Un entretien dans le magazine Komédie !

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LES CASQUETTES À BLANCAN

À 61 ans, Bernard Blancan est l’inventeur du Théthyscope, un appareil qui, par un phénomène quantique se produisant en électrolyse, connecte un récipient d’eau aux humeurs d’une personne à distance. Cette découverte majeure sur des propriétés de l’eau et son rapport à la conscience lui vaudraient, dans un monde libre et ouvert, un prix Nobel. Mais voilà, Blancan, il n’est ni biologiste, ni physicien quantique. C’est un saltinbanque, acteur, réalisateur, sourcier, musicien, blogueur, auteur, chansonnier… Sa découverte a toutes les chances de se retrouver aux oubliettes de la science. Partons à la rencontre de ce curieux personnage un peu bancal, revendiquant sa liberté de penser et vantant les mérites d’une forme de médiocrité créatrice.

Bernard Blancan, quel enfant étiez-vous ?

Un amoureux. Je tombais amoureux des filles les plus folles et inaccessibles. Je me faisais l’ami de tous les gamins rejetés, Arabes, gitans, laids, bizarres. J’étais en admiration devant les coquelicots, boutons d’or et marguerites dans les champs de blé, les fleurs d’acacia que l’on mangeait, des fougères dont on faisait des cabanes. J’aimais me percher dans les arbres pour défier mon vertige. Aux chiottes, j’imaginais que les feuilles de PQ étaient des lettres d’amour. En classe, j’étais un clown imbécile.

Le théâtre, la musique, le cinéma dans cette période ?

À 15-16 ans, je devais être déjà aux jeunesses communistes. Avec des copines, on a fait nos premiers spectacles mêlant chansons engagées et théâtre. Mon père me prêtait sa caméra super 8 et je rêvais de faire des clips pour Pink Floyd.

Vous avez fait beaucoup de théâtre ?

Oui, au départ. J’étais à Bordeaux et je faisais du théâtre amateur avec le théâtre en Planches. Je n’imaginais pas devenir professionnel. Amateur, c’est celui qui aime, aimais-je à dire. Et puis j’ai fait le conservatoire en amateur, en cours du soir. Admirateur de Jean-Pierre Nercam, un metteur en scène dont j’avais été subjugué par un Godot magistral, j’ai fait un IUT carrières sociales, juste parce qu’il y était prof, plutôt que faire le conservatoire professionnel. Je détestais les acteurs qui se la racontent. Et puis j’ai joué avec plein de troupes bordelaises en refusant de m’incruster dans une, j’ai monté une compagnie avec la volonté de surprendre toujours, passant d’un Beckett à du café-théâtre en passant par Audiberti. Mais quand j’ai voulu adapter un Kafka, je me suis heurté au mur des institutions. On m’a dit : ce qui est compliqué, c’est qu’on a du mal à vous cerner. On vous voit faire le pitre avec des personnages à accent. Mais là, c’est un gros projet sérieux. À partir de ce jour, j’ai décidé d’abandonner la création théâtrale. Allez vous faire foutre ! J’ai fait l’acteur pour Lenoir, Blanloeil, Tiberghien, Cojo, Berdot, Mauget, Olliver… Un jour, j’ai fait un stage-spectacle avec Christian Collin. Un expérience très forte autour de La Tête Vide de Guérin. Collin m’a dit qu’il fallait que je parte à Paris. J’y ai réfléchi pour finalement décider que non. Et du coup, j’ai arrêté le théâtre et passé le concours d’instituteur avec succès.

Comment êtes-vous venu au cinéma, alors ?

Grâce à l’IUT. J’y ai rencontré des gens comme Philippe Lespinasse, Pierre Carles et Yves Caumon. Je jouais dans les films super 8 de ce dernier. Puis il a fait la Fémis et m’a fait tourner dans ses courts-métrages. C’est dans sa promo que j’ai rencontré Hélène Angel. Yves a continué à me faire tourner dans ses films (Cache-cache, par exemple) et, en 99, Hélène m’a offert mon plus beau rôle de long-métrage dans Peau d’Homme Cœur de Bête. C’est là que je suis parti à Paris pour essayer d’y faire l’acteur.

Et en 2006, la consécration. Vous obtenez un prix d’interprétation à Cannes !

Oui, pour Indigènesde Rachid Bouchareb, avec mes camarades de jeu Jamel Debbouze, Roschdy Zem, Sami Bouajila et Samy Nacéri. Un moment magique. Un conte de fée que j’ai vécu comme une reconnaissance inouïe, un aboutissement.

Et pourtant, votre carrière semble s’arrêter à ce moment…

Oui, c’est comme pour le virus. C’était le pic, suivi d’un plateau et d’une descente assez rapide.

Pourquoi, d’après vous ?

Parce que je n’étais pas préparé à plonger si tard dans le grand bain. J’ai continué à ramener ma fraise comme dans le pédiluve. Mais dans le grand bain, ça pullule de requins ambitieux et fébriles. Quelques-uns n’ont fait qu’une bouchée de moi (avec le sourire).

Des noms ?

Ça va pas, non ?! Mais, dans ce grand bain, il s’est trouvé des gens très bien qui ont permis à mes restes de vivre encore un peu sur les écrans. Laurent Teyssier, Philippe Fernandez, Cédric Jimenez, Serge Moati, Jean-Philippe Amar par exemple.

Vous tenez un blog depuis 2004, vous pensez que ça a quelque chose à voir ?

Certainement. Mais pas à cause de ce que j’y écris. Je n’ai jamais rien balancé. Je suis un trouillard, un médiocre, un rebelle de pacotille. Non, c’est pas à cause de mes écrits, mais à cause de ce que s’imaginaient les requins qui ne sont pas très intelligents. Mon blog était une menace potentielle pour eux. C’est juste ça. Un fantasme dans leurs têtes.

Vous savez, ce blog, c’est un éloge de la médiocrité. La médiocrité est notre lot commun, en réalité. L’humain, quel qu’il soit, a ses limites, ses failles, ses faiblesses. On croit toujours comprendre quelque chose quand nous ne faisons que croire à ce qu’on nous raconte ou à ce que nous nous racontons. À travers les personnes que l’on admire, on ne fait que projeter des personnages irréels, des personnages de fiction. L’humain est tellement plus piteux, en réalité. Quand j’écris dans le blog, j’ai cette conscience de ma propre condition de médiocre. Elle ne m’interdit pas de m’exprimer puisque j’en ai le plein droit et en éprouve la nécessité. Je me sens comme l’incarnation d’un Don Quichotte qui s’attaque à des moulins à vent et enfonce des portes ouvertes ?

C’est en 2006 aussi que vous devenez sourcier, non ?

Oui, mais je ne m’étendrais pas sur le sujet. J’ai fait un film produit par Céline Loiseau de TS Productions, Retour aux sources, qui raconte l’histoire.

Réalisateur ?

De courts-métrage, oui. Céline m’a suivi dans mes aventures cinématographiques loufoques comme Ogres Niais, réalisé à partir d’impros enregistrées d’enfants de maternelle et CP. Et puis, l’an dernier, on a fait Manigances, d’après une nouvelle du Décaméron de Boccace. Le mieux c’est de les voir.

Il y a 2 ans, vous retrouvez les planches dans une pièce d’Alexis Michalik.

Oui, Intra-Muros avec Jeanne Arènes (puis Raphaëlle Bouchard et Ariane Mourier) et , Alice de Lencquesaing (puis Sophie de Furst), Fayçal Safi (puis Christopher Bayemi), Paul Jeanson. À la musique, Raph Charpentier (suivi de Sylvain Briat). Une aventure incroyablement joyeuse au Théâtre 13, puis à la Pépinière et à Avignon qui s’est terminée pour moi par 120 dates de tournée.

Pourquoi avoir arrêté, alors ?

Pour retrouver ma liberté.

Pendant le confinement, on vous découvre chanteur…

Chansonnier serait plus juste. Je n’aime pas ma voix et ne me considère pas comme chanteur. J’écris des textes qui racontent des histoires loufoques ou qui commentent l’actualité. Il y a les chansons que je compose (je fais la musique de mes films et d’autres) et celles à qui j’ai confié par jeu la musique à Raph Charpentier (Intra-Muros). À chaque fois que j’ai terminé une chanson, je pense que c’est une grosse bouse, et puis finalement, ça plait à quelques-uns. Et puis dans cette période, c’est le meilleur moyen que j’ai trouvé de rester « vivant ». J’ai toujours besoin d’agir, de faire des choses pour ne pas sombrer.

Vous avez signé plusieurs ouvrages. Vous considérez-vous écrivain ?

Certainement pas. À chaque fois que j’ai écrit un bouquin, c’était par nécessité de partager des choses réelles réputées de pas l’être : Secrets de sourcier (Eyrolles), Si j’étais guérisseur (Eyrolles) et Magnétique (Michel Lafon).

Justement, depuis vos débuts dans ces mondes plus ou moins sulfureux, vous vous appliquez à tenter de prouver l’existence de phénomènes étranges par la méthode scientifique. Mais ne pensez-vous pas que cet aspect de vos passions puisse mal passer dans la profession ?

À vrai dire, je m’en fous un peu.

Qu’en est-il du Thétyscope ?

Merci de me poser la question. J’ai beaucoup expérimenté pour montrer que la pensée pouvait avoir une influence physique sur la matière. J’en ai profité pour démonter des conneries qui pouvaient circuler sur le sujet. Je suis un pragmatique, chercheur autodidacte et empirique, le contraire d’un intellectuel théoricien. Je crois avoir cette liberté de vue offerte aux artistes pour m’affranchir des dogmes croyants ou scientifiques. Animé d’une curiosité sans limite, j’ai besoin de vérifier par l’expérience que ce que l’on me dit est vrai en même temps que je veux prouver que mes hypothèses, aussi farfelues soient-elles, sont justes.

C’est ainsi qu’en faisant le bilan d’une douzaine d’années d’expériences, je me suis aperçu que le dénominateur commun à celles-ci était l’eau. C’est ainsi que, par hasard, j’ai fini par découvrir qu’un récipient d’eau se chargeait de la conscience de l’être vivant qui la regarde. L’eau comme miroir de notre psyché (amusant de voir que certains miroirs s’appellent psyché, d’ailleurs). J’ai des mesures répétées pendant plusieurs mois qui en attestent et des expériences sur le modèle scientifique qui prouvent de manière irréfutable que ce n’est pas le hasard qui intervient dans les résultats obtenus.

S’ouvre pour moi une des plus grandes batailles de ma petite vie : faire reconnaître ma découverte. Et accessoirement, gagner un peu de pognon avec mon appareil.

Un grand merci, Bernard Blancan pour cet entretien très riche et rendez-vous donc pour la publication de votre découverte !

Merci à vous, Bernard Blancan, rédacteur en chef du magazine Komédie !

Je vous en prie, c’est moi.

Non, non, c’est moi !

 

Filmographie résumée en images

Retour aux sources

Ogres Niais

Manigances

Confiné de poule Chanson confinée avec musique Raph

Le monde de demain Chanson engagée par bibi

13 réflexions sur « Un entretien dans le magazine Komédie ! »

  1. Nous entrons dans une nouvelle ère ou la médiocrité c’est l’excellence, et l’excellence la médiocrité…
    Ce journal c’est avenir qui renait sur les cendres du passé….

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  2. Excellent ! Ces derniers jours, je n’avais pas trop eu de temps pour regarder ton blog. Et rattrapant le fil du temps vla-t-y-pas que je tombe sur « cet article »… dans « Komédie » (nouvelle revue d’art contemporain et de science infuse).
    D’une immense crédibilité.
    Quant à son contenu, il te résume très très bien ! Un joyeux foutoir mais pas que. Surtout pas que…
    Je file vite acheter en kiosque ce premier numéro de Komédie ! Collector !
    (si je ne suis pas revenu chez d’ici 4 jours, merci de t’inquiéter quand même)
    Je transmets à Lucie qui pourra visionner, via les liens.

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