Tunnel

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Plongé dans la lecture, j’étais complètement coupé du monde extérieur. Je me trouvais aux États-Unis tout près d’un hélicoptère en feu. J’avais trouvé auparavant une place proche des portes de queue de rame. Plus près de la sortie. Celle de ma station d’arrivée. J’avais juste été étonné de voir qu’il y avait peu de monde dans le métro. La station d’après, je constate que le métro se vide encore. Pourtant, midi, c’est une heure d’affluence d’habitude. Quand je lève les yeux à la station suivante, ça se vide encore. Le temps de réaliser que j’étais désormais seul dans ce long métro de la ligne 1, les portes s’étaient refermées après quelques phrases en plusieurs langues que mon cerveau trop occupé à lire n’avait jugé utile d’écouter. Merde, je me suis trompé de sens et je viens de quitter le terminus. Et je vois ce putain de métro sans chauffeur s’avancer lentement dans le tunnel, allant se poster derrière un autre, son frère, à l’arrêt. Moment de panique. Que faire ? Appeler la RATP ? Ma compagne ? J’avais l’air fin dans cette rame sans chauffeur, bloqué au milieu d’un tunnel.

J’ai enfin vu à l’horizon se dessiner les contours de la station suivante, celle du départ en sens inverse. J’étais sauvé sans n’avoir rien à faire.

J’espère que le bouquin que je vais écrire va captiver autant le lecteur que je l’étais moi-même, l’obligeant à de longues boucles aller/retour dans des métros qui se remplissent et se vident. Je sortais justement d’un rendez-vous chez mon nouvel éditeur.

Quelqu’un sait ?

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Hier soir, c’était la fête de fin de série d’Un Village Français. On a pu voir les deux derniers épisodes. Je ne dévoilerai rien si ce n’est que les applaudissements étaient tonitruants. Ça fait drôle de passer la soirée avec cette équipe qu’on ne retrouvera pas en saison 8 puisqu’il n’y aura pas de saison 8. On imprime ces moments qui resteront dans la mémoire de chacun.

Travaillé à Manigances. Après deux ans depuis le départ du scénario, après une aide à la réécriture du CNC et une bourse Beaumarchais, j’ai resserré la bête pour la recentrer sur l’histoire. Ça me plait toujours, mais si je l’avais tourné comme prévu, le film se serait pleinement inscrit dans l’actualité du moment. Je pense aux femmes et à leur place.

Peu en lien avec la création, j’ai acheté la semaine passée un lot de quatre poires au Carrefour Market proche de chez moi. Pas chères, les poires, mais belles. Bien jaunes. Promesse d’une morsure sucrée et juteuse. Manque de bol, quand j’entame la première, elle est bien blanche à l’intérieur mais dure comme du bois, contrairement à ce que laissait imaginer la peau. Je la jette immédiatement à la poubelle après avoir recraché la première bouchée. Voilà donc une semaine que mes poires sont au bord de la fenêtre, dans la corbeille à fruits. Toujours jaunes. Toujours dures. Mon poirier charentais m’avait appris qu’un fruit vert cueilli, murissait en quelque jours, comme une tomate verte qui, cueillie, rougit assez vite. Quand la poire verte devient jaune, pas de doute, elle est mure. Ou si elle ne l’est pas, c’est une affaire de jour. Voilà qu’à Carrefour market, ils sont plus forts que les magnétiseurs qui momifient leurs oranges.

Au risque de passer encore pour un connard de bobo-écolo-complo-islamo-gauchiste puisque je ne suis ni macronien, ni FN, ni FNSEA (c’est comme ça que je suis étiqueté par ces gens dès que j’ouvre la bouche), je me demande dans quoi ces poires ont bien pu tremper pour avoir l’air de poires sans jamais être comestibles.

Ne vais-je pas m’empoisonner un peu plus si je finis par les manger ?

Si quelqu’un a une réponse logique, objective et sensée, je suis preneur (en dehors que ce sont des produits de pompes à fric qui me prennent pour un con (une bonne poire) et en veulent à ma santé).

En attendant, je vais les laisser vieillir jusqu’au bout et voir.

La banalité

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Je n’aime pas me lever tard. Mais en rentrant du théâtre, impossible de se coucher. Poursuivre la lecture qui avait accompagné le voyage en métro. Et puis soudain, il est tard. Le matin, la vie normale te réveille parce que l’immeuble n’est pas insonorisé. Alors tu râles un peu. Et puis tu te rendors. Le vrai réveil lui, beaucoup plus tardif, te donne aussi envie de râler. Parce que c’est samedi, que tu voudrais avancer sur ta réécriture de Manigances et que tu joues deux fois, aujourd’hui. Tu ne pourras pas travailler sérieusement. Tu écoutes la radio en prenant un petit déjeuner que tu n’apprécies pas et on te parle de cet attentat en Égypte dans une mosquée. Trop de morts. Et en queue de journal, celle du tigre abattu en plein Paris. Le ciel est lourd. Alors tu fais un article de blog parce que tu n’as pas eu le temps d’en faire un la veille. Ni l’avant veille peut-être.

Tu repenses à cet article que tu voulais écrire et que tu n’as pas écrit. C’était un article titré « ce salaud qui a voulu ruiner ma carrière ». Tu aurais pris soin que les premières phrases laissent entendre que tu allais balancer grave dans cet article. Juste parce que Facebook laisse apparaître les premières lignes. Et puis, un paragraphe plus tard, tu aurais mis le lecteur dans la confidence que tu n’as aucune envie de balancer quiconque. Tu voulais juste voir le nombre incroyable de clics que tu aurais généré. Parce que ce qui intéresse vraiment les gens, ce qui les pousse à cliquer, c’est le bad, le mauvais, quand tu es la victime. Ou à l’opposé, quand tu es le winner, le grand vainqueur distingué. Quand tu te fends d’un article de fond, sur des sujets qui te touchent vraiment, tout le monde s’en tape. Tu te demandes pourquoi tu écris ce blog, en fait. Mais tu ne parviens pas à l’arrêter.

Perspectives artistiques

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Intra-Muros poursuit tranquilou son succès à la Pépinière. Toujours peu de place pour le reste. Néanmoins, je me replonge vite fait dans le scénario de Manigances pour lequel on va essayer d’obtenir du financement complémentaire. Tournage en mai.

Dès janvier je pars tourner un documentaire dans le Jura. Si j’ajoute à ça l’obligation d’écrire un bouquin d’ici septembre, la poursuite de l’écriture du long-métrage dont nous avons déjà la V1 et les rôles que je vais jouer au cinéma et à la télévision, sachant que l’on part en tournée d’Intra-Muros dès septembre, je devine l’année 2018 dans le guidon. Les vacances, ça sera pour… heu… c’est mal barré, les vacances.

C’est curieux ce principe naturel de cycles qui fait qu’on traverse de longs moments d’inactivité déprimants et soudain tout tombe en même temps. Pareil pour les diffusions. On passe du vide absolu à un regroupement trompeur. En quelques semaines, on m’aura vu dans Toril, Hors le Loi, Louise Michel, le Village Français.

D’ailleurs, tiens, le Village Français, c’est ce soir !

Climat et eau souterraine

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La semaine dernière, j’ai soulevé une des planches qui protègent mon puits pour voir si tout allait bien. J’ai mis quelques secondes à réaliser que le seau accroché au bout de la longue chaine planait dans le vide, bien au-dessus de la surface de l’eau. La chaine étant à son maximum. Le niveau de la nappe d’eau souterraine est bien descendu de 4 mètres.

Et de ce constat, je commence à parler autour de moi. Oui, le niveau des rivières est extrêmement bas. Les puits s’assèchent. En dehors de quelques averses qui suffisent à l’herbe, il ne pleut pas depuis des mois.

Mon regard s’élargit encore et je m’aperçois que la France entière est en état de sècheresse. Et maintenant, on nous dit que l’agriculture espagnole la subit encore plus fortement. Au Portugal, ça fait 6 mois qu’ils n’ont pas vu a pluie. C’est toute l’agriculture qui en pâtit, jusqu’au bétail, avec des vaches qui crèvent.

Mais tout ça n’est peut-être qu’un épisode exceptionnel comme on en a toujours connu. Il n’y a pas lieu de s’alarmer. Alors mon regard s’élargit dans le temps.

Voici la carte de France de l’évolution des pluies efficaces (celles qui alimentent les nappes souterraines) de 1951 à 2014.

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On voit que le déficit en pluies efficaces affecte la majeure partie du pays à l’exception du nord.

Voici la carte des sècheresses agricoles pour la même période.

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On voit que la courbe est ascendante.

Voici la carte des températures de 1900 à 2016 (écart moyenne annuelle avec température moyenne 1981/2010).

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Et il se trouve encore plein de gens pour dire que le changement climatique, c’est des conneries. Et il s’en trouve d’autres pour dire que ce changement est naturel et qu’il n’est pas lié à l’activité humaine. Heu, quand on regarde ces tableaux, il me semble qu’on voit assez bien que le phénomène est à la fois récent et rapide, en même temps qu’il commence à s’inscrire dans la durée. L’implication de l’activité humaine ne fait pas de doute.

Le sourcier que je suis trouve qu’il va commencer à être urgent de faire beaucoup plus que les COP machin truc. Un grand merci à Trump et à tous les connards qui préfèrent penser que les écologistes nous font chier. À ce rythme, l’eau, il faudra aller la chercher très profond. Mais ça ne pose pas de problème à ceux qui pensent que, tant qu’il y a de l’eau, on s’en fout.

Le sacre de l’automne

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Et à la fin, c’est lui le chef. Les dernières images du sacre de Castaner à la tête de La République en Marche racontent beaucoup du niveau de sincérité de l’aquarium des requins. Un mec qui vient dire à Castaner « t’as assuré grave ». Comme s’il était le premier surpris qu’il ait pu « assurer ». Comme si c’était un comédien qu’il félicitait. Putain, c’est super, ça a fait la blague, semble-t-il dire. Oui, parce que ça ressemble à une vaste blague, la macronie.

Et la cerise sur le gâteau, c’est Édouard Philippe qui le rejoint sur scène et Castaner de lui demander « Ça allait, mon poulet ? ». Cette façon familière de demander, suivie de petits regards quêteurs d’approbation, raconte la pression qu’on lui avait mise en haut lieu pour qu’il prenne la tête de ce fameux mouvement, en même temps qu’il laisse entendre que, non seulement il avait fait le job, mais qu’en plus, il l’avait bien fait. Fier de lui. Pas fier d’avoir été élu puisque c’était décidé. Mais fier d’avoir assuré, comme un sportif, comme un bandit qui a fait un mauvais coup.

Et les yeux de Philippe, ils sont ceux du mafieux qui se dit « ça, c’est fait ». Avec toujours en fond ce mépris de la bande de potes qui pourraient dire « t’as vu comme ils applaudissent, cette bande de cons ! ».

Dans leurs corps, dans leurs gestes, dans leurs mots, dans leurs regards, rien de généreux, rien de sincère. Tout juste un entre-soi qui laisse deviner le mépris du reste du monde.

Quand on salue, à la fin du spectacle, on a de petits regards rieurs entre nous, une petite satisfaction de notre travail collectif, mais nos yeux sont braqués sur le public, allant chercher les gens du balcon, ceux des strapontins, ceux du fond jusqu’au premier rang. Les yeux qui remercient. Rien de tout cela dans cette mauvaise comédie de la république en marche. Ils restent entre eux.

On peut voir la vidéo ici : http://www.huffingtonpost.fr/2017/11/18/ca-allait-mon-poulet-christophe-castaner-croyait-visiblement-son-micro-coupe-apres-son-discours-au-conseil-lrem_a_23281642/

Il y a des jours où…

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Manif. Hier. Je retrouve la position fixe de La France Insoumise. Du monde, mais pas trop. Un petit homme portant gilet jaune et tenant son portable à l’horizontale s’inquiète auprès d’une dame de savoir s’il y a Mélenchon ou d’autres insoumis connus. Ben non, il n’y en a pas. Plein d’inconnus, mais pas de stars. Le petit homme s’en va un peu déçu, dans l’espoir sans doute de capturer Martinez dans son petit appareil.

Quel drôle de monde. La médiatisation d’une personne semble l’emporter sur les idées qu’elle est sensée défendre. C’est pas pour demain, la révolution ! Et puis arrive une insoumise connue. Facile de voir qu’elle est arrivée tant elle gesticule, tant elle parle fort, tant elle fait du bruit. Une vraie star. Mais pas de ces stars glamours qui sur-jouent leur féminité, non, ces stars un peu bourrines, presque vulgaires qui s’imaginent avoir toujours une caméra braquée sur elles. Sans cesse dans une expression un peu condescendante vis à vis d’admirateurs supposés débiles. Bonjour, c’est bien moi, vous me voyez en vrai, je sais, ça fait drôle, mais je veux bien vous consacrer un peu de mon temps, parce que moi, c’est pour vous que je me bats, pauvres nazes. Voilà ce que semble raconter la présence de cette insoumise connue. Je dis pas que c’est ça. Ça m’évoque ça.

Plus loin, je remarque l’attitude caricaturale de petits responsables de sections, l’un avec son long manteau et son écharpe pendante, les cheveux en arrière, l’autre avec son blouson de cuir rock & roll et ses cheveux teintés. Toujours le pouvoir qui veut s’exprimer dans un déguisement. Jusqu’au visage qui finit par avoir les traits qui se déforment sous l’usure des grimaces sensées singer la virilité et l’intelligence (sport extrêmement difficile, je le conçois). J’ai l’impression d’un flot de gens normaux et de quelques acteurs égocentrés qui veulent confisquer les luttes légitimes pour jouer à leur tour leur partition de petits despotes, qu’on les admire ou qu’on les craigne.

Et puis commence le théâtre de guignol. Il met en scène l’enterrement du droit du travail. C’est une femme qui tient le micro pendant que s’agitent les marionnettes. Elle ne parle pas, elle ne joue pas le texte, elle le scande, le hurle, l’impose avec une force forcée mettant sans doute à mal ses cordes vocales. Elle a oublié qu’elle s’exprimait sans un micro. Et elle crie l’injustice comme elle donnerait une leçon. Et elle nous brise les tympans. Et elle concourt à mon envie de me barrer. Et je me barre, dépité.

Pourquoi les gens se laissent-ils toujours enfermer dans les pièges du pouvoir et de la domination ? J’en viens à me dire que les révolutions sont vouées à l’échec parce qu’elles sont de genre féminin. La poésie, l’insoumission, la rébellion, la révolte, c’est féminin. Ça veut renverser Le pouvoir. Mais à ce pouvoir renversé succède un autre pouvoir très masculin. Staline et ses grosses moustaches, Castro et sa grosse barbe. Toujours le mâle. Les habits guerriers, le regard perçant. Et ces révolutions, elles se font contre d’autres mâles plus sournois, dont la virilité s’exprime par la domination exercée par le pognon, autre symbole du pouvoir masculin.

On se sent comme une merde dans ce monde dominé par la testostérone. Même les femmes, quand elles prennent le pouvoir, reproduisent les schémas de la virilité.

En avançant désormais dans le cortège des sans-voix, je pense à nos dirigeants, Trump, Poutine, Kim Jong-Un (qui, lui, compense son manque d’atouts virils par son amour affiché pour les missiles et les fusées). Je me souviens de Jospin éliminé en 2002 à cause de sa voix de gonzesse intelligente. Je me souviens de Ségolène, vraie femme de pouvoir qui a eu le tort de jouer l’hyper féminité en 2012, dans sa campagne, robe longue, parole poétisée et humanisée. Macron n’est pas le plus viril qui soit, mais il symbolise la domination de l’argent. Donc, ça passe. Au cas où, il se met en scène dans la cour du Louvre, il se déguise en pilote de chasse, il singe les protocoles napoléoniens. Enfin, il essaie.

Salut, me dit un jeune retraité à qui j’avais serré la main alors que nous nous étions croisés quand j’arrivais à la manif. Il me raconte qu’il a profité d’un voyage exceptionnel à Paris pour s’occuper de ses yeux. Mais l’état de santé de sa femme lui interdit de plus en plus de se déplacer. Il me demande si je suis toujours responsable de la section de… (j’ai pas entendu le mot à cause de la conjugaison du bruit de la manif et de la faiblesse de sa voix). Au moment où je voudrais lui dire qu’il me confond avec quelqu’un d’autre, un autre gars m’accoste. Salut ! On s’est pas vus à la conférence de… (toujours pas compris le nom) ? Non, alors, je suis acteur. Je ne suis pas assez connu pour que vous me reconnaissiez mais mon visage vous est familier. Alors vous me confondez avec des gens que vous avez croisés. Et on a pu vous voir dans quoi ? me demande l’homme. Le Village Français. Ouiiiii, vous jouez le communiste ! Bon, Anselme n’est pas communiste, mais je dois faire passer deux trois trucs inconscients. Le premier homme s’esclaffe en comprenant sa méprise et nous nous séparons en riant et échangeant d’amicales poignées de main. C’est le moment que j’ai choisi pour quitter la manif et aller chercher ma bagnole au garage. Disques et plaquettes.