Je m’interroge

Je suis désolé, mais cette histoire de réforme du chômage me turlupine. J’essaie d’écouter les arguments des uns et des autres pour me faire une idée un petit peu plus nuancée que celle qui me vient immédiatement à l’esprit, à savoir que ce gouvernement travaille pour appauvrir les pauvres.

Les faits

Il faut travailler davantage dans une période plus courte pour avoir droit au chômage. S’ajoute une dégressivité des allocations au bout de six mois. Les décodeurs du Monde ont testé la situation de huit cas pour mesurer les effets de cette réforme (https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/11/01/huit-cas-concrets-pour-comprendre-ce-qui-change-dans-l-indemnisation-des-chomeurs_6017653_4355770.html?fbclid=IwAR0DbcmfFWFLgIfSH6whIgEEDELZg0StMTU5ofN8Tlbq16bDAr–gr3Ml98).

Ce qui ressort de cette étude, c’est que ceux qui seront le plus impactés par cette réforme sont ceux qui travaillent en CDD courts. Pourtant, une personne qui vit de petits boulots, elle est le plus souvent mal payée et, à la fin du mois, le salaire n’a rien à voir avec une personne qui a un vrai boulot.

Pourquoi une telle réforme ?

Muriel Pénicaud nous assure que ça ne change rien pour les chômeurs sortant d’un CDI ou de contrats longs et qu’elle veut simplement corriger une anomalie : Certains chômeurs toucheraient davantage de chômage que le salaire qu’ils touchaient avant. Je ne sais pas d’où elle sort cette affirmation mais, si une seule personne qui a le courage de lire cet article peut m’assurer qu’elle touche plus au chômage que ce qu’elle touchait quand elle travaillait, qu’elle se manifeste ! C’est faux.

Mais peut-être voulait-elle parler de ces choses qu’on entend souvent, à savoir que pour certains, mieux vaut rester au chômage plutôt que d’accepter un boulot qui paiera moins. Ça, on l’entend en effet. Mais ça veut dire quoi ?

Ça veut dire que la rémunération qu’on vous propose est en-dessous de votre indemnité chômage qui est par définition elle-même inférieure au salaire que vous perceviez avant. Une rémunération donc inférieure à quelque chose d’encore inférieure à votre ancien boulot. Ce qui signifie qu’on vous a proposé un salaire de merde qui au final va vous engluer encore davantage dans le merdier, avec en plus les frais de transport et le travail que vous allez fournir.

Grâce à cette réforme, ceux qui galéraient avec leurs petits CDD sont assurés d’avoir davantage de difficulté à ouvrir des droits au chômage et, quand ils y auront droit, ils toucheront tellement peu qu’ils seront obligés de prendre le premier boulot de merde mal payé pour survivre.

Pourquoi s’attaquer aux pauvres ?

On aurait tort de résumer la politique du gouvernement comme celle de méchants. Ils ne pensent pas de façon affective et n’éprouvent vraisemblablement aucun plaisir malsain à s’attaquer aux plus faibles. Leur logique n’est pas de l’ordre du sentiment mais des faits bruts, scientifiques, froids. Ils suivent une logique comptable, arthmétique liée à l’application du libéralisme économique, du capitalisme, parce qu’ils pensent que c’est la meilleure façon de penser pour le bien de la collectivité.

Voici ce qu’en dit Muriel Pénicaud elle-même : « La précarité, oui, elle coûte cher au régime d’assurance chômage, payé par l’impôt, par tout le monde et les entreprises. Et le problème, c’est qu’il y a 35 milliards de dette, la deuxième après la SNCF. S’il y a une crise dans 10 ans, comment on va faire pour payer ? ».

La même Muriel Pénicaud affirme qu’on objectif de chômage à 7% est possible. Et en effet, rien qu’avec cette réforme, tous ceux qui devront prendre des boulots sous-payés vont sortir des statistiques et ceux qui ne pourront pas ouvrir de droits, soit ils vivront sur le seuil de pauvreté, voire en-dessous, avec un simple RSA. Dans tous les cas, ils sortiront aussi des statistiques du chômage. Grâce à eux, aux pauvres, aux précaires, le gouvernement pourra se targuer d’avoir réussi à faire baisser le chômage.

Pourquoi le silence de l’opinion publique ?

Il semblerait que l’opinion publique, tant qu’elle n’est pas massivement atteinte, se foute pas mal des pauvres et des précaires et du sort qui leur est fait. Elle les situe à la marge, comme tous ceux qu’elle déteste, les marginaux de tous poils, les colériques, les différents d’elle pour qui elle nie toujours sa propre responsabilité. La masse enterre sa propre capacité à s’émouvoir. Elle continue à voter capitaliste, regarde les inégalités s’accroitre sans broncher. Pourvu que son petit confort soit assuré, ne penser à rien, ne rien voir, ne rien entendre, ne rien espérer. Attendre la mort pépère dans son petit terrier. C’est ce que je pense quand il ne fait pas beau, que je poste un truc sur des gilets jaunes qui se font casser la gueule par la police et que personne ne lève le pouce ou manifeste un grrr quelconque.

Mais je ne terminerai pas sur une note aussi sombre. Laissons la parole à Muriel Pénicaud.

 

 

Brouillard

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Hier soir, j’étais à la cérémonie offerte par les amis théâtreux bordelais au souvenir de François Mauget. Ce fût une plongée dans le souvenir de tant de visages amicaux et familiers avec qui j’ai partagé tant d’années. Après 20 ans d’absence, on se retrouvait comme si nous nous étions quittés la veille au spectacle de Bidule. Et Mauget était là, partout, comme un brouillard, le sourire distant, un peu en coin, déjà pressé d’aller jouer de l’autre côté.

Ce matin, cramant une clope dans le jardin, j’observais que le brouillard épais avait pour effet de faire entendre les sons comme traités par un micro hyper cardioïde.  Des oiseaux, j’entendais comme jamais le battement des ailes. Des sons en gros plan. Les gouttelettes d’eau en suspension dans l’air affectent la circulation des ondes sonores. Les sons les plus lointains sont éloignés jusqu’à disparaître. Les réverbérations n’existent plus, absorbées par l’eau. Tout est plus grave, plus mat, centré sur ce qui est proche.

Incarnations, désincarnations

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Ces jours-ci, je fais l’acteur. Vendredi, c’était le dernier jour de Groom (pour moi). Un tournage tellement sympa que j’avais l’impression de faire partie des meubles, alors que je n’aurai tourné que deux jours. Je suis sûr qu’une de mes répliques deviendra culte. Je n’en dis pas davantage.

Demain, on change de braquet. Costume de député de droite. Pour le verbe, j’attendrai les autres jours en janvier. Gros film. Petit rôle. Tout petit petit. J’aurais peut-être pas dû.

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Il y a deux semaines, disparaissait Jean-Michel Martial. C’était lui qui me foutait à la porte dans le film Edmond d’Alexis Michalik. On s’est à peine croisé mais ça jouait. Un mec aussi sympa que talentueux.

Mauget

Et en fin de semaine, c’est du côté de Bordeaux que le metteur en scène et copain François Mauget perdait la vie pour une connerie d’accident domestique comme on dit. Lui, j’avais fait davantage que le croiser. C’était ce qu’on appelle un mec bien. Pas besoin d’attendre qu’il soit mort pour avoir su que c’était un mec bien. C’est simple, un mec bien. Quand il te parle, il est avec toi. Il a des rêves pour changer le monde. Un mec qui est épaté par des trucs, désespéré par d’autres. Vivant, quoi. Et maintenant, mort.

De l’air…

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Petit retour à la campagne avant de repartir tourner la suite de groom. En dehors d’activités professionnelles et de la continuation d’expériences incroyables sur l’eau (j’en parlerai en vidéo bientôt), je ramassé des cèpes qui furent fort bons et récolté des feuilles de mauve du jardin pour les faire sécher en vue de tisanes d’hiver.

Tout à l’heure, je bloquais sur les abeilles butinant les fleurs de gaura blanc, leur boule de pollen calée sous leur ventre. La campagne, ça calme.

Je précise, afin d’éviter aux jaloux de se faire un ulcère, que les cèpes et la mauve, c’était hier, dimanche. Non, parce que sinon, j’en connais qui seraient prompts à se dire : « putain, les intermittents, ils se la coulent douce ! ». Les gens ont du mal à imaginer la quantité de boulot fourni pour mener de front autant de choses que celles que j’ai en cours.

Groom, c’est de la série !

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Tourné toute la journée pour Groom, une websérie complètement déjantée de Studio Bagel. Sur la photo, Vincent Tirel. Grosse énergie pour le tournage de ce curieux objet qui n’est pas sans me rappeler la série H. J’avais fait un « guest » dans H. Un épisode, quoi. L’inspecteur du guide Michelin. Du coup, il se trouve parfois quelqu’un qui me reconnaît parce qu’il m’a vu jouer dans H, il y a… longtemps.

Le personnage que je joue a quelque chose à voir. C’est un client super chiant. Et je peux déjà vous dire, que ça va faire rire. L’équipe est super jeune, esprit Youtube, à commencer par le réalisateur, Théo bonnet que l’on prendrait pour l’accessoiriste si on ne le voyait pas diriger plateau et mise en scène.

La série se tourne dans un grand hôtel normand grand luxe. J’avais eu le plaisir d’en être le client d’un soir lors de la tournée d’avant premières d’Indigènes. Souvenirs, souvenirs.

Et puis Cabourg, c’est là que le fiston avait récolté, il y a quelques jours son prix.

À peine avais-je terminé de tourner, je rallumais mon portable. S’y trouvait une bien jolie nouvelle sous forme de message vocal. Nous avons obtenu, avec Guillaume G, une aide à l’écriture pour notre scénario de long-métrage de la région Bretagne. L’histoire de notre comédie sociale se déroule à Douarnenez.

Bon, je ne ferai pas la liste complète des bonnes nouvelles. C’est la loi des séries…

Petit conte

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Alors, les Kurdes, ce sont des humains, donc. Des hommes, des femmes, des enfants. D’autres humains, ont décidé qu’on ne voulait surtout pas qu’ils aient un pays à eux, avec un drapeau et tout et tout. Alors ces autres humains, les Turcs, ont décidé d’envoyer l’armée, de lâcher des bombes sur les premiers, juste en prévention, pour qu’il n’y ait jamais de Kurdistan. Drôle de façon de régler les problèmes en zigouillant des êtres humains, en bombardant leurs maisons, leurs villages, les obligeant à fuir par centaines de milliers, hommes, femmes et enfants.

Pourtant, les Kurdes, ils avaient largement contribué à stopper d’autres humains devenus fous, faisant sauter des tours, tuant des innocents partout dans le monde. Merci les Kurdes.

Pendant ce temps, dans les pays riches, quelques humains investis de hautes responsabilités disent que ça n’est pas bien de faire une guerre aux Kurdes. Ces humains-là, ceux qui sont investis de hautes responsabilités, ont la particularité de dire et redire toujours ce qui est bien et pas bien. Mais ils sont tellement pris par leurs responsabilités diverses, économiques, sociales, morales, financières, des tas de responsabilités quoi, qu’ils n’ont jamais la force d’agir. Mais soyons justes. Il leur arrive de joindre le geste à la parole. Ils savent attaquer les méchants dictateurs, par exemple. Un méchant dictateur est un humain investi de hautes responsabilités dans un pays pauvre dont le sol regorge de pétrole et de gaz. C’est ça, un méchant dictateur.

Le chef des Turcs, lui, il emprisonne les opposants, les journalistes, les intellectuels, les enseignants mais les humains investis de hautes responsabilités dans les pays Européens ont besoin des Turcs pour empêcher l’immigration. Oui parce que les réfugiés, dans les pays riches, les humains qui donnent les hautes responsabilités à quelques-uns avec des bouts de papiers, ils n’aiment pas les réfugiés parce qu’ils leur mangent leur pain et leurs allocations. C’est ce qu’ils disent.

Alors, les humains Kurdes, ils peuvent bien se faire massacrer, personne n’en a rien à foutre comme on dit dans certaines chaumières.

Casting, épisode 7

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Qui qui veut un nouvel épisode de la série Casting ? Allez, c’est tellement drôle et plein de rebondissements, que je le livre. Alors,  je commence par un résumé des épisodes précédents.

  • Je passe un casting pour une joli second rôle.
  • Je suis pris
  • Le lendemain, je ne suis plus pris parce qu’on a pris un acteur régional
  • Après diverses tergiversations, je suis de nouveau pris.
  • Finalement, je ne peux pas tourner car à une des dates, je tourne sur un autre film
  • En fait, je m’aperçois que dans cet autre film, alors que j’ai passé de supers essais sur une super scène, on m’a filé un rôle de silhouette avec 3 phrases. Merde…
  • On m’annonce que finalement, la date de tournage qui m’a empêché de jouer le joli second rôle est déplacée. Trop tard…

Je rêve ? Non non. Heureusement, j’ai pris le parti d’en rire depuis un bon bout de temps. Et, du coup, chaque nouvel épisode est une nouvelle blague pour moi. Je soupçonne Xavier Dupont de Ligonnès d’être derrière tout ça.