Le grand retournement

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Gilets jaunes, foulards rouges, en une génération la symbolique des couleurs se rattachant aux mouvements sociaux s’est trouvée complètement inversée. Je suis né à une époque où les jaunes étaient des briseurs de grèves. L’inspiration remonte à une grève au Creusot au XIXème siècle où il avait été créé par les patrons un syndicat « jaune » dit de la droite prolétarienne, opposé aux grèves et aux violences. Ce syndicat a été créé en opposition aux syndicats dits rouges, communistes et socialistes. Et donc, aujourd’hui, le jaune se veut révolutionnaire. Mais, en même temps, on peut aussi y voir quelques relents d’inspiration droitière, notamment sur le sujet de l’immigration. Il est à remarquer aussi que les revendications premières qui pouvaient être apparentées à des revendications de gauche (augmentation du SMIC, retour à la retraite à 60 ans…) ont été laissées de côté pour une revendication unique : le Référendum d’initiative populaire.

On sait tous que si ce type de référendum avait été mis en place, on pratiquerait encore la peine de mort, les homosexuels seraient encore des parias et on aurait sans doute expulsé tous les arabes et les noirs. Même pas certain que les femmes aient obtenu l’autorisation d’ouvrir un compte en banque sans l’accord de leur mari (droit acquis en 1965). Et je ne parle même pas du droit à l’avortement. Ce type de référendum pourrait sans doute ramener un peu de justice sociale pour les actifs, un peu moins pour les retraités et beaucoup moins pour les chômeurs réputés êtres des bons à rien et des parasites. Bref, révolutionnaire sans doute, mais avec une vision humaniste et généreuse assez limitée. On est loin de 68 et ses rêves de peace and love, hésitant entre le rouge communiste et le noir de l’anarchie.

Et voilà que naît maintenant le mouvement des foulards rouges. Il dit se rebeller contre la dictature des gilets jaunes, contre les blocages et les violences. Ils prennent donc la place symbolique des jaunes, jaunes qui eux-mêmes ne sont pas vraiment porteurs des valeurs humanistes de la gauche traditionnelle.

Alors pour les vieux cons de mon espèce, on est à la fois tenté de soutenir les yeux fermés un mouvement populaire qui s’oppose à l’ordre capitaliste qui porte en lui toute l’injustice sociale que l’on connaît, et on se rend compte que, finalement, le parti qui va ramasser le plus de suffrages aux élections européennes, c’est le parti des fachos, pas du tout anticapitaliste en vérité, juste xénophobe et partisan de l’ordre autoritaire.

Et pendant ce temps, nos gouvernants déploient leur propagande, ferment les routes pour empêcher les gens d’aller manifester et répriment avec violence le mouvement sous le prétexte de faire face aux casseurs. Ça joue la montre, ça culpabilise les uns, ça exploite les attentats, de la même façon qu’un bon gouvernement de droite du vieux monde.

Si ce n’est plus le chaos dans les rues, à force de gazer, assourdir et flashballer tout le monde, c’est bien un chaos dans la pensée collective qui est en train de naître. Plus de démocratie ? Comment ? Quelles sont les aspirations profondes du peuple dans sa globalité ? Peut-on les juger ? Les craindre ?

5 réflexions sur « Le grand retournement »

  1. As-tu conscience Bernard que ce que tu dénonce du risque du RIC consiste à dire « je suis pour la démocratie à condition que les gens votent dans le sens de mes idées. »

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