Tournage atomique

necle

Il s’agissait de filmer pendant le voyage de la péniche entre le chantier naval où elle avait passé deux ans en réparation et son nouveau port d’attache en banlieue parisienne. L’affaire de quelques heures.

Au départ, la péniche cale très peu après un joli démarrage. Plus rien. Le démarreur patine à vide. On cherche d’où cela peut venir. L’injection ? Le carburant ? Non, pas le carburant puis qu’on a mis 500 litres il y a une semaine. Mais au bout d’un long moment, tandis qu’on pense déjà qu’on ne partira pas, on s’aperçoit que les 500 litres de la semaine dernière avaient été mis dans un mauvais tuyau et s’étaient déversés dans le fond de cale au lieu de remplir le réservoir. Visiblement, la personne responsable de la petite bourde avait pompé discrètement l’erreur sans remplir à nouveau le réservoir. Nous voilà repartis à faire le plein. 500 litres encore mais, cette fois-ci, dans le réservoir. Ce qui est plus approprié.

Nouveaux essais du moteur. Il ronronne au ralentit et rugit en créant d’impressionnant remous à l’arrière du bateau. Tout va bien. Mais non. Pas tout. Plus de marche arrière. Impossible de larguer les amarres sans la marche arrière. Ça reviendrait à conduire un camion sans freins. Rappel des mécanos. Et des tours de clé de 8 ici, de 19. Il faudra une nouvelle bonne heure pour résoudre le problème. On va pouvoir partir ? Oui oui dit le contrôleur. Tout est bon. Et nous partons. Le monde défile sous nos yeux, lointain, presque irréel, comme ne nous concernant plus. C’est étrange la navigation fluviale.

Arrivés à la première écluse, on nous annonce que la navigation est interrompue sur la Seine. Merde. Il faut qu’on arrive au port avant 19:00, sinon on ne pourra pas récupérer la voiture. Et nous restons bloqués dans l’écluse plus d’une heure. Peut-être deux. On ne sait plus rien du temps quand on est sur l’eau.

Les portes finissent enfin par s’ouvrir. Et nous voilà partis pour une belle traversée de Paris. Bon, belle, mais sous un gros orage. Quoi qu’il en soit, on sait qu’on ne sera jamais à l’heure au port. Nous choisissons de nous arrêter à Choisy, parce que c’est un bon choix. Chacun retournera chez lui comme il peut. Enfin, le capitaine et moi, on doit regagner le chantier naval pour récupérer nos voitures, quand même. Retour maison 23:00. Le lendemain, nouveau départ. Ce matin, quoi.

Navigation sans encombre. Plutôt très agréable même. Mais, tandis que nous nous présentons à l’entrée du port, la pièce qui relie le moteur à l’arbre d’hélice lâche. Panique à bord. La péniche commence à dériver, le courant semblant vouloir la rendre à la Seine. Quelques cris, des gens sur les pontons, on parvient à lancer du cordage pour finalement nous amarrer sur un ponton d’attente. Mais avec tout ça, il est midi passé et nous devons attendre 14:00 pour que la capitainerie nous remorque jusqu’à l’emplacement. Obligés d’aller bouffer au restau d’en face. Mais ce moment-là est très réussi et agréable.

 

Un prix

camera

Hier, La Terre et le Tempsde Mathilde Mignon, dont je vous ai parlé et que certains ont pu voir à leur demande et dont j’ai fait la musique (pas de Mathilde Mignon, mais de son film) a été primé au festival international du documentaire rural Caméra des Champs. Le festival fêtait ses 20 ans. Une aventure rurale de Ville-sur-Yron, un petit village Lorrain de Meurthe-et Moselle qui a fait bien des émules en France. On a beau se foutre des prix, en recevoir un est toujours la marque qu’il y avait quand même quelque chose à primer. Bravo à elle !

Je rappelle que le film sera projeté le 3 juin à l’Utopia de Montpellier.

Demain, je passe la journée sur une péniche à filmer le père Stevenin. L’histoire continue.

Construire

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Il fallait oser. L’escalier, je veux dire. Je l’ai fait. Et, ma foi, pour un amateur complet, un bricoleur des jours fériés, un rêveur, juste un brin obstiné, qu’a même pas peur, un vas-y comme je te pousse, un pressé, un pas très méticuleux, j’avoue une certaine forme de fierté.

Me connaissant un peu, je n’ai pas fini de dire aux visiteurs « c’est moi qui l’ai fait, sur des plans de moi-même, en commençant par du papier millimétré ». Quel con ! penseront-ils, s’ils sont jaloux ou s’ils me connaissent et ne m’ont jamais apprécié.

L’obstination a du bon. Savoir qu’on peut concrétiser les idées dont on se méfierait.

Bricolage

brico

Hein ? Le casting ? Pas de nouvelles. Et comme on dit dans le métier, pas de nouvelles, ça sent pas bon.

Hier, j’avais écrit un article sur le jeu de tirs au palestinien organisé par la joyeuse armée Israélienne. Et puis je l’ai enlevé. Quand je regarde Facebook, je vois que ça n’indigne pas grand monde. Alors, je préviens mes amis que je suis en sécurité et je retourne aux finitions de mon escalier. Je repense à l’ambassadrice américaine à l’ONU qui a déclaré qu’Israël a fait preuve de beaucoup de retenue. Imagine qu’ils se lâchent. Il est où mon marteau ? Ah oui, sur le buffet. Merde, et le crayon, il est où ce putain de crayon ? Mais pourquoi je m’indigne comme un con. Pourquoi je me sens touché par des injustices qui ne me concernent pas directement ? C’est une maladie ? Ah oui, dans la cuisine, le crayon, sur la table. En fait, il suffirait que je me dise que je me fous de tout ce qui ne me concerne pas directement. Je n’ai qu’à faire comme tout le monde. Là, je pense à mon escalier, les clous, le marteau, la colle, la scie, le rabot, les tasseaux. Comme si ça ne suffisait pas pour occuper l’esprit ? Mais non, vas-y que je m’énerve contre Macron et son gouvernement d’opportunistes capitalistes. En quoi ils vont m’aider les cheminots pour mon escalier ? Qu’est-ce que j’en ai à foutre qu’on grignote les APL, la retraite des vieux, qu’on multiplie les cadeaux aux riches. Je ne suis pas riche, ne touche pas les APL, ni la retraite des vieux. Qu’est-ce que j’en ai à branler ? Qu’est-ce que j’en ai à foutre de la sélection à l’université puisque je n’y suis plus depuis longtemps ! Et les zadistes, ils vont m’aider ? Excusez-moi, j’ai une mesure à prendre. Celle de la troisième marche. Voilà. 70,3. Ok. 70,3. Non mais c’est vrai quoi. Je ramène ma fraise avec mon blog, comme si mes pensées rebelles et critiques avaient un poids quelconque. 70,3. T’as pas vu la scie ? J’ai rien dit. Je viens de marcher dessus. J’ai une idée. Je ne vais plus m’intéresser à l’actualité, ne plus lire les journaux, ne plus écouter la radio. Et ne plus parler à personne. Comme ça, je ne serai au courant de rien de ce qui ne me concerne pas directement. Bon, c’est pas tout. Je le coupe ou je le coupe pas, ce tasseau ?! 70,3. Il faudra que je pense à poster la photo de l’escalier sur Facebook. Ça, ça devrait intéresser davantage que mes conneries !

Sur les écrans

APOLLO

Alors, ce soir, on peut voir Hors la Loi de Rachid Bouchareb (2010) sur Canal+ Cinéma à 20:50, Avec Jamel Debbouze, Sami Bouajila, Roschdy Zem et moi-même.

Demain soir, sur Arte, à 0.05, le magazine Court-Circuit propose un Voyage dans l’espace/temps avec la Jetée de Chris Marker et Appolo ou la vie sauvage de Léo Favier (2018). J’y joue un astronaute qui débarque sur une étrange terre. Je donnerai le lien de replay.

Pour ceux qui voudraient voir La Terre et le Temps de Mathilde Mignon (musique BB), je peux passer un lien à qui veut. Il passera début juin à l’Utopia de Montpellier.

C’est tout pour l’auto-publicité…

Non, non, je n’y suis pas.

cannes

Il a commencé, le festival de Cannes. Chaque année, il réveille des sensations fortes. Les souvenirs redescendent dans le ventre.

J’y suis allé assez souvent, à Cannes. J’y ai vécu le plus beau jour de ma vie et le pire.

Le plus beau, bien sûr, c’était celui où nous avons reçu le prix d’interprétation pour Indigènes de Rachid Bouchareb, avec Jamel Debbouze, Samy Nacéri, Sami Bouajila et Roschdy Zem. Pas pour les paillettes qui sont beaucoup plus éprouvantes qu’on l’imagine, mais pour ce sentiment profond d’accomplissement, aussi artificiel soient les prix et les flonflons. Intimement, c’est d’une force inouïe. C’était en 2006. Il y a douze ans.

Le pire jour, c’est quand on m’a refusé la montée des marches avec l’équipe de Hors la Loi pour de très mauvaises raisons. Je crois que ma blessure était proportionnelle au bonheur qu’avait été Indigènes.

La seconde grande blessure n’est pas Cannoise. C’est la lutte fratricide autour de la convention collective. Quel rapport ? Il doit y en avoir un.

Ces choses-là vous habitent beaucoup, longtemps, plus qu’il ne faudrait. Les blessures, je veux dire.

C’est tout. Pour aujourd’hui.

Macron et les APL

ISF

La politique fait partie intégrante de notre vie. Plus ou moins. Ça dépend des gens. La vie toute entière est dépendante de la politique. Les mots que l’on entend ou que l’on lit. Les décisions qui nous affectent, nous, nos parents ou nos enfants. Les regards que l’on porte sur les autres. La politique, en réalité est partout puisque c’est elle qui régit notre organisation sociale. D’elle dépend que nous soyons repliés sur nous-mêmes, ou ouverts aux autres. Elle décide ou non d’élargir notre regard. Seuls, nous sommes peu de choses.

On peut s’étonner que la politique occupe autant de place dans ce blog. Je ne suis pas un militant qui navigue de réunions en meetings. Mais la politique, elle me concerne, au même titre que l’art, la vie affective, familiale, le travail, les loisirs. Parce que je ne suis pas seul au monde et que le monde est régi par le politique (aujourd’hui plus que jamais les intérêts économiques de quelques-uns).

Quand Macron justifie sa mesure pour la baisse des APL en utilisant l’héroïsme du gendarme Arnaud Beltrame, j’ai juste envie de vomir. Comment rester indifférent ?

Il est où l’héroïsme qui consiste à baisser les aides pour une économie de 32 millions d’euros mensuels quand, en même temps, on supprime l’ISF (4,1 milliards) avec remplacement par l’impôt sur la fortune immobilière qui ne rapporte que 0,8 milliards. Soit un cadeau aux plus riches de 3,3 milliards. Il est où, ton héroïsme, Macron ? Honte à toi !