Et si c’était du placebo ?

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Dans les études cliniques, on compare 3 groupes. Un sans médicament, un second avec un médicament (molécule active) et un troisième avec un placebo (faux médicament). C’est ce troisième groupe qui manque dans l’étude de Raoult.

L’effet placebo est une faculté que nous avons à nous guérir nous-mêmes par la croyance que nous avons en l’effet supposé d’un médicament et par la confiance que nous avons envers le médecin prescripteur. Mais au-delà de ce simple facteur psychologique, il y a des mécanismes physiologiques qui se mettent en route, confirmés par l’imagerie médicale.

On sait depuis longtemps que dans le domaine de la douleur, le placebo est efficace pour 30% des patients, ce pourcentage pouvant même atteindre 70% dans certains cas. D’une manière générale, le placebo agit plus rapidement qu’un médicament et plus longtemps. Plus le médicament est amer, réputé puissant et qu’il est cher, plus il est efficace. Le rituel posologique est aussi important. Plus c’est invasif (injections, suppo…) et plus ça marche.

On aurait tort de le résumer à un simple effet psychologique agissant sur des pathologies psychosomatiques. L’effet placebo agit dans tous les domaines.

Dans le contexte que nous connaissons, le Pr Raoult bénéficie d’une telle aura, les espoirs d’efficacité sont tels qu’on peut imaginer une effet placebo d’un ordre très élevé. En ce moment, Raoult donnerait des fraises Tagada, il y a fort à parier qu’il obtiendrait des résultats miraculeux sur un grand nombre de patients. L’hystérie du débat à son sujet ne fait que lui conférer une place de puissant gourou, homme libre contre les académismes, le parfait héros des temps modernes.

Je suis un pragmatique. J’adore Excel, les graphiques, les courbes, les pourcentages, les coefficients de corrélation. Quand les infos m’annoncent qu’on atteint un nombre record de morts liés au Corona, je sais qu’il ne s’agit que d’un cumul qui fatalement augmente chaque jour. Alors, tous les matins, je vais chercher les données officielles accessibles facilement et je regarde le nombre de morts quotidiens, le rentre dans un tableau et observe son évolution sur la durée et par rapport à la veille. Par exemple, hier, on a eu moins de morts en France que la veille. Mais ça, ça n’intéresse pas les infos. Mais je m’égare.

Oui, pour en revenir au Pr Raoult, nous verrons bientôt, grâce à de nombreux essais cliniques si l’hydroxychloroquine est réellement efficace et si elle fait mieux que le placebo. Les chiffres parleront et tout le monde sera content. Mais, d’ores et déjà, même si les molécules utilisées (Chloroquine + antibiotique) s’avéraient inefficaces contre le virus, ne faisant pas mieux que l’effet placebo, je salue l’action de Raoult qui, grâce à l’espoir qu’il a suscité, aura de toute façon sauvé plein de gens par effet placebo.

Ne reste plus qu’à attendre le verdict des études cliniques en cours pour savoir si c’est encore mieux.

Petit complément par rapport aux chiffres… La baisse d’un jour sur l’autre n’a pas de sens. C’est sur une période suffisament longue qu’on mesure une tendance. Par ailleurs, aucune des données n’est satisfaisante : le nombre d’infectés ne vaudrait que si tout le monde était dépisté ; pour les morts, beaucoup ne sont pas comptabilisés. Bref, il faut jouer avec les imperfections, faire un choix et observer l’évolution à l’intérieur d’un système approximatif. C’est mieux que rien ou que de simples additions catastrophistes.

4 réflexions sur « Et si c’était du placebo ? »

  1. Bonjour,
    Il me semble que le nombre de mort d’un jour sur l’autre n’est qu’une indication parmi d’autres. Le nombre de personnes qui entrent en réanimation est aussi important pour juger de l’évolution. Imaginons qu’il y ai 10 personnes en réa depuis 15 jours, et que vu l’afflux de patients, et le manque de place, on décide de stopper les soins. On aura d’un coup un pic de décès. Ils auraient pu ne pas décéder en attendant plus longtemps, ou décéder sans créer de pic, en stoppant les soins de façon échelonnés. D’autre part, il y a surement des décès du à la difficulté d’accès aux soins, et qui ne sont pas mis dans la liste des décès du au covid19.
    En résumé, manier les chiffres est très délicat…..

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    1. Oui, je suis entièrement d’accord avec toi. Aucune des bases chiffrées n’est fiable. C’est pourquoi j’ai choisi cette base-là qui, même faussée par les décès qui ne sont pas pris en compte me semble la plus parlante, non pas en valeur absolue mais en tendance. Par ailleurs, je vais ajouter un petit paragraphe sur la fragilité des chiffres et de leur signification. Évidemment que la baisse d’un jour n’a aucun sens.

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  2. Voilà peut-être la raison de l’enthousiasme de Trump pour la Chloroquine:
    « Frederick Trump, né Friedrich Trumpf le 14 mars 1869 à Kallstadt (royaume de Bavière) et mort le 27 mai 1918 à New York, est un homme d’affaires américain d’origine allemande (…) Il est le père de Fred Trump et de John George Trump et le grand-père de Donald Trump, 45e président des États-Unis.
    Il meurt brutalement de la grippe espagnole en 1918 à l’âge de 49 ans. » https://fr.wikipedia.org/wiki/Frederick_Trump

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