Résolution de rentrée

Un mois ! Un mois sans Facebook. Record battu. Ouais, bon, c’est pas non plus extraordinaire. De toute façon, j’y reviens, dans le réseau social.

Cette année passée en grande partie à la campagne avec quelques incursions parisiennes a eu pour effet de me désocialiser comme jamais. Peu de relations d’un côté et trop peu de temps pour renouer de l’autre, dans les circonstances que l’on connaît. Pas de boulot non plus en dehors de celui qui m’occupe en solo autour de mon bouquin et des expériences qui vont avec.

L’ermite est un des archétypes de notre société. Dans la littérature, dans l’art, on a souvent la figure de cette personne qui s’isole du monde. Elle incarne l’image d’une libération des servitudes sociales, associée souvent à celle d’un retour à la nature. Cette image nourrit l’imaginaire de l’être social submergé par le jeu social, comme un refuge fantasmé. La petite maison perdue dans les bois ou à flanc de montagne avec pour seule compagnie les visites éphémères d’animaux sauvages.

Sauf que l’homme a des instincts grégaires. Il a besoin de la foule, d’appartenir à des groupes sociaux, retrouver la meute, le clan. Facebook est le lieu virtuel de l’expression de cet instinct. Cet espace algorithmique offre à nos yeux et à nos doigts l’illusion d’une existence sociale. Pourtant, cette existence sociale est de moins en moins incarnée, filtrée par des écrans, masquée désormais. A tel point que, sur Facebook par exemple, on est heureux d’exhiber le moindre moment où l’on est en relation concrète et réelle avec des gens : selfie à plusieurs avec sourire obligé.

Cette désocialisation dont je parle, on pense souvent qu’elle est de notre fait, que nous en sommes responsables individuellement. Elle finirait même par nous culpabiliser. Pourtant, elle est un résultat de l’évolution de notre mode de vie : nous sommes nombreux à avoir dû changer de territoire pour des questions professionnelles ; le téléphone puis internet nous ont permis de multiplier nos conversations mais en leur hottant leur caractère charnel. Notre pensée ne se nourrit plus pour l’essentiel que de celle qui circule dans les tuyaux de l’information, qu’elle soit médiatique ou issue des réseaux sociaux. Courte, simple (voire simpliste) et efficace.

Une des caractéristiques des conflits sociaux est que les gens concernés se remettent à parler ensemble, pour de vrai, avec des postillons et des odeurs. Et soudain, la pensée se met de nouveau en mouvement, recommence à construire, à échafauder collectivement. Les gilets jaunes furent le dernier espace où des gens se sont rassemblés contre une taxe gasoil et ont fini par élaborer une pensée politique remettant en question le libéralisme.

Vouloir renouer avec le lien social réel, à un moment où une autre étape de la désocialisation collective est entamée par la peur du virus, du cluster, le port du masque, tient de la gageure. Pourtant, je vais en faire ma résolution de rentrée.

4 réflexions sur « Résolution de rentrée »

  1. Hé-hé… Je viens de voir un ponton se dessiner. Je me suis remis à parler aux poissons. Pas très loquaces les porteurs d’ouïes, sans masque eux.

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