La dictature des codes

code

Sur les plateaux de télévision, face à trois journalistes, il est des positions intellectuelles interdites et d’autres obligatoires. Il suffit que vous adoptiez une position « interdite » ou que vous formuliez la moindre remarque à l’encontre d’une position « obligatoire » pour que la meute vous saute au cou, vous égorge et vous fasse définitivement sortir de la communauté des hommes.

Le jeu pervers des journalistes dans ce manuel du parfait penseur consiste à conduire son invité à la faute pour le neutraliser complètement.

Je ne vais pas faire ici la liste des sens obligatoires car elle serait trop longue. Elle s’allonge de jour en jour, restreignant toujours plus l’espace de dialogue, imposant le dictat d’une pensée unique. Or, n’est-ce pas en maintenant les espaces de dialogue que l’on a des chances de parvenir à de vrais consensus ? Doit-on préférer poser à l’avance des interdictions de penser différemment ? Le silence du tabou n’appelle-t-il pas une expression différée destructrice ? Je pose les questions en y exprimant mes réponses, je sais.

Le pouvoir n’est pas innocent dans ce jeu. Il connaît parfaitement ces règles et saura s’appuyer sur elles pour communiquer et élaborer des stratégies de conquête d’opinion ou d’anéantissement de ses opposants. Ainsi marche le monde.

Ainsi, invitez Mélenchon sur un plateau télé et, forcément, on l’interrogera sur Maduro.

En période d’attentats, essayez d’envisager une vision sociologique et géopolitique de la question et vous êtes un islamogauchiste. Car oui, si vous ne vous conformez pas à la « bonne » pensée, vous vous positionnez de fait parmi les pires ennemis (identifiés comme tels par les senseurs) de la dite bonne pensée. Ce qui est faux, évidemment, mais les fabricants d’opinions toutes faites n’ont aucun sens de la nuance puisque, sur ces sujets, la nuance elle-même est interdite.

Hier matin, je relayais une vidéo dans laquelle un journaliste, dans un plateau consacré aux gilets jaunes, évoquait avec grande conviction la peste brune, la montée de l’antisémitisme, en collant cela, l’air de rien aux gilets jaunes. Depuis le début, le pouvoir (lire Castaner dans ses twittos) tente de résumer ce mouvement à une sédition de fascistes. Depuis une semaine, il me semblait évident que la communication allait glisser vers « gilets jaunes = racistes antisémites ». Et voilà qu’hier après-midi, quelques imbéciles racistes et antisémites ont insulté Alain Finkielkraut. Évidemment, sur 10.000 personnes, il se trouve toujours une proportion de connards racistes. Les plus virulents sont filmés, il y a des lois qui interdisent l’insulte raciste, il suffit de les arrêter et de les juger pour leurs fautes. Ce ne sont pas les gilets jaunes qui vont me contredire. Au lieu de ça, la presse du jour résume l’acte XIV des gilets jaunes à cet événement antisémite. Le tour est joué, l’occasion est inespérée, l’affaire est dans le sac. C’est bien ce qu’on disait : les gilets jaunes sont des fachos.

Je répète que ce code de la bonne conduite morale n’est qu’un manipulateur d’opinion, un levier de pouvoir. Ce sont des armes de destruction d’opposition. Mais ces messieurs dames semblent ignorer que leur sens inderdits et leurs sens uniques conduisent tout droit à l’avenue du Maréchal Pétain. En prétendant vouloir nous éviter les retours d’une triste histoire, ils sont en train de nous y conduire tout droit. Honte à vous messieurs les bien-pensants autoritaires car vous êtes complices de cette situation. Pas de simples complices inconscients. Vous en êtes des rouages.

Je me demande comment vont se comporter les médias le jour ou une Lepen quelconque prendra le pouvoir. Il y a des chances pour qu’ils se contentent de changer la place des panneaux.

4 réflexions sur « La dictature des codes »

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