À l’origine

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Dans quatre jours va commencer le tournage de Manigances. D’un vague désir né d’une lecture, va déboucher une horde de techniciens et d’artistes qui font s’affairer pour ressusciter une histoire imaginée au XIVème siècle.

Malgré mon âge désormais avancé, je n’ai pas eu la chance de connaître Boccace. Et l’eussé-je connu, que je ne l’aurais peut-être pas aimé. Trop dandy. Fils (illégitime) de bourge.

C’est Yves Caumon, cet ami réalisateur avec qui j’ai fait mes premiers pas devant une caméra, qui m’avait offert le Décaméron, il n’y a pas loin de trente ans. C’est lui qui m’avait contaminé de son amour pour les conteurs d’histoires, Maupassant, Cervantès… En refermant le livre après la lecture d’Une Saison au Purgatoire, je m’étais dit que j’en ferais un film. Un court-métrage comme une nouvelle. J’ai écrit des versions fidèles à la nouvelle. J’en ai écrit d’autres (ou au moins j’ai essayé) transposées dans notre époque, dans le milieu des sectes et des croyances New-Age. Et puis, il y a trois ans, l’idée m’est venue de garder l’époque et la structure initiale mais en changeant les motivations et les caractéristiques psychologiques des personnages pour en faire une fable empreinte d’une certaine modernité.

Avant de commencer le tournage, comme un rêve qui prend corps, j’ai éprouvé le besoin de me souvenir d’où venait tout ça. La raison plus profonde, celle qui fait que cette histoire m’avait touché intimement, je la garde pour moi ou la laisse aux psychanalystes amateurs. On va dire que c’est surtout un hommage au cinéma et au théâtre, une interrogation sur le réel et l’imaginaire (la question qui me poursuit).

Pour incarner cette histoire, Émilie Caen, Robinson Stevenin et François Loriquet.

Le pire est à venir ?

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Avant même que le film soit tourné, je me suis rendu compte, en écoutant les commentaires des uns et des autres, qu’il y avait une différence profonde dans les perceptions de situations qui me semblaient anodines.

Je me suis inspiré pour Manigances d’une nouvelle du Décaméron de Boccace écrite au XIVème siècle. À cette époque, la situation qui forme la colonne vertébrale de la fable pouvait sembler sulfureuse et immorale. Mais je me rends compte que les mentalités n’ont pas forcément beaucoup évolué sept siècles plus tard.

Autant la situation me fait tout simplement rire et m’autorise à me délecter de la mécanique qui l’anime, comme beaucoup de personnes issues des classes moyennes petites bourgeoise intellectuelles, autant elle choque encore certains. Pour moi, comme pour Boccace à l’époque, les « méchants » étaient des héros positifs, presque révolutionnaires et la victime l’archétype d’un ordre moral ancien, gentillet mais utilisant les rouages de tous les symptômes de la domination masculine imbécile et étroite d’esprit.

Mais je vois bien que les schémas de l’ordre établi sont profondément ancrés dans la population. Ce fantasme d’ordre qui repose sur la peur du changement, de tout ce qui peut bousculer les constructions archaïques semble malheureusement tellement majoritaire. L’éducation, le développement de la pensée, la lecture, la curiosité, l’observation peuvent ouvrir l’esprit, aider à la tolérance. Ça ne passe pas nécessairement par les structures éducatives, mais la sagesse autodidacte demeure rare. Le soi-disant bon sens est souvent guidé par une étroitesse de vue. Il est un sens unique, conservateur d’un supposé ordre des choses qui n’est qu’une vision culturelle inconsciente.

Avec un brin de cynisme, je dirais qu’on a finalement la chance d’être dirigés par une élite intellectuelle et fortunée. Si elle s’affranchit d’une bonne part de morale pour assurer le confort financier de sa caste, elle a au moins le niveau intellectuel qui lui permet de contenir une grande part des pulsions animales des bons toutous domestiques que nous sommes, fidèles à notre maître et à la gamelle qu’il remplit chaque jour, défenseurs de notre petit territoire, grognant l’intrus, aboyant pour l’étranger qui passe trop près.

Les populistes fascistes qui sont en train de prendre peu à peu le pouvoir de par le monde ont le cynisme d’asseoir leur légitimité sur la connaissance de ces bas instincts imbéciles. Quand Marine Le Pen prétend que 72 réfugiés dans un village c’est comme 4 millions d’Africains qui envahissent la France, je ne peux pas penser qu’elle le pense sincèrement, qu’elle est aussi conne. Je suppose plutôt qu’elle veut flatter la part la plus triviale de chacun de nous. Quand Zemmour dit à une Française à la peau noire qu’elle devrait s’appeler Corinne, la toile s’enflamme mais je ne suis pas certain que les propos juste provocateurs et cyniques d’un chroniqueur qui gagne sa vie en singeant une bêtise crasse et raciste choquent la majorité silencieuse des Français. Au contraire.

J’aurais pu passer de l’état de révolutionnaire idéaliste à ce celui de misanthrope. J’espère n’avoir glissé que vers une sorte de lucidité qui ne m’autorise pas à juger mais à accepter que mes désirs pour la collectivité sont loin d’être partagés par le grand nombre. Il me semble que l’espèce de dictat de la bien-pensance bobo comme le disent les gens de droite n’a pour effet que de conforter le soi-disant « bon sens » populaire qui ne demande qu’à se réveiller en s’accrochant aux pires ordures populistes. Avant de juger, mieux vaut permettre au non-dit de s’exprimer et trouver le dialogue.

Du coup, j’ai réécrit la fin de mon film. J’ai rajouté à la fable de Boccace un personnage qui incarne le peuple (je jouerai ce rôle). D’une fable empruntée dont je n’avais pour objectif que d’en faire une farce distrayante, je crains d’avoir accouché d’un petit film politique. Pas de ceux qui propagandent, tractent, assènent ou caricaturent. De ceux qui montrent l’air de rien. Je suis peut-être le seul à en être convaincu. C’est déjà un début.

En chemin

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Petite balade dans les chemins bordés de bois ou de champs où paissent des limousines. On s’arrête pour observer un troupeau. Veaux, génisses et mères. Assez rapidement, les bovins tournent la tête vers nous et ne nous lâchent plus de leurs gros yeux de vaches. Un taurillon curieux s’avance prudemment vers nous. Deux ou trois pas, s’arrête, observe, puis s’avance encore. Il est imité par deux ou trois de ses congénères mais qui restent en toujours en retrait. Petit à petit, c’est tout le troupeau qui s’approche timidement.

Et puis une grosse vache bien pleine s’avance avec sa démarche puissante et chaloupée. Aucune crainte de sa part. Je passe ma main entre deux barbelés et elle vient la renifler bruyamment. Il ne faudra pas longtemps pour qu’elle se laisse gratter le derrière des cornes. Une vache affectueuse. Il paraît pourtant que ce n’est pas le lot des limousines mais plutôt des normandes. À un moment elle tend son museau pour venir renifler la sacoche que je porte en bandoulière. Je ne sais pas ce qui ne lui a pas plus, mais elle a soudain tourné le dos, de mauvaise humeur, et s’est éloignée de cinquante mètres. Qu’on ne vienne pas me dire qu’elle a reniflé que ma sacoche est en vachette.

Vers une résolution des déficits de l’Unédic

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Pour combler de déficit de l’Unédic, le gouvernement envisage de rétrécir les rues pour en faciliter la traversée, donc la création d’emploi. Si ça ne marche pas, il est prévu de réduire l’indemnisation des chômeurs. Certains spécialistes avancent que c’est la seconde solution qui est envisagée en priorité.

Je sais, l’histoire des rues à traverser, ça fait réchauffé, à la bourre, redite. C’est le fameux décalage.

En ébullition

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En pleine manigances, j’ai badigeonné les murs du décor de la ferme d’Ermeline, aidé la déco toute la journée. Et en même temps, je vais replonger dans l’écriture du scénario pour quelques retouches et une nouvelle fin. À 1356% dans la préparation du film. C’est pour très vite.

Nous entrons dans la phase où l’on voit que l’on n’a pas tout ce que l’on souhaitait. Dans ce cas, il faut inventer encore et encore pour tirer profit des obstacles.

J’ai quand même comme l’impression que Manigances, ça va être du lourd. Pas question de me décevoir. Donc, a priori, pas question de décevoir le spectateur.

Un seul regret : que le film n’ait pas été à la hauteur de ce qu’il devient aujourd’hui quand on l’a présenté au CNC. Ils ne pouvaient pas deviner que j’allais bosser jusqu’au bout du bout de la préparation. Pourtant, pointe l’idée dérangeante qu’il est devenu bien parce qu’on n’avait pas le CNC. Mais c’est aussi parce que les producteurs m’ont botté les fesses, en vérité.

Allez, on y va ! Rien à foutre de Benalla. Ses manigances à lui sont tristes à mourir.

Revenu universel d’activité

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Je ne sais pas si vous avez compris quelque chose au revenu universel d’activité proposé par Macron. Moi, non. D’abord, un vrai revenu universel est inconditionnel. Celui de Macron ne l’est pas.

D’autre part il consisterait en un regroupement de différentes aides (RSA, APL, Allocation handicapés…). Et son obtention serait automatique. Ça, c’est plutôt bien. Mais, si le gars qui a droit à ce revenu universel d’activité refuse 2 boulots, il n’y a plus droit, même si c’est des boulots de merde sous-payés. Du coup, ce sont toutes les aides dont chacun pouvait bénéficier qui s’évaporeraient d’un seul coup pour lui. Plus d’APL, plus d’alloc. Le message sous-entendu est « sale con de faignasse de pauvre, je te promets que tu vas bosser ta misère, sinon, tu vas crever dans ta flemmasse ! »

Le pire, c’est que cette vision de la vie qui pourrait permettre à plein de boulots de merde d’être enfin pourvus, je suis certain qu’elle est partagée par une grande partie de la clientèle du café du commerce.

J’adore le nouveau monde et son vocabulaire qui triche en parlant de revenu universel, culpabilise les pauvres encore et encore, tout en parlant d’insertion, de lutte contre la pauvreté. Des mots, du vent, du pipeau. Il ne s’agit en fait que d’une lutte contre les solidarités, de nouvelles avancées pour la précarisation.

Mais sans doute vois-je tout de travers, et la République en Marche est-elle un modèle de bienveillance pour l’humain.

C’est parti pour la suite

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De retour du périple Calédonien. 24 heures d’avion, et 9 de décalage horaire, ça vous décalque un peu, quand même. On aura vécu trois très belles représentations d’Intra-Muros et rempli les mirettes de belles images de l’étrange caillou.

À peine arrivé que me voilà embarqué dans la préparation de Manigances. L’idée de réaliser est très excitante. On croit toujours qu’on va faire le film que tout le monde attendait. Mais la sagesse aidant, on se dit qu’on va faire le meilleur film qu’on peut, avec les moyens que l’on a. Le tout étant qu’on prenne plaisir à le faire. Le reste appartient encore au futur.