Les jours allongent

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La première partie de la tournée suisse se poursuit pour Intra-Muros. Nous sommes parvenus à faire se lever le public pour les applaudissements, ce qui, paraît-il, n’est pas facile dans ces contrées.

Au cas où je m’ennuierais entre deux villes, je devais terminer les ultimes corrections de Magnétique. Il sort le 14 mars. C’est très bientôt. Mais, entre les changements de lieux, d’hôtel, de scène où l’on joue tous les soirs, ça commence à faire beaucoup.

Hier matin, je me suis retrouvé à tourner dans le docu de Philippe Lespinasse au musée de l’art brut de Lausanne. Philippe est le pote qui a commis avec Pierre Carles Un berger et deux perchés à l’Élysée qui sort le 24 janvier.

Un peu loin de la France, quand même, je me réjouis de voir qu’on commence ENFIN à s’inquiéter de la dangerosité des armes utilisées par la police et qui défigurent les gens. Il aura fallu combien de blessés graves, combien de mise en scène de la violence des gilets jaunes, combien de déni des autorités et combien de silence flasque. La fiction d’un grand débat va-t-elle continuer à endormir la petite bourgeoisie qui s’indigne pourvu que ça ne la dérange pas ? Ou le printemps parviendra-t-il à lui faire quitter ses pantoufles ? Je constate la triste disparition ou le silence des amis artistes « engagés » de mes pages facebook.

Je sais bien qu’on trouve que je gueule toujours. Que je critique sans cesse. On prend ça pour de l’amertume souvent. Pourtant, je suis heureux, les mecs, je fais plein de trucs super chouettes. Ce n’est pas de l’aigreur contrairement à ce que croient certains. C’est de la vie, de la pensée positive. De la révolte qui veut construire un avenir différent et meilleur.

La méthode qui consiste à laisser faire en silence en comptant sur l’intelligence collective pour rectifier les erreurs admises, c’est celle qui a conduit à ce que nous connaissons aujourd’hui. Je n’invente pas les riches qui s’enrichissent au dépend des pauvres, par exemple. Ce sont les chiffres, les graphiques et les courbes qui le disent.

Doit-on continuer à tout accepter en silence, à courber l’échine devant la misère du monde, renoncer à dénoncer juste pour avoir la paix et continuer à mener sa petite vie pépère au mépris des générations futures ? C’est un vrai choix. De ceux qui ne se voient pas mais qui ferons de nous les responsables des conséquences futures.

Les jours allongent. On avance vers le printemps. Peu importe qu’il fasse froid. On le sent.

On la poste où, la lettre ?

lettre

Comment pourrait-on rendre notre fiscalité plus juste et plus efficace ?

En taxant les transactions financières, en luttant contre l’évasion fiscale, en supprimant toute une panoplie de niches de défiscalisation, en taxant les revenus du capital.

Quels impôts faut-il à vos yeux baisser en priorité ?

La TVA par exemple qui est l’impôt le plus injuste qui soit puisqu’il touche proportionnellement davantage les pauvres.

Nous ne pouvons, quoi qu’il en soit, poursuivre les baisses d’impôt sans baisser le niveau global de notre dépense publique. 

Remarque qui n’a pas lieu d’être si vous taxez ceux qui ont les moyens de participer à la solidarité nationale.

Quelles sont les économies qui vous semblent prioritaires à faire ? 

Train de vie de l’état, salaires des consultants et conseillers, présidents de commissions etc…

Faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers par rapport à leur utilité ?

Je ne comprends pas cette question.

A l’inverse, voyez-vous des besoins nouveaux de services publics et comment les financer ?

Remettre la poste, les écoles, les moyens de transport collectifs où ils ont été enlevés en milieu rural.

Notre modèle social est aussi mis en cause. Certains le jugent insuffisant, d’autres trop cher en raison des cotisations qu’ils paient. L’efficacité de la formation comme des services de l’emploi est souvent critiquée. Le gouvernement a commencé à y répondre, après de larges concertations, à travers une stratégie pour notre santé, pour lutter contre la pauvreté, et pour lutter contre le chômage.

Comment mieux organiser notre pacte social ? Quels objectifs définir en priorité ?

Cette question est beaucoup trop longue et inclut des commentaires personnels. Objectif : solidarité, partage, justice

Le deuxième sujet sur lequel nous devons prendre des décisions, c’est l’organisation de l’Etat et des collectivités publiques. Les services publics ont un coût, mais ils sont vitaux: école, police, armée, hôpitaux, tribunaux sont indispensables à notre cohésion sociale.

Y a-t-il trop d’échelons administratifs ou de niveaux de collectivités locales?

Non, pourquoi ? Vous avez des projets pour supprimer des échelons, sans doute ?

 

Faut-il renforcer la décentralisation et donner plus de pouvoir de décision et d’action au plus près des citoyens? A quels niveaux et pour quels services?

Au niveau des communes d’abord. Mais aussi des départements.

Comment voudriez-vous que l’Etat soit organisé et comment peut-il améliorer son action?

On ne veut plus d’un président monarque. Nous voulons une représentation populaire, moins de technocrates, moins de choix économiques dictés par des personnes non élues.

Faut-il revoir le fonctionnement de l’administration et comment ? 

En lui donnant les moyens de fonctionner correctement.

Comment l’Etat et les collectivités locales peuvent-ils s’améliorer pour mieux répondre aux défis de nos territoires les plus en difficulté et que proposez-vous ?

Répondre aux défis de nos territoires les plus en difficulté ? Je ne comprends pas la question. Quels défis ? Précisez, s’il vous plait.

La transition écologique est le troisième thème, essentiel à notre avenir. Je me suis engagé sur des objectifs de préservation de la biodiversité et de lutte contre le réchauffement climatique et la pollution de l’air. Aujourd’hui personne ne conteste l’impérieuse nécessité d’agir vite. Plus nous tardons à nous remettre en cause, plus ces transformations seront douloureuses.

Faire la transition écologique permet de réduire les dépenses contraintes des ménages en carburant, en chauffage, en gestion des déchets et en transports. Mais pour réussir cette transition, il faut investir massivement et accompagner nos concitoyens les plus modestes. 

Une solidarité nationale est nécessaire pour que tous les Français puissent y parvenir. 

Comment finance-t-on la transition écologique: par l’impôt, par les taxes et qui doit être concerné en priorité?

Avant d’imaginer des taxes, commençons par faire payer les pollueurs. Ensuite, sortons collectivement de la logique de croissance et de consommation. Achetons moins, mieux, local, évitons d’acheter les produits qui ne respectent pas une étique environnementale et sociale. Par exemple.

Comment rend-on les solutions concrètes accessibles à tous, par exemple pour remplacer sa vieille chaudière ou sa vieille voiture ?

Laisser moins de place aux lobbys des carburants, développer la recherche pour des énergies moins polluantes. Favoriser le développement d’industries vertes. Les subventions aux particuliers ne peuvent résoudre à elles seules le problème.

Quelles sont les solutions les plus simples et les plus supportables sur un plan financier ?

Demandez à vos conseillers. Ils savent peut-être.

Quelles sont les solutions pour se déplacer, se loger, se chauffer, se nourrir qui doivent être conçues plutôt au niveau local que national ?

Transport en commun, autoriser les productions d’énergie autonomes, se défaire de l’emprise de la chimie agricole, arrêter de restreindre les semences par des catalogues gérés par des intérêts financiers et… à chacun de choisir de consommer local et en accord avec les productions saisonnières.

Quelles propositions concrètes feriez-vous pour accélérer notre transition environnementale ?

Je viens de répondre à cette question.

La question de la biodiversité se pose aussi à nous tous. 

Comment devons-nous garantir scientifiquement les choix que nous devons faire à cet égard ?

Nous n’avons pas les moyens de garantir scientifiquement. Je veux dire, nous, les citoyens. Mais les études scientifiques ne devraient pas être systématiquement financées par des entités impliquées dans la production agro-alimentaire et chimique.

Comment faire partager ces choix à l’échelon européen et international pour que nos producteurs ne soient pas pénalisés par rapport à leurs concurrents étrangers ?

En sortant du carcan des traités technocratiques européens.

Enfin, il est évident que la période que notre pays traverse montre qu’il nous faut redonner plus de force à la démocratie et la citoyenneté. Être citoyen, c’est contribuer à décider de l’avenir du pays par l’élection de représentants à l’échelon local, national ou européen. Ce système de représentation est le socle de notre République, mais il doit être amélioré car beaucoup ne se sentent pas représentés à l’issue des élections. 

Faut-il reconnaître le vote blanc ?

C’est déjà fait, mais il n’en est tenu aucun compte dans le traitement médiatique et politique.

Faut-il rendre le vote obligatoire ?

Commençons par redonner envie de voter. Pour cela, il faut que chacun ait l’impression de l’utilité du vote. Or, notre système semble reproduire toujours les mêmes choses : on ne vote pas pour mais contre. Il faut donc refonder la république et son système de représentation. Déjà, enlever cette bêtise qui consiste à coller présidentielles et législatives. Aucune alternance possible.

Quelle est la bonne dose de proportionnelle aux élections législatives pour une représentation plus juste de tous les projets politiques ? 

La proportionnelle intégrale.

Faut-il, et dans quelles proportions, limiter le nombre de parlementaires ou autres catégories d’élus ?

Ça, c’est votre projet, mais il va à l’encontre de ce que nous voulons. Nous voulons être mieux représentés. Ce n’est donc pas en enlevant des parlementaires que l’on résoudra cette question.

Quel rôle nos assemblées, dont le Sénat et le Conseil Economique, Social et Environnemental doivent-elles jouer pour représenter nos territoires et la société civile? Faut-il les transformer et comment?

Je ne sais pas, là, ce soir…

En outre, une grande démocratie comme la France doit être en mesure d’écouter plus souvent la voix de ses citoyens. 

Quelles évolutions souhaitez-vous pour rendre la participation citoyenne plus active, la démocratie plus participative ? 

Le recours au référendum y compris d’initiative citoyenne.

Faut-il associer davantage et directement des citoyens non élus, par exemple tirés au sort, à la décision publique ? 

Alors, oui, mais peut-être un tirage au sort avec une base de volontariat. Sinon, vous allez ramasser des gens peu motivés par la chose publique.

Faut-il accroître le recours aux référendums et qui doit en avoir l’initiative ?

Déjà répondu. 

La citoyenneté, c’est aussi le fait de vivre ensemble.

Notre pays a toujours su accueillir ceux qui ont fui les guerres, les persécutions et ont cherché refuge sur notre sol: c’est le devoir de l’asile, qui ne saurait être remis en cause. Notre communauté nationale s’est aussi toujours ouverte à ceux qui, nés ailleurs, ont fait le choix de la France, à la recherche d’un avenir meilleur: c’est comme cela qu’elle s’est aussi construite. Or, cette tradition est aujourd’hui bousculée par des tensions et des doutes liés à l’immigration et aux défaillances de notre système d’intégration. 

Que proposez-vous pour améliorer l’intégration dans notre Nation ?

Casser les ghettos et mener une politique urbaine et du logement ayant pour objectif de rassembler et mélanger les populations plutôt que de parquer les riches ici, à l’ouest et au sud, les bobos là, à l’est et au nord et les pauvres dans des tours en banlieue nord de préférence.

En matière d’immigration, une fois nos obligations d’asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ? Que proposez-vous afin de répondre à ce défi qui va durer ?

Le monde s’est construit sur des migrations. Étant donné que les zones chaudes et arides ont été pillées de leur matières premières par nos aînés, que le dérèglement climatique va encore aggraver la situation dans ces zones, qu’elles sont aussi le théâtre des guerres dans lesquelles les nations riches font joujou, qui pour des raisons d’influence stratégique ou économique, étant donné l’évolution de la démographie mondiale, on pourra mettre tous les objectifs annuels, tous les murs, rien n’y fera. Ce mouvement des populations des pays pauvres vers les pays riches est inéluctable.

Commençons par aider ces pays à trouver leurs propres solutions aux problèmes qu’ils connaissent, arrêtons de soutenir la corruption et redonnons leurs les moyens d’une véritable autonomie. Chez nous, ce sont les grands groupes agro-alimentaires, énergétiques et de l’armement qui mènent la danse au mépris du bien-être des populations.

Ensuite, aidons chez nous à la prise de conscience d’une situation qui rend les migrations naturelles et à un nécessaire accueil humain des migrants.

La question de la laïcité est toujours en France sujet d’importants débats. La laïcité est la valeur primordiale pour que puissent vivre ensemble, en bonne intelligence et harmonie, des convictions différentes, religieuses ou philosophiques. Elle est synonyme de liberté parce qu’elle permet à chacun de vivre selon ses choix.

Comment renforcer les principes de la laïcité française, dans le rapport entre l’Etat et les religions de notre pays ?

La laïcité a été mise en place en 1905. Ses règles fonctionnent toujours aujourd’hui. La religion est un droit incontestable de chacun. Aucune religion ne peut prétendre dicter la gestion collective d’une société. Tenons-nous à ces deux principes.

Comment garantir le respect par tous de la compréhension réciproque et des valeurs intangibles de la République ?

Ben, en appliquant la loi. Rien que la loi. Mais, en même temps, je ne vois pas bien ce que vous voulez dire par respect par tous de la compréhension réciproque. À mon avis, celui qui vous a soufflé ça, il est un peu tordu.

Dans les semaines qui viennent, je vous invite à débattre pour répondre à ces questions déterminantes pour l’avenir de notre nation. Je souhaite aussi que vous puissiez, au-delà de ces sujets que je vous propose, évoquer n’importe quel sujet concret dont vous auriez l’impression qu’il pourrait améliorer votre existence au quotidien. 

En fait, Monsieur le président, vous avez été élu par une minorité. Si l’on enlève ceux qui se sont abstenus ou ont voté blanc, il n’y a pas le compte. Si en plus on prend en compte ceux qui ont voté pour vous juste pour éviter votre concurrente… Vous n’avez pas réellement été élu sur un programme. J’ai écouté certains de vos meetings pré-électoraux. Je n’y ai rien compris. Beaucoup de vent, du creux. Je suis désolé pour ma franchise.

Mais là, aujourd’hui, les gens ne veulent plus de votre politique. Elle est jugée injuste et arrogante. Vous semblez ne pas prendre conscience du sursaut citoyen qui est en train de s’opérer, de la prise de conscience des rouages du pouvoir qui mettent en place les représentants d’une élite fortunée. Tout le monde est lassé de ces politiques libérales dont la grand messe est dictée par les intérêts de quelques-uns, au mépris des populations. Tout le monde prend conscience de la fabrique d’opinion des médias qui appartiennent tous à des gens fortunés aussi. Ce grand cinéma, on en a marre. Il serait dommage que vous ne le compreniez pas. Le monde de demain se fera sans vous, vraisemblablement. Si vous ne faites rien, vous donnez directement les clés de l’Élysée à une triste femme qui oubliera bien vite le peuple et imposera sa vision mortifère de l’ordre des choses.

Mais vous avez encore le choix de gestes forts ou de rester campé sur l’abrogation de l’ISF, comme un enfant capricieux s’accrocherait à un jouet trouvé dans une cour de récréation.

Images de foules

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Il y a plusieurs façons de couvrir un mouvement mettant en scène une foule. D’un point de vue cinématographique déjà, on essaie de respecter quelques règles de base. Avant tout, on va offrir au spectateur une image d’ensemble pour lui donner des repères spatiaux, qu’il sache dans quel espace l’action se situe et dans quelle proportion les personnages y évoluent. En premier lieu, donc, on rend compte d’une réalité qui n’est pas facile à appréhender. Pour cela, il est primordial d’avoir un point de vue très en hauteur.

Quand il s’agit d’événements « positifs », défilé du 14 Juillet, foule coupe du monde, manif post attentats, meeting de Sarkozy, la presse va toujours chercher ce point de vue. Elle se plie avec grand plaisir à cette règle. En revanche, pour ce qui est des manifs syndicales, France Insoumise, loi travail, gilets jaunes, elle oublie. Elle ne va produire que des plans vus du sol, voire en contre plongée (à une hauteur inférieure à celle du regard humain), cherchant à cadrer les endroits où il y a le plus de vide possible entre les personnes.

Une fois la question de l’espace réglée, il reste la question du temps. Une manifestation se déroule à 80% dans le calme puis, généralement au moment de la dispersion, ont lieu des incidents qui opposent forces de l’ordre et manifestants. Même si le long moment pendant lequel les personnages se contentent de marcher est faible dramaturgiquement, il convient de le montrer afin qu’il vienne éclairer les événements plus riches en termes d’émotion. Il faut comprendre que, pour un manifestant, le simple fait de marcher entouré de milliers d’autres constitue en soi un événement très riche en émotions.

Ensuite, dans les affrontements, il convient de montrer d’où viennent les violences et d’essayer d’en capter les origines, les éléments déclencheurs.

Par ailleurs, dans le cadre d’affrontements violents entre manifestants et forces de l’ordre, il serait bon de rappeler les rôles et fonctions de chacun. Un policier, par exemple, a le devoir de maintenir l’ordre et d’apporter une réponse proportionnée à la situation à laquelle il fait face. On imagine mal qu’un policier frappe quelqu’un à terre puisque sa fonction se résume à interpeler une personne qui aurait enfreint la loi pour la remettre à la justice et non pas de lui infliger lui-même une peine, d’autant plus si elle est physique (ce qui n’est pas prévu par la loi).

Afin de transmettre des éléments de réalités, les images ne suffisent pas. Il est bon de donner des éléments chiffrés (nombre de participants selon la préfecture et selon les organisateurs, nombre de victimes et types de blessures).

Pour ce qui est du traitement des personnages, deux écoles : l’une n’hésite pas à donner la parole aux personnages, l’autre se contente de montrer de loin, choisit ses images et commente. Nous préférerons la première ou, au moins, un mélange des deux.

Je laisse à chacun le soin de juger lui-même de la qualité et du respect des règles déontologiques du traitement de l’information. De là, peut-être parviendrons-nous à capter quelques éléments de compréhension du rejet des médias dits d’informations par les manifestants. Les journalistes font-ils, dans ces chaînes, leur travail ? Attisent-ils un ressentiment et une colère de la part de ceux qui aimeraient que tout le monde soit informé de la réalité de ce qu’ils vivent, par des personnes dont la profession consiste à relayer cette réalité ? Je sais pas.

Parlons théâtre

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Hier, nous avons joué Intra-Muros dans un petit théâtre de 150 places (à La Garde), les premiers spectateurs étant au même niveau que le plateau et à proximité immédiate. C’est une expérience très particulière pour le jeu d’acteur. C’est comme si on jouait au cinéma en gros plan. Faire de la dentelle. On dirait même que l’on ne fait pas le même métier que quand il y a le fameux quatrième mur, quand la scène est surélevée ou qu’il y a un espace entre le plateau et les premiers spectateurs. C’était une belle représentation.

En revanche, j’ai détesté ce moment où un spectateur a allongé ses jambes, venant placer ses pieds à quelques centimètres de moi qui était assis en avant-scène, pour une des scènes les plus importantes pour mon personnage. Ça faisait un petit moment que je l’avais vu lui, avachi sur son fauteuil, faisant la moue. J’aurais parié que c’était un acteur ou un metteur en scène. Quand j’ai changé de chaise et me suis éloigné, je l’ai fixé de mon regard le plus noir. On a le droit à une petite parenthèse hors-jeu de quelques secondes quand un gougeât s’est montré irrespectueux et vous a provoqué. On n’est pas des marionnettes. C’est ce qui nous permet de vivre des émotions et de les partager.

Ce soir, c’est Fréjus et demain et dimanche, Grasse. L’un de ces théâtres est à 850 places. C’est encore un autre métier. Mais au moins, on n’est pas emmerdé : il faudrait avoir de sacrées guiboles pour venir nous les mettre sous le nez.

Un berger et deux perchés à l’Élysée

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J’ai deux copains un peu perchés. Parfois, ils se prennent pour Dieu : et si on demandait à Correa (l’ancien président de l’Équateur) de se présenter aux élections présidentielles françaises ? C’est pas possible. On n’a pas le droit. Bon, on fait comment, alors ? On sait qu’après Hollande, ça sera un mec de droite. Alors qui, à droite, serait susceptible de présider la France de façon révolutionnaire ? Jean Lassalle, bien sûr ! Les voilà partis pour aider le berger à conquérir le trône.

De ce délire de comptoir est né Un berger et deux perchés à l’Élysée de Pierre Carles et Philippe Lespinasse.

Au départ, le film dérange forcément car si pour eux ce n’est qu’un jeu, un prétexte dont Lassalle est la marionnette, pour lui, c’est du sérieux : ils sont ses conseillers. On saisit bien l’ambiguïté de la situation. Mais, peu à peu, Jean Lassalle s’affranchit sans le savoir du procédé car il résiste, il affirme, il se bat, il y croit. Il n’est pas né de la dernière pluie, le vieux briscard de la politique. Mais il est tellement atypique, caricature sur pattes comme il se décrit lui-même, que, l’air de rien, il se met à incarner ces révolutions populaires qui menacent à tout moment de renverser la table. Il y a du gilet jaune qui émerge de ce documentaire, particulièrement à travers le frère et la mère de Jean Lassalle. La parole est juste et sans fard, lucide et incisive. Ça sent le Béarn qui ne fait pas semblant, à qui on ne raconte pas des histoires. Le communiste, Chassaigne, se montre en admiration pour de grand dégingandé au grand pif qui n’hésite jamais à provoquer l’assemblée par un chant des montagnes ou le port d’un gilet jaune.

Ce film est revigorant. Un manifeste poétique sur la politique. Ce regard dans les coulisses d’une élection présidentielle est une jolie mise à distance de ce grand spectacle de marionnettes auquel nous sommes conviés à jouer le public désabusé tous les 5 ans.

Surtout. On rigole. Et ça libère…

Montagnes Py-réné-éheux…

Sortie le 23 janvier, dans les bons cinémas.

 

Le monde du silence

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Je vais essayer un truc. Ne rien lire ni ne rien dire sur le mouvement des GJ jusqu’à lundi (je sais, je me répète).

Nous sommes dans la phase 2 du mouvement où les forces réactionnaires lancent leur contre-offensive : Manif des foulards rouges (pro droite et pro macron) le 27 janvier, mise en scène caricaturale de la violence des GJ qui, pour leur immense majorité, sont pacifistes et subissent la violence d’état à coups de gaz et de flash-balls, de sous-estimation du nombre de manifestants. Muselier (LR) lance une cagnotte pour les flics blessés quand Amnesty International dénonce des violences policières.

Le silence des miens.

Un mouvement pour la justice sociale et la construction d’une nouvelle démocratie va se faire écraser par le silence pesant de ceux qui, finalement, se satisfont d’un ordre du monde profondément inégalitaire et injuste. Le silence de ma classe m’agresse chaque jour davantage. Vous comprenez, c’est délicat…

Demain, c’est nous qui le faisons. Certains préfèrent faire les soldes. Ils pousseront des cris de vierges effarouchées quand la Lepen prendra le pouvoir. Mais ils se satisferont finalement de tout cela puisqu’ils ne font pas de bruit, jamais. Le silence, c’est leur confort, leur sécurité. Une petite pétition de temps en temps. Et encore. Pas si on demande leur adresse mail.

Je m’en fous, je pars en tournée

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Vous en avez ras-le-bol de me lire sur les gilets jaunes ? Eh bien, je vais vous soulager puisque je pars en tournée théâtrale. Alors je vais penser à mon texte, déconner avec mes collègues, regarder des films des Césars dans les trains et dans les hôtels.

En tournée, justement, on sent une grande différence entre Paris et le reste de la France. C’est le reste de la France qui est Gilet Jaune. Mais tout le reste de la France. Des gilets aux parebrises, dès qu’on s’éloigne de 50 kms de Paris, il y en a partout. À Paris, non. Ça raconte quelque chose que ne comprennent pas nos gouvernants qui s’égarent en voulant juste une réponse répressive et en scandant qu’ils vont continuer les réformes, plus vite et plus fort.

Moi, je m’en fous. Je pars en tournée.

Les jours qui viennent, je posterai des photos de beaux théâtres et vous raconterai le public debout, le succès. J’irai visiter les villes où nous passons.

Je m’en fous, je pars en tournée.

Mais au moins, j’ai ouvert ma gueule comme je l’ouvre depuis des années contre les injustices sociales, les inégalités, l’incurie de ceux qui nous gouvernent, les dérives de notre système démocratique. Bref, ce que disent maintenant les Gilets Jaunes.

Je m’en fous, je pars en tournée.