Images de foules

gjs

Il y a plusieurs façons de couvrir un mouvement mettant en scène une foule. D’un point de vue cinématographique déjà, on essaie de respecter quelques règles de base. Avant tout, on va offrir au spectateur une image d’ensemble pour lui donner des repères spatiaux, qu’il sache dans quel espace l’action se situe et dans quelle proportion les personnages y évoluent. En premier lieu, donc, on rend compte d’une réalité qui n’est pas facile à appréhender. Pour cela, il est primordial d’avoir un point de vue très en hauteur.

Quand il s’agit d’événements « positifs », défilé du 14 Juillet, foule coupe du monde, manif post attentats, meeting de Sarkozy, la presse va toujours chercher ce point de vue. Elle se plie avec grand plaisir à cette règle. En revanche, pour ce qui est des manifs syndicales, France Insoumise, loi travail, gilets jaunes, elle oublie. Elle ne va produire que des plans vus du sol, voire en contre plongée (à une hauteur inférieure à celle du regard humain), cherchant à cadrer les endroits où il y a le plus de vide possible entre les personnes.

Une fois la question de l’espace réglée, il reste la question du temps. Une manifestation se déroule à 80% dans le calme puis, généralement au moment de la dispersion, ont lieu des incidents qui opposent forces de l’ordre et manifestants. Même si le long moment pendant lequel les personnages se contentent de marcher est faible dramaturgiquement, il convient de le montrer afin qu’il vienne éclairer les événements plus riches en termes d’émotion. Il faut comprendre que, pour un manifestant, le simple fait de marcher entouré de milliers d’autres constitue en soi un événement très riche en émotions.

Ensuite, dans les affrontements, il convient de montrer d’où viennent les violences et d’essayer d’en capter les origines, les éléments déclencheurs.

Par ailleurs, dans le cadre d’affrontements violents entre manifestants et forces de l’ordre, il serait bon de rappeler les rôles et fonctions de chacun. Un policier, par exemple, a le devoir de maintenir l’ordre et d’apporter une réponse proportionnée à la situation à laquelle il fait face. On imagine mal qu’un policier frappe quelqu’un à terre puisque sa fonction se résume à interpeler une personne qui aurait enfreint la loi pour la remettre à la justice et non pas de lui infliger lui-même une peine, d’autant plus si elle est physique (ce qui n’est pas prévu par la loi).

Afin de transmettre des éléments de réalités, les images ne suffisent pas. Il est bon de donner des éléments chiffrés (nombre de participants selon la préfecture et selon les organisateurs, nombre de victimes et types de blessures).

Pour ce qui est du traitement des personnages, deux écoles : l’une n’hésite pas à donner la parole aux personnages, l’autre se contente de montrer de loin, choisit ses images et commente. Nous préférerons la première ou, au moins, un mélange des deux.

Je laisse à chacun le soin de juger lui-même de la qualité et du respect des règles déontologiques du traitement de l’information. De là, peut-être parviendrons-nous à capter quelques éléments de compréhension du rejet des médias dits d’informations par les manifestants. Les journalistes font-ils, dans ces chaînes, leur travail ? Attisent-ils un ressentiment et une colère de la part de ceux qui aimeraient que tout le monde soit informé de la réalité de ce qu’ils vivent, par des personnes dont la profession consiste à relayer cette réalité ? Je sais pas.

8 réflexions sur « Images de foules »

  1. Bernard, il est un facteur dont tu ne fais pas mention, c’est l’indépendance du journaliste par rapport à sa rédaction qui va délimiter (je n’ose pas dire modifier ou limiter) l’intention du reporter en structurant l’info qu’il rapporte pour la présenter sous un jour donné

    J'aime

  2. Ben on est lundi, té !
    Et le samedi, une certaine partie de la presse ne doit apparemment pas disposer de drones ou de passe pour entrer dans un immeuble, dire pardons M’sieur-Dames, se percher sur un balcon ou une terrasse et mitrailler.
    Non, le samedi, le photographe de presse (certains d’entre eux) est terre à terre, un couillon de simple piéton déambulant à reculons sur la plancher des vaches, sans grand angle ou œil de poisson.
    Pas de bol.

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s