Acte XII

IMG_4756

Je parle beaucoup des gilets jaunes, mais on ne me voit jamais en manif. Hier, à la faveur du retour en banlieue de la tournée, j’ai enfin pu faire une manif GJ qui ressemble à quelque chose.

Bastille. Les figures médiatiques des GJ sont toutes là, assaillies de journalistes et de fans. Ça, ça ne change pas. Le carré de tête, regroupant figures et gueules cassées, se trouve bloqué, le cortège a continué, lui, son parcours vers République.

Je remonte donc d’un pas rapide. Je veux y être mais veux aussi voir à quoi ressemblent ces gens qui défilent tous les samedis depuis novembre. Dans cette manif, j’ai la triste certitude de ne pas croiser de copains.

Difficile de décrire des gens normaux puisqu’ils sont normaux. Ils nous ressemblent et ressemblent à nos voisins. Dans une manif d’intermittents, les gens ressemblent à des intermittents : des visages instruits, soucieux de leur apparence, sourire en coin. Chez les Gilets Jaunes, c’est un mélange qui ressemble à la population que l’on croise au supermarché ou dans les bureaux de vote, chez le boulanger. Toutes les classes sociales sont là, des ouvriers, des employés, des étudiants, des pauvres, des cadres, des retraités, des fonctionnaires, hommes et femmes, jeunes et vieux, de toutes les couleurs de peau. Le défilé est paisible. La police s’est faite discrète, se tenant hors de vue du cortège. Du coup, c’est à la fois calme et joyeux. Festif, même. Ici, une fanfare. Là, un haut-parleur tiré sur son petit chariot qui balance le chant des partisans par Johnny. Peu de slogans.

Sur un balcon du Boulevard Voltaire, une famille à la peau noire dont les enfants, chiffons jaunes à la main, scandent leur soutien aux gilets jaunes. La foule lève les yeux et applaudit. Drôle de scène. Joyeuse sans que l’on sache pourquoi.

À République, fin de la manif autorisée, une grosse partie commence à tenter de s’avancer vers les boulevards. Mais la police est là pour empêcher le cortège de poursuivre sa route. Les gens savent que c’est la fin, même s’il est tôt. Beaucoup quittent les lieux tandis que la queue du cortège n’est pas encore arrivée. Au pied de la statue de République, un groupe de personnes qui n’ont dû jamais manifester avant les gilets, hommes et femmes aussi, les visages portant les stigmates de la pauvreté et de la misère. Ils posent accrochés à ce symbole et chantent une chanson des Gilets Jaunes. Ils sont de la fête et tiennent à ce qu’on le sache.

À l’écart, un groupe de garçons, jeunes, pâles, les corps tendus, lunettes de ski, banderoles enroulées autour du corps, maquillages, foulards. Quelques-uns viennent narguer les flics qui barrent la rue du Temple. On sait que c’est de là que ça va démarrer, les premières lacrymos. C’est le moment que je choisis pour rentrer chez moi car je joue le soir. Inutile de respirer ces gaz toxiques avant ou de risquer de me prendre quelques éclats de je ne sais quoi dans la gueule. Et arrivé à la maison, je vois qu’en effet les premiers heurts ont eu lieu à République.

C’était une belle manif.

8 réflexions sur « Acte XII »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s