trame est tirée au sort. 22:36, chanson française. Bref, un programme à élaborer sur deux jours avec un cadre strict et ce qu’il faut de contraintes pour éveiller l’invention et la poésie.

Le lieu : Évidemment, je commencerais bien en Charente, dans mon bled (ou pas loin), mais ce festival pourrait très bien être itinérant, dans toute la région, changeant chaque année d’endroit. Mais c’est encore à réfléchir. La fréquence est aussi à déterminer.

Voilà le dernier projet dont j’accouche. C’est à dire que je me suis réveillé tout chiffon, me disant que je ne cessais de me démarquer avec mes visions anarchistes, mes recherches sur la pensée agissante. Mais, derrière tout cela, se cache une farouche envie de liberté, d’inventer, de créer du possible, de la vie, là où tout semble tracé et définitif. Et cette tournure d’esprit peut être investie artistiquement pour le bien commun, le bonheur collectif, au moins de façon symbolique. C’est aussi une volonté de faire équipe, sortir du regard ahuri solitaire face à l’immobilité du monde. Rassembler, partager, en rire, inventer ensemble, fabriquer du rêve, le temps d’un week-end.

Pourquoi les sentiers quantiques ? Parce qu’en physique quantique, tant de choses sont possibles qui bousculent notre pensée.

Voilà, c’est officiel, l’idée est lancée. Ne reste plus qu’à la réaliser.

Equilibre instable

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Par Wiros from Barcelona, Spain —

Je réalise à quel point j’ai pu vous les casser, ces derniers temps, avec mes articles sur les gilets jaunes. Comme circonstances atténuantes, je passe ma vie (et ce sera comme ça jusqu’à mai) sur les routes et autres voies ferrées à aller jouer Intra-Muros partout en France et ailleurs. Ma vie n’est donc rythmée que par les trains, les hôtels, les théâtres et ce que je perçois du monde qui m’entoure. Je fais bien ici ou là quelques expériences avec l’eau pour traquer les influences de la pensée. Et la voie que j’ai empruntée semble bonne. Mais là n’est pas le sujet.

Vous savez, je suis passionné par l’art des sourciers. Je fabrique et j’invente toujours de nouvelles baguettes. Peu de gens y croient vraiment à cette chose. Pourtant… La magie des baguettes de sourcier, c’est qu’on les tient dans un équilibre instable et, quand l’équilibre se rompt avec la présence d’une veine d’eau souterraine, on n’y peut rien : la baguette se lance dans un mouvement que l’on ne peut freiner. L’eau est là, la vie, et elle est plus forte que la résistance que l’on offrait aux baguettes pour les maintenir à leur point d’équilibre.

La société aussi tient dans un équilibre instable. Pourtant, les inégalités sont criantes, nous sommes de plus en plus pressés, compressés. Si certains voient leurs revenus et leur niveau de vie augmenter, à tous les échelons c’est l’inverse qui se produit. Sauf pour les quelques plus riches qui voient chaque jour leur richesse augmenter. La précarité s’est développée un peu partout, sauf pour les très riches. Et ça crée des tensions. Et je ne parle même pas de la question environnementale.

Il y a quelques mois encore, les plus pauvres pensaient que leurs ennemis, les responsables de leur condition, c’était d’autres pauvres, des chômeurs, des étrangers, des parasites qui quittent la norme. Mais il y a eu le mouvement des gilets jaunes et la prise de conscience pour les plus pauvres que les vrais responsables c’était les riches qui trichent sur l’impôt, pratiquent l’évasion fiscale, sont toujours plus exonérés de charges (CICE, ISF). Ils ont pris conscience que le vrai pouvoir est aux mains du monde de l’argent, que nos gouvernants sont juste à leur service, que notre démocratie ne marche pas : système représentatif illusoire, répression policière et judiciaire des oppositions, la majorité des médias acquise à la cause des dirigeants. Ça on le savait mais là, ils ont pu l’éprouver, le vivre. Tout cela semble bien caricatural, mais est-ce faux ?

Comme je dis tout cela depuis des années, quand j’ai vu la tournure qu’a pris ce mouvement, j’ai eu envie qu’il rompe enfin cet équilibre instable mortifère, fondé sur l’injustice et l’inégalité. Quoi de plus naturel.

Quand je forme mes amis et collègues au maniement des baguettes de sourcier, ça marche avec tout le monde. Sauf avec ceux qui veulent trop que ça marche, de façon volontaire, intellectuelle mais pas sentie ou, au contraire, avec ceux qui se refusent d’y croire, qui ont peur que ça marche parce que ça bousculerait trop le socle de leurs certitudes.

Je crois que ceux à qui j’ai fait peur ou que j’ai heurté en croyant personnellement à ce mouvement, ont préféré n’y voir qu’un ramassis dangereux de fachos et gauchistes violents. Ils ont soudain eu peur que ça marche. Ils ont préféré conserver cet équilibre instable, malgré son lot d’injustices et d’illusions. Je ne saurais dire si ce mouvement aboutira à quelque chose, si les baguettes vont réagir avec force ou si elles vont rester horizontales. Je vois juste que tout est fait pour que le statu quo soit maintenu. La violence du pouvoir est gommée ou accompagnée par les faiseurs d’opinion. Une commission d’enquête du sénat met en avant la responsabilité des gouvernants dans l’affaire Benalla, par exemple, et aussitôt le pouvoir crie à la manipulation politique, sagement suivi par les médias qui étouffent l’affaire en quelques jours.

Quoi qu’il advienne, je resterai longtemps admiratif des gilets jaunes qui, malgré la répression, toutes les manipulations politiques et médiatiques, la désertion de la petite bourgeoisie, a su tenir aussi longtemps. C’est dire leur force face au rouleau compresseur du pouvoir qui tient tous les leviers.

Un sourcier n’a pas peur que l’équilibre instable se rompe. Cette rupture est la condition nécessaire pour quitter la surface visible des choses et accéder à un peu de profondeur.

Ce soir, c’est Florange

Bon bout d’après-midi à Thionville, passage à l’hôtel avant d’aller jouer Intra-Muros. Passé un bon moment à parler à un mec de LO. Sujet central, les Gilets Jaunes, bien sûr.

C’est toujours intéressant d’échanger. Je suis reparti avec l’impression que les gauchistes, ils attendent encore la révolution d’octobre derrière leurs lunettes rondes, en se plaignant des faux communistes et de la CGT. Pendant ce temps, une vraie révolution a éclos, mais personne ne l’a vue, ni les vrais, ni les faux. 

La France est paisible. L’état est en campagne, les médias propagandent et moi, je vais jouer au théâtre après avoir fait un peu de marche, curieux de l’urbanisme des villes, toujours le même : d’un côté du pont, les usines et les pauvres, de l’autre le centre ville historique et commerçant, juste après, les quartiers résidentiels et plus loin, encore les pauvres. Rien de bien révolutionnaire au fond, et depuis bien longtemps.