Pas la peine d’ouvrir le lien !

hollande

Pour commencer, je mets une photo peu vendeuse. Alors, je préviens que ça va être un article encore nombriliste et prétentieux. Con, quoi. Si je dis ça en préambule, c’est qu’une sorte de dépression s’exprime souvent à la fin d’un montage.

Je me suis retrouvé face à mon OVNI, un peu dépité. Et puis je suis allé au cinéma et j’ai vu Heureux comme Lazzaro d’Alice Rohrwacher. Du coup, je me suis senti moins seul. Et moins ringard, tant que j’y étais. Je me disais juste avant, à quoi bon faire des films comme tout le monde puisque tout le monde en fait (mieux que je ne le ferais, sans doute) ? Mais attention, je ne prétends pas que faire un film différent signifie faire un bon film. On va dire qu’il part au moins avec le mérite d’essayer quelque chose. Bon, le bonus ne vaut que si c’est fait sans prétention et en dehors de toute boursouflure narcissique. Des films originaux chiants à mourir, il en existe.

Cette façon de me démarquer sans chercher à le faire (je suis toujours convaincu au départ que je vais faire un film qui plaira à tout le monde) correspond bien au regard que je porte sur le monde qui m’entoure. J’ai un mal fou avec les cases, les boîtes, les tiroirs, les étagères, les étiquettes. Tout ce qui enferme et définit.

En lisant ce blog, on pourrait me penser France Insoumise. Mais, c’est plus compliqué que ça. L’autre soir, j’ai regardé sur internet un bout du meeting de Mélenchon à Pau. Je n’ai pas pu m’empêcher de trouver les premiers orateurs médiocres, de voir qu’ils étaient coincés derrière un pupitre mal sonorisé, que les commentaires en direct étaient faux, du genre « Merci JLM pour cette leçon d’histoire de haut niveau ! » alors qu’il n’avait pas encore commencé à prendre la parole. Et des comme ça, il en défilait à la pelle, du genre, on a mis en place un petit groupe d’insoumis qui vont balancer des commentaires pré-écrits. On se serait cru à Moscou en 1950. Sans compter, les chaises qu’on apporte pour placer devant les militants qui étaient sur scène. Ils étaient trop vieux, alors on a mis des jeunes devant eux. Sans parler de l’éclairage merdeux pour les premiers intervenants, projecteurs blancs sur les murs de salle des fêtes. Quand JLM est arrivé, les lumières se sont faites bleu-blanc-rouge, les micros pourris ont laissé place à 2 HF épinglés à sa veste pour qu’il puisse déambuler, on a viré le pupitre pour y placer sa table haute ronde avec bouteille de Perrier. Comment adhérer à un mouvement qui défend des idées proches des miennes quand je sens qu’on me prend pour un con et qu’on essaie de me manipuler. Les autres, ça vaut pas mieux. J’avais assisté à un meeting de Besancenot en son temps et c’était la même chose. Il déboule en dernier avec sa houppette et son blouson noir pour faire le sketch après qu’on se soit payé une brochette de prises de paroles merdeuses. Lui, vu à la télé ! Je ne parle pas des ténors de tous bords. C’est kif kif.

Alors j’ouvre ma gueule sans carte comme j’essaie de faire des films sans tricher. Mais c’est pas simple. Je commence à réfléchir au prochain qui se passerait dans le futur, avec une télé qui dit des gros mots et ment à chaque phrase, les nains de jardin obligatoires et l’organisation de battues aux étrangers ou au gauchistes, un an sur deux. Le tout sous le contrôle de quelques-uns, invisibles, qui dirigent les banques, l’eau, l’agro-alimentaire, la pharmacie et l’énergie. Toute ressemblance avec le présent est totalement fortuite. Ça serait une farce bucolique tournée en campagne.

Le 17 novembre ? C’est la veille du 18. Le prix du carburant c’est rien par rapport à tout ce qu’il faudrait remettre en question et je ne suis pas certain d’être d’accord sur les solutions avec ceux qui vont manifester.

Retour dans le réel

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Ça y est, on en est au stade où le film se démerde tout seul. Encore quelques petites modifications au montage, histoire de peaufiner ceci ou cela, mais Manigances a fini de m’occuper l’esprit vingt-quatre heures sur vingt-quatre, de 9 heures à 19 heures en salle de montage, puis de 21 à 23:30 à écrire et enregistrer des voix-off et de la musique.

Le résultat sera encore un film inclassable, un OVNI pur et dur, une nouvelle bizarrerie intemporelle poético-blancanesque. Elle en laissera sur le bord de la route et en entrainera d’autres. Elle surprendra, c’est sûr.

Petit à petit, mes oreilles se rouvrent à ce qui m’entoure et mes yeux se remettent à faire le point au-delà de l’écran.

Bonjour le monde, je reviens !

Rire jaune

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Forcément, en enchaînant Beyrouth et le montage de Manigances, il ne me reste pas grand temps pour écrire sur le blog. Mais tout se passe à merveille côté Manigances.

Pourtant, pendant ce temps, il y a eu le Brésil, par exemple, cette élection qui s’ajoute à d’autres et qui nous laisse malheureusement présager les suivantes. On attaque les insoumis ici, des mecs d’extrême droite lancent des appels à la rébellion. Bref, pendant que je me distrais à tenter de faire rire en image, le monde continue sa chute vers la connerie généralisée au service du libéralisme (les bourses ne s’inquiètent jamais de l’arrivée au pouvoir de fachos, ni les riches).

Allez, demain c’est férié. Mais moi, je bosse à essayer de vous faire rigoler. C’est l’ultime possibilité de subversion, on dirait.

Super Liban

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Belle rencontre avec le Liban. Dans la salle d’abord avec quatre représentations d’Intra-Muros devant un public sensible et réactif. De ceux qui vous portent et vous accompagnent du début à la fin. Les quelques débats d’après spectacle étaient de haut niveau. Empreinte d’un goût des arts et d’un niveau culturel. La francophonie y tient une place importante. Jubilation de jouer avec les copains.

Extra-muros, Joëlle et Freddy nous ont promenés dans les montagnes du Chouf puis, hier, c’est en bateau qu’ils nous ont fait découvrir Byblos, un site archéologique unique, livre ouvert dont les lettres de pierre déroulent sous nos yeux et nos pas l’histoire de nos civilisations communes. Se côtoient grecs et romains jusqu’au château des croisés, temples et chapelles chrétiennes. Le croisement des religions qui cohabitent plus ou moins bien depuis des siècles dans ce pays traversé de guerres donne une impression de sagesse et de douceur. On devine comme partout la violence sociale et la corruption derrière ce tableau sirupeux. Mais le statut singulier de ce pays ouvert qui domine.

Désolé pour cette rédaction de CM2 mais j’ai été bousculé dans mes a priori de pays de chaos. Beyrouth ce n’est plus pour moi la seule image du bordel des années de guerre civile, d’occupation Syrienne ou de bombardements Israéliens. 

Ça monte

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Le montage ? Il se passe très bien. On se dirige vers un truc plus grave que je pensais mais qui pourrait séduire ceux qui ont un peu d’humour. Ma monteuse me dit que c’est un film féministe. Personnellement, je trouve que c’est un film d’une grande liberté. Je suis même étonné de pouvoir faire ça aujourd’hui. À suivre…

 

Tambouille

tambouille

Je ne veux pas faire de ce blog une master class de cinéma, mais de fait, comme j’y raconte ce que je fais, ça peut en avoir les airs. Aujourd’hui, c’est le montage qui m’apprend des choses.

Manigances est une libre adaptation d’Une saison au purgatoire, une des nouvelles du Décaméron de Boccace. Je m’étais éloigné du texte initial en transformant profondément les enjeux des personnages. Était né le scénario. J’avais ensuite imaginé des acteurs pour ces personnages. Le scénario avait glissé vers eux. Et puis au tournage, ce n’était plus tout à fait les mêmes acteurs. Certains avaient dû être remplacés, d’autres avaient changé.

En tournant, je me suis appliqué à respecter le scénario, à raconter l’histoire telle que je l’avais imaginée. Et quand j’ai vu le fameux ours, le bout-à-bout des séquences filmées, c’est une toute autre matière qui m’a sauté à la figure. J’ai eu par exemple la confirmation que certains dialogues par trop explicatifs pour satisfaire le confort de lecture des décisionnaires de commissions étaient inutiles et boursoufflés. Je me suis aussi rendu à l’évidence que les acteurs, par leur simple incarnation, dans leur bouche, dans leur corps, transformaient les personnages pour y raconter un peu d’eux-mêmes. L’histoire qui défilait devant mes yeux n’avait plus grand chose à voir avec celle que j’avais écrite.

L’étape de montage, éclairée par le regard neuf et factuel du monteur ou de la monteuse, consiste à faire le deuil de l’imaginaire conscient pour observer et tenter de comprendre le film que l’on a tourné. Ainsi, le rêve nous échappe pour se réinventer avec la matière filmique. Comme acteur, j’ai souvent fait cette expérience douloureuse de voir un film terminé qui racontait autre chose que ce qui avait été écrit au scénario et tourné avec application. En tant que réalisateur, c’est je crois la première fois dans ma toute petite carrière que je prends à ce point conscience que cette matière échappe au projet initial.

Il ne faut pas y lire une forme de déception mais une nouvelle angoisse de la page blanche. Quel film vais-je faire ? Quelle histoire je vais raconter ? Qui en sera le héros ?

Ce soir, nous allons montrer un premier montage à une petite partie de l’équipe. Les émotions et réactions de ces premiers spectateurs (pas innocents du tout) viendront encore renforcer les premières directions envisagées.

Une des conséquences de cet état d’entre deux, c’est que je peine à faire la musique. Elle met de la distance ici, prend le parti de tel personnage là, ne sait pas trop quel chemin emprunter. Ce n’est que la semaine prochaine que le vrai film saura ce qu’il raconte et que la musique trouvera sa place. Pour l’instant, en générique de début on a écrit « Manigances, un bidule de Bernard Blancan ».

Voilà, ainsi s’achève la visite de la cuisine. Excusez du désordre.

Le moment de l’ours

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Dans quelques petites heures, je vais voir l’ours. Pas un de Slovénie déplacé dans les Pyrénées. Non, un ours de Manigances. L’ours, c’est le premier bout-à-bout des séquences du film avec un semblant de montage. C’est la matière dans laquelle on va tailler et retailler jusqu’à ce que naisse le film. C’est la monteuse qui s’est attelée seule à la tâche. Pendant ce temps, je bidouillais musiques et voix-off.

Hier, j’avais rendez-vous avec mon éditrice. Sortie d’Oranges magnétiques en avril. Ce matin, c’est avec mon ancien éditeur qu’on va décider de la réédition ou non de Si j’étais guérisseur. Mais c’est le film qui envahit tout. Une petite pause sera bienvenue la semaine prochaine pour une escapade libanaise avec Intra-Muros.

Autant dire que je vis une période intense et passionnante. Tellement occupé que le remaniement ministériel qui invite encore des lobbys au sommet de l’état ne m’émeut pas plus que ça, que j’en oublierai presque que les peuples mettent les fachos au pouvoir aux quatre coins du monde. J’aime ces périodes, immergé dans une bulle, où l’on rêve le monde plutôt que le vivre.