Fête des voisins

Pour faire des héros, on est obligé de travestir toujours un peu la réalité. Disons qu’il y a toujours une base de réalité, mais on la romance. On élimine tout ce qui pourrait nuire au tableau parfait de l’acte héroïque.

Ainsi, ce jeune Malien sans papier qui gravit les étages à la force de ses bras pour sauver un enfant pendu dans le vide à son balcon, tandis que son voisin, si proche, ne fait rien, a-t-elle remué émotionnellement le pays tout entier, jusqu’à la récupération du Président de la République.

Pardonnez-moi, mais je suis assez obsédé par la réalité.

Oui, vous avez bien lu. Je prétends que les sourciers trouvent de l’eau souterraine avec un simple bâton, que l’intention influence physiquement la matière vivante et pourtant, je suis un farouche défenseur du réel. C’est à dire qu’avant d’affirmer ceci ou cela, je me dois de mesurer tout, d’étudier tous les biais, afin d’obtenir un résultat qui ne laisse pas de place au doute.

C’est avec ce même souci que j’ai contesté le comptage Occurrence présenté comme indépendant lors de la fête à Macron du 5 mai. 39.800 manifestants comptés avec seulement deux points de comptage, c’est tout simplement du n’importe quoi. La réalité est travestie.

Mais pour autant, ce souci de réalité n’est jamais guidé par une conviction a priori. Je me refuse à ne le manifester que pour ce qui m’arrange, en le délaissant quand la réalité va à l’encontre du roman flatte mes opinions. Ainsi, je n’ai pas hésité à affirmer qu’il y avait moins de monde à la marée populaire (à Paris) que le 5 mai alors que je manifestais encore.

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Mais revenons à notre héros. Il me semble devoir apporter quelques corrections au récit qui en est fait unanimement dans la presse et en m’appuyant sur les images. Pourtant, symboliquement, l’idée qu’un sans-papier sauve un enfant quand des centaines se noient en Méditerranée, se font refouler aux frontières, sont parqués dans des camps au mépris de tous les droits humains et dans l’indifférence générale, me convient parfaitement.

Incontestablement, ce jeune Malien est très doué physiquement. Ce n’est pas donné à tout le monde de grimper sur la façade d’un immeuble par les balcons. C’est impressionnant. Mais il convient de corriger quelques points.

D’une part l’enfant n’était pas suspendu dans le vide mais accroché, les pieds au sol, à l’extérieur du balcon. Par ailleurs, Le voisin n’était pas du tout inactif. Il est sorti sur le balcon au moment où le jeune Malien escaladait. Ensuite, il a réussi à ce que le gamin se rapproche de lui. Et au moment où il est en train de le saisir dans ses bras, aidé de sa compagne, voilà que Spiderman le lui arrache littéralement, tirant sans ménagement l’enfant par le bras.

En fait, l’enfant a été sauvé par l’action conjuguée du voisin et du jeune Malien. Si l’avantage revient au premier de cordée, c’est juste qu’il a coiffé le voisin au poteau. Comme dans un match de foot, c’est le dernier qui touche le ballon qui est crédité du but, même si le tir a été effectué par un autre. Je trouve injuste que le rôle du voisin soit résumé à celui d’un simple spectateur pour satisfaire au roman du héros. C’est tout.

L’enfant est sauvé, le sans-papier a des papiers. C’est formidable. Mais est-il besoin de se faire plaisir en se racontant une jolie histoire qui travestit la réalité ?

Pour comparer cet événement avec ce que je vis dans mes expériences bizarres, on est dans le cas de figure d’images de mauvaise qualité qui déforment la réalité et permettent l’interprétation et où le phénomène le plus visible efface l’autre.

La peau de l’ours

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S’il y a bien une chose qu’ils ne font pas trop mal, c’est la communication. Je parle de la clique à Macron. D’ailleurs, ils ne font que ça en dehors de s’attaquer à tous les droits et de s’appliquer à obéir servilement aux puissances de l’argent.

Alors, quand on doit lutter contre ce joyeux club des managers, on se doit de soigner la communication. Utiliser leurs armes. Les détourner.

Ça va peut-être emmerder mes copains, mais l’intitulé de la journée, « marée humaine » puis « marée populaire » était une énorme connerie.

La blague d’Édouard Philippe sur le faible coefficient de marée, je l’ai faite la veille tant elle est facile et évidente. C’était donner le bâton pour se faire battre. On ne manifeste pas pour faire joli, pour satisfaire des fantasmes politiciens, mais pour une vraie raison : contre Macron, contre le libéralisme. Point barre. Et si l’objectif est juste, clair, sincère, il y aura du monde.

La marée humaine, c’est le titre des journaux au lendemain d’un rassemblement qui dépasse le million. Sans parler du comptage bidon d’occurrence validé par tous les médias, même celui de la CGT est ridicule par rapport à la taille de la peau de l’ours qu’on nous vendait avant de l’avoir tué.

Oui, il y a un mouvement de contestation fort qui mérite que chacun s’engage et se bouge. Mais ne gâchons pas tout avec des erreurs aussi grossières.

Tu peux y aller, Macron !

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On ne va pas se raconter des histoires. Il y avait moins de monde que le 5 mai. Après, si les gens sont satisfaits de leur condition ou qu’ils pensent que ça ne sert à rien de bouger, personne n’y peut rien. C’est pas le moment.

Place à la coupe de monde de foot et ses petits drapeaux tricolores…

Vous pouvez y aller, les En Marche, rasez-tout ! La voie est libre.

 

L’objectivité des feuilles de choux

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Aujourd’hui, je suis d’une humeur de merde. Et dans ce cas, il ne faut juste pas que je regarde le fil d’actualités proposé par Google. On n’y voit que des dirigeants du genre Trump ou Macron qui gouvernent leur pays comme une page Facebook. À chaque jour sa nouvelle. Trump, lui, il tient le pompon. Un jour je menace la Corée du Nord de lui faire péter la gueule, un autre qu’il va rencontrer Kim bidule, un autre qu’il va taxer l’acier, un autre qu’il ne veut plus rencontrer Kim bidule, un autre qu’il va taxer les voitures, un autre qu’il déchire l’accord Iranien. Le grand n’importe quoi pourvu qu’on parle de lui. Et de fait, on parle de lui.

Macron, même combat. Et la presse, elle gobe, elle relaye. Et on passe vite sur le gamin qui a la main explosée par ces grenades hyper dangereuses utilisées par la police à NDDL et ailleurs, on dit vite fait qu’on a placé des gamins mineurs en garde à vue parce qu’ils manifestaient dans un lycée. On oublie de rappeler que samedi il y a une putain de manif. Une presse qui fait son boulot devrait commencer par analyser les techniques de communication des dirigeants, les dénoncer, les mettre à jour.

Que le personnel de la SNCF ait voté à 95% contre la réforme, on en dit deux mots le jour-même et après, on laisse glisser, on n’en parle plus.

Mais moi, je suis Français, électeur, avec des opinions différentes des dirigeants élus par un scrutin qui ne les rend pas légitimes ou en tout cas ne les autorise en rien à mener une politique dictée par leur seul point de vue libéral qui coupe les droits sociaux, s’attaque aux services publics, aux retraités, aux chômeurs, aux aides sociales, fait des cadeaux aux plus riches, tout ça pour voir un chômage qui repart à la hausse et des emplois de plus en plus précaires. Et au lieu d’avoir une presse qui de temps en temps me donne raison (parce que dans le flot des conneries que je peux proférer, il y a quand même deux ou trois évidences), on ne m’offre que des informations incomplètes, qui survolent l’essentiel pour moi et s’attardent sur tout ce qui peut nourrir le racisme ambiant, le populisme le plus crade.

Et voilà que maintenant, le grand ennemi de la liberté de la presse, ça serait Mélenchon ! Ah, ça, dès qu’on peut le dégommer, celui-là, on n’hésite pas ! Mais de quelle liberté de la presse on parle ? De ces feuilles de choux ou ces plateaux télé sensationnalistes ou tout n’est que surface ? Pendant ce temps, on veut supprimer les magazines d’investigations qui creusent l’info, pas directement mais en coupant les budgets et en supprimant des postes.

Vous allez voir que pour la manif de samedi, on ne sera que 12.000 selon le cabinet Occurrence (dirigé par des potes à Macron) qui compte une manif avec deux points de comptage quand il en faudrait 100 pour être un peu sérieux, dès lors que l’on considère qu’une manifestation n’est pas un tuyau d’arrosage où l’on entre au départ et où l’on sort place de la Bastille. Et ce cabinet, qui le paye ? La presse, justement pour défendre une soi-disant objectivité, sans jamais se donner la peine de porter un regard critique sur la méthode employée. Ils payent, donc c’est vrai.

Allez, samedi, à la manif ! La marche, ça détend.

Tournage atomique

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Photo BB

Il s’agissait de filmer pendant le voyage de la péniche entre le chantier naval où elle avait passé deux ans en réparation et son nouveau port d’attache en banlieue parisienne. L’affaire de quelques heures.

Au départ, la péniche cale très peu après un joli démarrage. Plus rien. Le démarreur patine à vide. On cherche d’où cela peut venir. L’injection ? Le carburant ? Non, pas le carburant puis qu’on a mis 500 litres il y a une semaine. Mais au bout d’un long moment, tandis qu’on pense déjà qu’on ne partira pas, on s’aperçoit que les 500 litres de la semaine dernière avaient été mis dans un mauvais tuyau et s’étaient déversés dans le fond de cale au lieu de remplir le réservoir. Visiblement, la personne responsable de la petite bourde avait pompé discrètement l’erreur sans remplir à nouveau le réservoir. Nous voilà repartis à faire le plein. 500 litres encore mais, cette fois-ci, dans le réservoir. Ce qui est plus approprié.

Nouveaux essais du moteur. Il ronronne au ralentit et rugit en créant d’impressionnant remous à l’arrière du bateau. Tout va bien. Mais non. Pas tout. Plus de marche arrière. Impossible de larguer les amarres sans la marche arrière. Naviguer ainsi reviendrait à conduire un camion sans freins. Rappel des mécanos. Et des tours de clé de 8 ici, de 19. Il faudra une nouvelle bonne heure pour résoudre le problème. On va pouvoir partir ? Oui oui dit le contrôleur. Tout est bon. Et nous partons. Le monde défile sous nos yeux, lointain, presque irréel, comme ne nous concernant plus. C’est étrange la navigation fluviale.

Arrivés à la première écluse, on nous annonce que la navigation est interrompue sur la Seine. Merde. Il faut qu’on arrive au port avant 19:00, sinon on ne pourra pas récupérer la voiture. Et nous restons bloqués dans l’écluse plus d’une heure. Peut-être deux. On ne sait plus rien du temps quand on est sur l’eau.

Les portes finissent enfin par s’ouvrir. Et nous voilà partis pour une belle traversée de Paris. Bon, belle, mais sous un gros orage. Quoi qu’il en soit, on sait qu’on ne sera jamais à l’heure au port. Nous choisissons de nous arrêter à Choisy, parce que c’est un bon choix. Chacun retournera chez lui comme il peut. Enfin, le capitaine et moi, on doit regagner le chantier naval pour récupérer nos voitures, quand même. Retour maison 23:00. Le lendemain, nouveau départ. Ce matin, quoi.

Navigation sans encombre. Plutôt très agréable même. Mais, tandis que nous nous présentons à l’entrée du port, la pièce qui relie le moteur à l’arbre d’hélice lâche. Panique à bord. La péniche commence à dériver, le courant semblant vouloir la rendre à la Seine. Quelques cris, des gens sur les pontons, on parvient à lancer du cordage pour finalement nous amarrer sur un ponton d’attente. Mais avec tout ça, il est midi passé et nous devons attendre 14:00 pour que la capitainerie nous remorque jusqu’à l’emplacement. Obligés d’aller bouffer au restau d’en face. Mais ce moment-là est très réussi et agréable.

Ce bateau n’avait vraiment pas envie de regagner le port où il va être mis en vente. C’est vrai qu’on se sait jamais entre quelles mains on va tomber. Et puis, au chantier, il avait dû nouer quelques liens aquatiques avec d’autres rafiots remisés et aspirait à une retraite méritée. Soixante ans qu’elle a la péniche. Un bateau n’est jamais conscient des règles du « nouveau monde ». C’est fini, la retraite à soixante, ma vieille !

 

Un prix

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Hier, La Terre et le Tempsde Mathilde Mignon, dont je vous ai parlé et que certains ont pu voir à leur demande et dont j’ai fait la musique (pas de Mathilde Mignon, mais de son film) a été primé au festival international du documentaire rural Caméra des Champs. Le festival fêtait ses 20 ans. Une aventure rurale de Ville-sur-Yron, un petit village Lorrain de Meurthe-et Moselle qui a fait bien des émules en France. On a beau se foutre des prix, en recevoir un est toujours la marque qu’il y avait quand même quelque chose à primer. Bravo à elle !

Je rappelle que le film sera projeté le 3 juin à l’Utopia de Montpellier.

Demain, je passe la journée sur une péniche à filmer le père Stevenin. L’histoire continue.

Construire

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Il fallait oser. L’escalier, je veux dire. Je l’ai fait. Et, ma foi, pour un amateur complet, un bricoleur des jours fériés, un rêveur, juste un brin obstiné, qu’a même pas peur, un vas-y comme je te pousse, un pressé, un pas très méticuleux, j’avoue une certaine forme de fierté.

Me connaissant un peu, je n’ai pas fini de dire aux visiteurs « c’est moi qui l’ai fait, sur des plans de moi-même, en commençant par du papier millimétré ». Quel con ! penseront-ils, s’ils sont jaloux ou s’ils me connaissent et ne m’ont jamais apprécié.

L’obstination a du bon. Savoir qu’on peut concrétiser les idées dont on se méfierait.