Le poids des maux

Islamisme : Courant de pensée musulman, essentiellement politique, apparu au XXème siècle. Il peut s’agir du choix conscient de la doctrine musulmane comme guide de l’action politique, ou transformer le système social et politique en faisant de la charia l’unique source du droit.

Gauchisme : Terme péjoratif employé pour qualifier l’action politique d’individus ou d’organisations comme étant d’extrême gauche. Historiquement, le terme désigne un courant politique trotskiste, anarchiste ou maoïste qui prône la révolution, considéré comme distinct des courants classiques de la gauche et du communisme.

Glissement sémantique : fait qu’un mot ou une expression acquiert au fil du temps un sens différent de celui de son origine, ce qui peut donner lieu à des quiproquos.

Avec l’expression Islamo-gauchisme on assiste à un double glissement sémantique. 

  • On devine que le mot gauchiste ne s’applique plus aux visions révolutionnaires les plus radicales (radicale n’étant pas non plus un mot péjoratif à l’origine) qui se distinguaient de la gauche traditionnelle et du communisme, mais désormais commencerait à s’appliquer à l’aile gauche du PS. Je rappelle par exemple que Mélenchon était un ministre socialiste.
  • Stricto sensu, un islamo-gauchiste serait donc un révolutionnaire qui veut transformer le système social et politique en faisant de la charia l’unique source du droit. Par conséquent, un islamo-gauchiste, serait un islamiste révolutionnaire.

Les leaders du glissement sémantique, dans la classe politique, sont incontestablement les macronistes En Marche et le Front National (qui pense qu’en changeant de nom il changera d’image). Mais la classe politique dans son ensemble s’est prêtée à la transformation du sens des mots, à commencer par celui de « réforme » qui est devenu amputation des droits sociaux et augmentation des inégalités.

Le langage et la vision du réel

Ceux qui s’intéressent à la vision savent que l’œil ne voit pas une image mais une quantité de photons qui passent dans le cortex visuel. L’image est alors reconstituée par différentes zones du cerveau dont celle du langage. Ainsi, on s’est aperçu qu’une tribu qui n’avait pas le mot bleu dans son vocabulaire, ne voyait pas le bleu. Quand on présente à un de ses membres un carré bleu parmi 10 carrés verts, personne n’est capable de distinguer le carré bleu des carrés verts. En revanche, certaines nuances de vert sont possibles pour ces personnes alors qu’elles ne le sont pas pour une personne occidentalisée. https://www.researchgate.net/publication/43627151_Colour_categories_and_category_acquisition_in_Himba_and_English

Je n’ai que soixante-deux ans et je souffre de voir les bases de ma vision du monde sans cesse attaquées dans leurs fondements (les mots). En quelques années, les mots les plus positifs sont dévoyés pour devenir péjoratifs et les pires d’entre eux deviennent de véritables panacées.

Ceux qui se prêtent à ces jeux pour influencer la collectivité ne sont pas des imbéciles. Ce sont des gens malintentionnés qui utilisent l’arme la plus puissante qui existe pour s’attaquer à ce qui distingue par son élaboration l’humain de l’animal : le langage.

La création du mot islamo-gauchiste n’a qu’un objectif : associer toute pensée de gauche au terrorisme islamiste. Tous ceux qui défendent ce concept sont à vomir.

8 réflexions sur « Le poids des maux »

  1. Dans l’aile ou la cuisse, il y a une phrase marquante : « il faut lui donner l’impression que l’idée vient de lui ».
    C’est au moment dans le film des invitations des 2 protagonistes à l’émission de télé.
    Et ben , c’est bien plus profond que ça en à l’aire. Via le langage, on change la perception, et donc certains concepts deviennent naturels, comme si chacun les avait inventés. Et en donnant l’impression à tous que l’idée vient d’eux, il est bien plus facile de manipuler les esprits, et faire passer le pain sec pour un mets délicat et fin.
    Tout est affaire de perception, des autres et de soi.
    Et le langage est un élément majeur de la perception.

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  2. Même en écoutant « Les Mots Bleus », ça n’adoucit pas les bleus à l’âme que l’on vit aujourd’hui au travers de toutes ces déviances sémantiques bien calculées pour diviser la Société au lieu de la rassembler.
    Et le paradoxe absolu est que Tous (les politiques) prônent le rassemblement (surtout face aux urnes !).

    Il ne manquerait plus que quelques originaux en mal de puissance et de pouvoir initient un Anarchisme islamo-gauchiste. Doctrinement, ils seraient bien emmerdés pour conjuguer tout cela !
    Mais va savoir. On n’est plus à l’abri des cons.
    Y a pas de « paracon » pour ça. Alors que pour la pluie y a.

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  3. A France Telecom-Orange(mécanique), le poids des mots du management a causé de nombreux « maux » parmi les employés. A l’issu du procès en 2019, les dirigeants accusés d’avoir poussé des salariés au suicide, ne comprenaient pas leurs (légères) condamnations. Ce comportement a intrigué l’écrivaine Sandra Lucbert dans son livre « Personne ne sort les fusils. » Le procès « est un enlisement grammatical » où le tribunal « parle la langue qu’il accuse » écrit-elle, dans l’esprit critique de Kemperer. Tous « prisonniers » de la novlangue néolibérale, elle constate : »on n’atteint pas le capitalisme dans la langue du capitalisme ».

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