Lillebonne 

Très belle représentation d’Intra-Muros hier soir à Lillebonne. Une salle aux proportions idéales et un public embarqué avec nous. Des plaisirs de théâtre comme celui-ci ne sont pas si nombreux. Même si à chaque fois le public est conquis, de telles communions ne sont pas si fréquentes. 

Le centre culturel Juliobona dans lequel nous jouions n’est pas étranger à ce bonheur. Si Lillebonne peut s’enorgueillir d’un beau théâtre antique, son centre culturel est un beau vestige des années 80. Architecture faite d’espaces ronds dans lesquels la convivialité est naturelle, des matériaux et une déco chaleureux. Soutenu par la municipalité, le centre peut offrir par le biais d’abonnements des places à 8 euros, pour une programmation exigeante, sans têtes d’affiches médiatiques. Quand les politiques culturelles ouvrent le théâtre au plus grand nombre, sans flatterie et avec tenue, il se passe quelque chose de fort et d’utile, en contrepoint de notre société de consommation facile.

Beaucoup de gilets jaunes sur les tableaux de bord, en Normandie.

La girouette et le gilet

GGJ

C’est toujours compliqué de s’exprimer sur un sujet brûlant. Mais tant pis, je reviens sur les gilets jaunes.

Jamais un mouvement m’aura autant fait faire la girouette. Un coup je les déteste d’emblée, un coup j’affiche un message de soutien, le coup d’après je les traite de fachos. Bref, ce mouvement bizarre, c’est un peu l’inconnue. C’est un mouvement spontané porté pour beaucoup (en tout cas au départ) par des gens qui ne manifestent jamais, qui n’ouvrent pas leur gueule, mais qui souffrent en silence depuis bien longtemps.

Je voulais aller sur les champs cet aprem pour voir ce qu’il en retournait vraiment, mais bon, les médias m’ont dit de pas y aller parce qu’il y avait des bombes lacrymos partout.

Ce que je connais de ce mouvement, c’est ce que j’entends partout quand je tends l’oreille aux personnes qui ne sont pas de ma caste. Depuis longtemps, je l’entends ce discours raciste généralisé, anti-migrants, anti-gauchistes et zadistes, anti-chômeurs, anti-fonctionnaires, anti-intellos. Il est tellement répandu et s’exprime de plus en plus ouvertement, plus du tout comme un discours que l’on réserve à ses proches, mais comme une espèce de pensée collective qui peut désormais se dérouler tranquille.

Et j’avoue que quand j’entends tout cela, depuis tant d’années et que je me rends compte que ce discours glisse vers toutes les strates de la société, à mon tour je prends peur et ma propre pensée peut être parfois guidée par cette peur. Et la peur, on le sait, c’est le terreau de la connerie. Je n’y échappe pas.

J’entends aussi le discours des gens de gauche qui disent que les révolutions se font avec le peuple et que le peuple, il n’a pas toujours les armes de la pensée élaborée. On me ressort Lénine du tiroir. Ok.

Néanmoins, il me semble qu’il y a deux trois évidences qu’il ne faut pas oublier. Notre niveau de pensée dépend de notre niveau économique (accès à la culture et aux loisirs) et à notre niveau d’instruction. Plus t’es pauvre et moins t’es instruit, plus tu as du mal à développer une pensée altruiste et généreuse, plus tu te réfugies dans la haine de ceux qui te ressemblent mais te paraissent des privilégiés (ceux qui touchent des allocs, les chômeurs, les fonctionnaires, les chevelus barbus, les basanés…). Tu n’as pas les armes ni l’opportunité de poser ton regard ailleurs que sur ces boucs émissaires qui sont dans une situation parfois pire que la tienne. Tu serais même du côté de ceux qui sont réellement responsables de ta situation : ceux qui produisent ce que tu manges, ce qui te soigne, les exploiteurs qui font fabriquer ce que tu consommes, de moins en moins cher puisque tu n’as pas les moyens de payer le juste prix qui permettrait pourtant de payer les travailleurs et les agriculteurs au juste prix de leur labeur.

C’est une nouvelle porte ouverte que j’enfonce, mais l’intérêt des capitalistes qui produisent ce que nous consommons, ce n’est pas que nous soyons intelligents mais que nous ne soyons mus que par des émotions. Surtout pas de la pensée. La pensée, ça ne fait pas vendre.

Cela fait des décennies que le peuple est abruti de publicités, d’émissions débiles parce qu’elles font de l’audience pour la pub, de journaux télévisés creux, pressés, superficiels, qui enquillent les sujets en privilégiant le sensationnalisme qui génère la peur et les recettes publicitaires. Je ne vais pas dire que c’est parce que les médias sont détenus par les gens les plus riches du pays (même si c’est vrai), que ça serait une volonté, l’abêtissement des foules. Non, je ne suis pas complotiste. C’est juste l’ordre naturel d’une société dont c’est la norme. Pour vivre, le système a besoin de fonctionner de la sorte. Il n’y a personne qui tient les manettes, même pas Macron. C’est le système collectif dans lequel nous avons choisi de vivre. Tout le monde, à tous les niveaux, est responsable de cet état : l’abêtissement de la masse de consommateurs au profit de ceux qui produisent ou détiennent l’argent.

Être révolutionnaire, c’est dénoncer le système et ses effets, remettre en cause la consommation, la soumission et l’abrutissement des masses. Quelqu’un a-t-il entendu quelque chose de révolutionnaire, dans ce qu’on entend des gilets jaunes ? Pas moi. Quelqu’un a-t-il entendu quelque chose de révolutionnaire dans le discours de l’extrême droite ? Pas moi. Trump est-il révolutionnaire ? Non. C’est un milliardaire qui va continuer à enfumer tout le monde, entretenir les peurs et les émotions, juste pour faire marcher le business et, si possible empêcher toute pensée. Le plus gros menteur du monde qui doit son succès à la dénonciation des fake-news dès qu’il s’agit d’éléments qui vont à l’encontre de ses intérêts à court-terme.

Malheureusement, la révolution Internet ne fait que favoriser les fausses informations les plus débiles, les croyances les plus imbéciles, et toujours les peurs et la paranoïa collective sur lesquelles peuvent croître aussi bien le trumpisme, l’extrême droite ou les islamistes. Moins vous êtes instruit, plus on vous fait peur, plus on a de chances de vous attirer aux causes fabriquées par les intérêts de quelques-uns.

Par ailleurs, je suis amusé par le traitement de l’information qui est fait à propos de ce mouvement. Les mêmes manipulations que pour les autres. On sous-chiffre, on ne parle que de ce qui dérape, on réduit le discours, on camouffle l’ensemble derrière la fumée des affreux casseurs (qui sont parfois des policiers). Et plouf, tout dégringole.

Voilà pourquoi je ne suis pas très optimiste quant aux gilets jaunes. Ils font peur parce qu’ils ne veulent pas se laisser canaliser derrière des autorisations préfectorales, mais si Macron est à décaniller aux prochaines élections, il ne sert à rien de vouloir lui couper la tête. Ce n’est pas lui qui gouverne. Ce sont tous les lobbies qui agissent dans les bureaux des ministères. Vous pouvez bien lui couper la tête ainsi que celle de son successeur. Vous n’arrangerez rien tant que vous ne ciblerez pas ceux qui fabriquent jour après jour votre condition de juste-consommateur. Sans le soutien des organisations politiques et sociales, le mouvement n’a aucune chance. Et comme les organisations politiques et sociales sont sous contrôle, ça revient à dire que, de toute façon, il n’a aucune chance.

Mais bon, je dis ça, mais je ne suis qu’un pauvre vieil acteur qui, en plus, se croit sourcier. Avec ça, comment prétendre à une quelconque pensée valable. Je me trompe souvent, en bien des domaines. Car oui, j’aurais pu discourir aussi sur la censure des élites qui range au même rang l’extrême gauche et l’extrême droite et font des militants et activistes des terroristes. Tout ce pipeau qui tient tout juste du mauvais marketing. Allez, j’arrête.

C’est peut-être con, mais…

Italian traditional dance

Ce soir, Intra-Muros, c’est Clamart. Début de tournée RER et transilien. Chaque soir son nouveau théâtre.

Très curieux de voir ce qu’il va se passer samedi avec les gilets jaunes. Soit le mouvement s’essouffle, soit on entre dans l’inconnu. Le peuple silencieux s’exprime. Entendu ou lu ici ou là des paroles de gilets jaunes : pas solidaires avec les enseignants, ces fainéants qui bossent 18 heures, pas solidaires avec la SNCF, ces fainéants qui bloquent tout et ont des avantages, les chômeurs sont des fainéants, les migrants des enculés bons à cramer sur des barbecues, les pédés, des connards dont on casse les pare-brises, les femmes des connasses… Bref, ça fait rêver, tout ça. Les responsables de tous les maux, c’est les impôts et les autres petites gens qui ont un peu plus que nous, surtout pas les exploiteurs, les bandits, les escrocs. Un sondage montre la sympathie du peuple pour les gens qui s’exilent à l’étranger pour échapper au fisc, tellement ils sont riches. Ça ne viendrait pas à l’idée du peuple que ce sont eux, les enculés. Ils préfèrent écouter Meynard, le clan Lepen, Éric Zemmour, tous ces gens qui sont si compréhensifs des préoccupations du « peuple ».

Je veux bien passer pour un connard de bobo de gauche, très détesté lui aussi, mais j’ai comme l’impression que je perds beaucoup de temps à gueuler contre les injustices.

Qu’est-ce qu’on fait, on infiltre les gilets jaunes ou bien on laisse arriver l’extrême droite au pouvoir en 2022, ou Macron par défaut ? J’en sais rien, mais ça ne serait pas forcément con de faire et dire quelque chose.

À retardement

chrono

Pour mon anniversaire, j’ai reçu pas mal de bouquins. Et c’est intéressant de recevoir des bouquins qu’on n’a pas choisis. Parmi ceux-là, je viens de commencer Sapiens, une brève histoire de l’humanité de Yuval Noah Harari. J’étais totalement passé à côté de ce best-seller.

L’auteur, historien, tente de faire le tour des connaissances scientifiques qui nous racontent comment sapiens, ce curieux animal, est parvenu, malgré sa petite taille, à dominer tous les autres animaux (y compris les autres hominidés) et la nature. L’hypothèse d’Harari, c’est que sapiens est le seul à avoir su imaginer des choses qui n’existent pas et à se raconter des histoires. Sans cette faculté à imaginer, les hommes n’auraient vécu qu’en petits groupes de maximum 50 à 100 individus maximum, comme nos cousins les chimpanzés. C’est l’imaginaire et les croyances qui ont permis aux sapiens de se fédérer, progresser, conquérir, dominer.

La perspective que le ciment de ce que nous sommes, c’est notre faculté à nous raconter des histoires collectives est assez cynique, finalement. On pense au rôle des religions, évidemment, mais aussi de l’argent, des systèmes de représentation politique, au fonctionnement de l’économie. Autant de fictions que l’on suit.

En observant ce que nous vivons collectivement, on peut observer que les histoires collectives que nous nous racontons actuellement ne sont pas vraiment encourageantes pour notre avenir. Grâce à Internet, les fables se multiplient et finissent par fédérer : les politiques sont tous pourris, on nous ment et nous cache des choses, nous voulons moins d’impôts et plus de service publics (illogisme encore entendu chez les gilets jaunes), les blancs sont différents des autres (alors que nous sommes tous sapiens venant de l’Afrique de l’est).

Bref, quand le roman collectif, garant de l’ordre et du développement se met à devenir individualiste et étriqué, que le rêve d’un monde meilleur c’est de ne rien changer, de virer tout ce qui ne nous ressemble pas et basta, de vouloir juste couper les têtes de ceux qui gouvernent sans autre projet collectif, pas besoin d’oracle pour imaginer le futur de l’humanité.

Mort des idéologies, développement en parallèle d’une pensée se croyant objective qui élimine toute croyance… Sapiens semble bien fatigué. À moins que l’on redonne un peu de place aux rêveurs de mondes meilleurs. C’est pas gagné. Mais c’est encore nous qui construisons notre avenir.

Gilets rouges

GR

Les gilets jaunes… Je suis partagé entre le soutien à des gens qui se battent dans une période où l’on ferme sa gueule et la frustration de voir qu’on ne bouge que pour une chose dérisoire, le prix du gasoil, alors que la pauvreté de cesse d’augmenter, que des cadeaux sont faits aux plus riches (qui le sont de plus en plus), sans effets sur l’économie, que l’on grignote chaque jour les droits sociaux, le niveau et la qualité de vie et que l’on impose le libéralisme comme seul possible en ce monde. La culture, l’éducation, les associations, le budget des communes, les transports, tous ces secteurs sont attaqués par la politique de Macron et de ses prédécesseurs.

Mais au-delà, le racisme se développe, l’homophobie, la connerie haineuse et peureuse de tout ce qui est différent. On voudrait remplacer les politiques par d’autres politiques encore plus véreux (je pense au clan des fachos) sans se soucier de ce qu’est réellement la politique comme projet d’organisation économique et sociale. Juste l’ordre, les étrangers dehors et les gauchistes en prison. À quand les gilets rouges ?

Hum, je précise que cet article a été écrit le 18 novembre, avec les émotions et les informations du jour. Pour voir l’évolution de mon point de vue, il faut se rapprocher d’aujourd’hui… C’est le jeu du blog : son ressenti au jour le jour.

Content de lui, le con…

content

À Fos-sur-Mer, nous avons joué devant près de 500 personnes, avec le même succès. Décidément, Intra-Muros émeut. Ce fût pour moi une expérience un peu particulière car je jouais pour la première fois avec deux nouvelles partenaires de scène et un nouveau musicien. Mais avec les mises en scène de Michalik, on n’est jamais perdus tant tout est au cordeau. Moins drôle, un de mes collègues perdait son père le même jour. On doit jouer en toutes circonstances. Drôle de métier.

Ce matin, j’étais en rendez-vous chez mon éditrice. On finalise petit à petit pour une sortie printanière d’Orange Magnétique. Peu de retouches à prévoir en dehors du début. Les démarrages sont toujours difficiles et ne se trouvent qu’à la fin.

2019 démarrera donc pour moi avec la sortie d’un bouquin et d’un film, presqu’en même temps. Le tout en plein milieu de la tournée d’Intra-Muros.

Très mauvaise nouvelle en revanche. Elsa, l’assistante de production d’Intra-Muros m’a donné ma carte Sénior pour les billets à tarif réduit. On a beau s’activer dans tous les sens, il y a toujours quelque chose ou quelqu’un pour vous rappeler que vous n’avez pas l’âge que vous croyez.

Demain, on retourne au montage de Manigances pour faire quelques modifications bienvenues. Pas de gilet jaune, donc. Tant que le film n’est pas définitivement en boîte, il reste la place à tous les changements pour éviter de futurs regrets.

Voilà comment, en ce moment, la vie me semble bien remplie et je me sens comblé. Comme j’ai la fâcheuse tendance à me considérer comme une merde, les périodes de caresses narcissiques ne peuvent pas faire de mal.

Bordelais, Pyrénéens, Marseillais, c’est pour vous !

intra

Ça y est, ça va commencer… Demain, nous partons jouer Intra-Muros d’Alexis Michalik à Fos s/mer. Et, dès la semaine prochaine, la tournée commence, parfois proche de Paris, parfois en Belgique, en Suisse, dans le sud de la France, dans le Nord, en Bretagne, Vendée, Pyrénées, etc…

Petite attention pour les amis Bordelais. Nous jouons le 18 décembre au Pin Galant. Très peu d’invitations, mais je vais voir pour des tarifs réduits.

Pour les 64 et 40, on viendra au mois de mars à Mont-de-Marsan, Dax, Serres Castet, Biarritz.

Pour les Marseillais (après La French, on se sent un peu Marseillais), on revient au printemps avec plusieurs dates à Marseille et à proximité, sur la côte d’Azur. Je dirai tout en temps voulu.

Ben oui, il ne faut pas oublier que je suis aussi comédien de théâtre…