Construire

scalierfin

Il fallait oser. L’escalier, je veux dire. Je l’ai fait. Et, ma foi, pour un amateur complet, un bricoleur des jours fériés, un rêveur, juste un brin obstiné, qu’a même pas peur, un vas-y comme je te pousse, un pressé, un pas très méticuleux, j’avoue une certaine forme de fierté.

Me connaissant un peu, je n’ai pas fini de dire aux visiteurs « c’est moi qui l’ai fait, sur des plans de moi-même, en commençant par du papier millimétré ». Quel con ! penseront-ils, s’ils sont jaloux ou s’ils me connaissent et ne m’ont jamais apprécié.

L’obstination a du bon. Savoir qu’on peut concrétiser les idées dont on se méfierait.

Bricolage

brico

Hein ? Le casting ? Pas de nouvelles. Et comme on dit dans le métier, pas de nouvelles, ça sent pas bon.

Hier, j’avais écrit un article sur le jeu de tirs au palestinien organisé par la joyeuse armée Israélienne. Et puis je l’ai enlevé. Quand je regarde Facebook, je vois que ça n’indigne pas grand monde. Alors, je préviens mes amis que je suis en sécurité et je retourne aux finitions de mon escalier. Je repense à l’ambassadrice américaine à l’ONU qui a déclaré qu’Israël a fait preuve de beaucoup de retenue. Imagine qu’ils se lâchent. Il est où mon marteau ? Ah oui, sur le buffet. Merde, et le crayon, il est où ce putain de crayon ? Mais pourquoi je m’indigne comme un con. Pourquoi je me sens touché par des injustices qui ne me concernent pas directement ? C’est une maladie ? Ah oui, dans la cuisine, le crayon, sur la table. En fait, il suffirait que je me dise que je me fous de tout ce qui ne me concerne pas directement. Je n’ai qu’à faire comme tout le monde. Là, je pense à mon escalier, les clous, le marteau, la colle, la scie, le rabot, les tasseaux. Comme si ça ne suffisait pas pour occuper l’esprit ? Mais non, vas-y que je m’énerve contre Macron et son gouvernement d’opportunistes capitalistes. En quoi ils vont m’aider les cheminots pour mon escalier ? Qu’est-ce que j’en ai à foutre qu’on grignote les APL, la retraite des vieux, qu’on multiplie les cadeaux aux riches. Je ne suis pas riche, ne touche pas les APL, ni la retraite des vieux. Qu’est-ce que j’en ai à branler ? Qu’est-ce que j’en ai à foutre de la sélection à l’université puisque je n’y suis plus depuis longtemps ! Et les zadistes, ils vont m’aider ? Excusez-moi, j’ai une mesure à prendre. Celle de la troisième marche. Voilà. 70,3. Ok. 70,3. Non mais c’est vrai quoi. Je ramène ma fraise avec mon blog, comme si mes pensées rebelles et critiques avaient un poids quelconque. 70,3. T’as pas vu la scie ? J’ai rien dit. Je viens de marcher dessus. J’ai une idée. Je ne vais plus m’intéresser à l’actualité, ne plus lire les journaux, ne plus écouter la radio. Et ne plus parler à personne. Comme ça, je ne serai au courant de rien de ce qui ne me concerne pas directement. Bon, c’est pas tout. Je le coupe ou je le coupe pas, ce tasseau ?! 70,3. Il faudra que je pense à poster la photo de l’escalier sur Facebook. Ça, ça devrait intéresser davantage que mes conneries !

Sur les écrans

APOLLO

Alors, ce soir, on peut voir Hors la Loi de Rachid Bouchareb (2010) sur Canal+ Cinéma à 20:50, Avec Jamel Debbouze, Sami Bouajila, Roschdy Zem et moi-même.

Demain soir, sur Arte, à 0.05, le magazine Court-Circuit propose un Voyage dans l’espace/temps avec la Jetée de Chris Marker et Appolo ou la vie sauvage de Léo Favier (2018). J’y joue un astronaute qui débarque sur une étrange terre. Je donnerai le lien de replay.

Pour ceux qui voudraient voir La Terre et le Temps de Mathilde Mignon (musique BB), je peux passer un lien à qui veut. Il passera début juin à l’Utopia de Montpellier.

C’est tout pour l’auto-publicité…

Non, non, je n’y suis pas.

cannes

Il a commencé, le festival de Cannes. Chaque année, il réveille des sensations fortes. Les souvenirs redescendent dans le ventre.

J’y suis allé assez souvent, à Cannes. J’y ai vécu le plus beau jour de ma vie et le pire.

Le plus beau, bien sûr, c’était celui où nous avons reçu le prix d’interprétation pour Indigènes de Rachid Bouchareb, avec Jamel Debbouze, Samy Nacéri, Sami Bouajila et Roschdy Zem. Pas pour les paillettes qui sont beaucoup plus éprouvantes qu’on l’imagine, mais pour ce sentiment profond d’accomplissement, aussi artificiel soient les prix et les flonflons. Intimement, c’est d’une force inouïe. C’était en 2006. Il y a douze ans.

Le pire jour, c’est quand on m’a refusé la montée des marches avec l’équipe de Hors la Loi pour de très mauvaises raisons. Je crois que ma blessure était proportionnelle au bonheur qu’avait été Indigènes.

La seconde grande blessure n’est pas Cannoise. C’est la lutte fratricide autour de la convention collective. Quel rapport ? Il doit y en avoir un.

Ces choses-là vous habitent beaucoup, longtemps, plus qu’il ne faudrait. Les blessures, je veux dire.

C’est tout. Pour aujourd’hui.

Macron et les APL

ISF

La politique fait partie intégrante de notre vie. Plus ou moins. Ça dépend des gens. La vie toute entière est dépendante de la politique. Les mots que l’on entend ou que l’on lit. Les décisions qui nous affectent, nous, nos parents ou nos enfants. Les regards que l’on porte sur les autres. La politique, en réalité est partout puisque c’est elle qui régit notre organisation sociale. D’elle dépend que nous soyons repliés sur nous-mêmes, ou ouverts aux autres. Elle décide ou non d’élargir notre regard. Seuls, nous sommes peu de choses.

On peut s’étonner que la politique occupe autant de place dans ce blog. Je ne suis pas un militant qui navigue de réunions en meetings. Mais la politique, elle me concerne, au même titre que l’art, la vie affective, familiale, le travail, les loisirs. Parce que je ne suis pas seul au monde et que le monde est régi par le politique (aujourd’hui plus que jamais les intérêts économiques de quelques-uns).

Quand Macron justifie sa mesure pour la baisse des APL en utilisant l’héroïsme du gendarme Arnaud Beltrame, j’ai juste envie de vomir. Comment rester indifférent ?

Il est où l’héroïsme qui consiste à baisser les aides pour une économie de 32 millions d’euros mensuels quand, en même temps, on supprime l’ISF (4,1 milliards) avec remplacement par l’impôt sur la fortune immobilière qui ne rapporte que 0,8 milliards. Soit un cadeau aux plus riches de 3,3 milliards. Il est où, ton héroïsme, Macron ? Honte à toi !

Chiffrage sous-évalué (le mec insiste)

mapcheckingAnthonyCatek

Je ne suis pas du genre à me contenter des approximations. J’ai toujours besoin de vérifier ce que l’on me vend comme vérité. C’est pourquoi je reviens sur cette histoire de chiffrage de la manif « fête à Macron ». Ayant participé à celle-ci, arpentant le cortège pour rejoindre tel ou tel, j’ai pu me faire une idée assez précise de la densité de la foule.

J’ai utilisé pour se faire un outil mis en place lors de la dernière élection présidentielle par Anthony Catel pour dénoncer le sur chiffrage du dernier rassemblement de Fillon qui prétendait avoir rassemblé 200.000 personnes au Trocadéro. Cet outil s’appelle mapchecking et a été conçu pour dénoncer un chiffrage excessif. On ne peut donc pas le soupçonner de favoriser le chiffrage des organisateurs mais de s’inscrire plutôt du côté d’un chiffrage neutre.

Le système est simple. Il consiste à déterminer le nombre de personnes au mètre carré et de le reporter sur une carte qui définit une superficie.

Cette méthode s’appuie sur des principes visuels clairement définis sur un site anglais très complet, gkstill.com .

gkstill

J’ai marqué ainsi tout le parcours sur carte satellite, en respectant la taille des rues, sans empiéter sur les constructions (enlevant même la surface de la colonne de la Bastille). à l’heure où j’avais l’info à la fois de l’arrivée des premiers manifestant déjà amassés place de la Bastille jusque sur les marches de l’opéra Bastille et le coup de fil d’un copain qui m’annonçait au téléphone qu’il était encore à Arts et Métiers (ce qui ne signifie pas qu’il était en queue de cortège). Pour définir la densité, j’ai choisi un fourchette basse de 2 personnes au mètre carré, sachant que sur le Boulevard Beaumarchais ou à l’arrivée de République elle pouvait atteindre facilement les 5 personnes au mètre carré et qu’à d’autres endroits, elle pouvait ne représenter que 0,5 à 1 personne au mètre carré (je n’ai pas cherché à avantager).

On arrive à plus de 105.000 personnes, avec un système défavorable, je le rappelle destiné à l’époque à montrer que Fillon avait surestimé sa mobilisation. Allez, même si l’on rechigne un peu, que l’on veut prendre l’échelle la plus basse, on est au moins au double du chiffre officiel.

Conclusion : Occurrence, présenté comme chiffrage impartial et payé par la presse ne marche pas bien. C’est ennuyeux car il est revendiqué comme neutre…

Quoi qu’il en soit, une manif n’est pas un tuyau fermé par lequel on entre à Opéra et on sort à Bastille. Beaucoup de personnes rejoignent le cortège en différents points, d’autres le quittent avant l’arrivée. Il est impensable de se contenter de deux points de comptage. Seules les solutions qui prennent en compte l’ensemble du cortège en un temps t peuvent   donner une véritable idée d’un nombre de manifestants.

Annoncer 39.800 manifestants n’est pas sérieux (à la limite de l’escroquerie intellectuelle). Une étude digne de ce nom tenant compte de la réalité du flux d’une manifestation devrait se contenter de donner une fourchette large.

Voici le message posté depuis par mon ami au téléphone :

com

C’était chouette

IMG_6001

On va vous faire croire qu’il n’y avait que 40.000 manifestants à la fête à Macron à Paris. C’est archi-faux. C’est de la propagande de base. La place de la Bastille était déjà pleine que la queue de manif était encore à Arts et Métiers. C’est plus du comptage, c’est un conte de fée pour plaire au prince, peut-être et enfumer le téléspectateur.

En tout cas, ça fait du bien de se trouver dans ce cortège pépère, moins cloisonné que d’habitude. On croise même des personnes qui ont retourné leur veste. C’est toujours un plaisir.