La girouette et le gilet

GGJ

C’est toujours compliqué de s’exprimer sur un sujet brûlant. Mais tant pis, je reviens sur les gilets jaunes.

Jamais un mouvement m’aura autant fait faire la girouette. Un coup je les déteste d’emblée, un coup j’affiche un message de soutien, le coup d’après je les traite de fachos. Bref, ce mouvement bizarre, c’est un peu l’inconnue. C’est un mouvement spontané porté pour beaucoup (en tout cas au départ) par des gens qui ne manifestent jamais, qui n’ouvrent pas leur gueule, mais qui souffrent en silence depuis bien longtemps.

Je voulais aller sur les champs cet aprem pour voir ce qu’il en retournait vraiment, mais bon, les médias m’ont dit de pas y aller parce qu’il y avait des bombes lacrymos partout.

Ce que je connais de ce mouvement, c’est ce que j’entends partout quand je tends l’oreille aux personnes qui ne sont pas de ma caste. Depuis longtemps, je l’entends ce discours raciste généralisé, anti-migrants, anti-gauchistes et zadistes, anti-chômeurs, anti-fonctionnaires, anti-intellos. Il est tellement répandu et s’exprime de plus en plus ouvertement, plus du tout comme un discours que l’on réserve à ses proches, mais comme une espèce de pensée collective qui peut désormais se dérouler tranquille.

Et j’avoue que quand j’entends tout cela, depuis tant d’années et que je me rends compte que ce discours glisse vers toutes les strates de la société, à mon tour je prends peur et ma propre pensée peut être parfois guidée par cette peur. Et la peur, on le sait, c’est le terreau de la connerie. Je n’y échappe pas.

J’entends aussi le discours des gens de gauche qui disent que les révolutions se font avec le peuple et que le peuple, il n’a pas toujours les armes de la pensée élaborée. On me ressort Lénine du tiroir. Ok.

Néanmoins, il me semble qu’il y a deux trois évidences qu’il ne faut pas oublier. Notre niveau de pensée dépend de notre niveau économique (accès à la culture et aux loisirs) et à notre niveau d’instruction. Plus t’es pauvre et moins t’es instruit, plus tu as du mal à développer une pensée altruiste et généreuse, plus tu te réfugies dans la haine de ceux qui te ressemblent mais te paraissent des privilégiés (ceux qui touchent des allocs, les chômeurs, les fonctionnaires, les chevelus barbus, les basanés…). Tu n’as pas les armes ni l’opportunité de poser ton regard ailleurs que sur ces boucs émissaires qui sont dans une situation parfois pire que la tienne. Tu serais même du côté de ceux qui sont réellement responsables de ta situation : ceux qui produisent ce que tu manges, ce qui te soigne, les exploiteurs qui font fabriquer ce que tu consommes, de moins en moins cher puisque tu n’as pas les moyens de payer le juste prix qui permettrait pourtant de payer les travailleurs et les agriculteurs au juste prix de leur labeur.

C’est une nouvelle porte ouverte que j’enfonce, mais l’intérêt des capitalistes qui produisent ce que nous consommons, ce n’est pas que nous soyons intelligents mais que nous ne soyons mus que par des émotions. Surtout pas de la pensée. La pensée, ça ne fait pas vendre.

Cela fait des décennies que le peuple est abruti de publicités, d’émissions débiles parce qu’elles font de l’audience pour la pub, de journaux télévisés creux, pressés, superficiels, qui enquillent les sujets en privilégiant le sensationnalisme qui génère la peur et les recettes publicitaires. Je ne vais pas dire que c’est parce que les médias sont détenus par les gens les plus riches du pays (même si c’est vrai), que ça serait une volonté, l’abêtissement des foules. Non, je ne suis pas complotiste. C’est juste l’ordre naturel d’une société dont c’est la norme. Pour vivre, le système a besoin de fonctionner de la sorte. Il n’y a personne qui tient les manettes, même pas Macron. C’est le système collectif dans lequel nous avons choisi de vivre. Tout le monde, à tous les niveaux, est responsable de cet état : l’abêtissement de la masse de consommateurs au profit de ceux qui produisent ou détiennent l’argent.

Être révolutionnaire, c’est dénoncer le système et ses effets, remettre en cause la consommation, la soumission et l’abrutissement des masses. Quelqu’un a-t-il entendu quelque chose de révolutionnaire, dans ce qu’on entend des gilets jaunes ? Pas moi. Quelqu’un a-t-il entendu quelque chose de révolutionnaire dans le discours de l’extrême droite ? Pas moi. Trump est-il révolutionnaire ? Non. C’est un milliardaire qui va continuer à enfumer tout le monde, entretenir les peurs et les émotions, juste pour faire marcher le business et, si possible empêcher toute pensée. Le plus gros menteur du monde qui doit son succès à la dénonciation des fake-news dès qu’il s’agit d’éléments qui vont à l’encontre de ses intérêts à court-terme.

Malheureusement, la révolution Internet ne fait que favoriser les fausses informations les plus débiles, les croyances les plus imbéciles, et toujours les peurs et la paranoïa collective sur lesquelles peuvent croître aussi bien le trumpisme, l’extrême droite ou les islamistes. Moins vous êtes instruit, plus on vous fait peur, plus on a de chances de vous attirer aux causes fabriquées par les intérêts de quelques-uns.

Par ailleurs, je suis amusé par le traitement de l’information qui est fait à propos de ce mouvement. Les mêmes manipulations que pour les autres. On sous-chiffre, on ne parle que de ce qui dérape, on réduit le discours, on camouffle l’ensemble derrière la fumée des affreux casseurs (qui sont parfois des policiers). Et plouf, tout dégringole.

Voilà pourquoi je ne suis pas très optimiste quant aux gilets jaunes. Ils font peur parce qu’ils ne veulent pas se laisser canaliser derrière des autorisations préfectorales, mais si Macron est à décaniller aux prochaines élections, il ne sert à rien de vouloir lui couper la tête. Ce n’est pas lui qui gouverne. Ce sont tous les lobbies qui agissent dans les bureaux des ministères. Vous pouvez bien lui couper la tête ainsi que celle de son successeur. Vous n’arrangerez rien tant que vous ne ciblerez pas ceux qui fabriquent jour après jour votre condition de juste-consommateur. Sans le soutien des organisations politiques et sociales, le mouvement n’a aucune chance. Et comme les organisations politiques et sociales sont sous contrôle, ça revient à dire que, de toute façon, il n’a aucune chance.

Mais bon, je dis ça, mais je ne suis qu’un pauvre vieil acteur qui, en plus, se croit sourcier. Avec ça, comment prétendre à une quelconque pensée valable. Je me trompe souvent, en bien des domaines. Car oui, j’aurais pu discourir aussi sur la censure des élites qui range au même rang l’extrême gauche et l’extrême droite et font des militants et activistes des terroristes. Tout ce pipeau qui tient tout juste du mauvais marketing. Allez, j’arrête.

5 réflexions sur « La girouette et le gilet »

  1. Bonjour,
    Moi je nuancerai un peu. Ce n’est pas seulement le niveau d’étude qui détermine le niveau de compréhension. J’ai l’intuition que ce qui déclenche l’action, c’est quand l’injustice n’est plus une information lointaine, mais touche directement, et le fait qu’il arrive un moment ou il n’y a plus rien à perdre.
    Ca remonte de plus en plus dans les couches sociales. Au départ, on fait le dos rond, et à un moment on agit. On peu très bien regarder des émissions débiles et ne pas être dupe. On peu lire des livres très pointus, et vivre à fond dans le système de consommation, car il vient renforcer l’estime de soit, et vis à vis des autres. Accepter tout des personnes qui vous gouvernent, dans le secret espoir d’être reconnu, voir de prendre leur place, c’est très humain. Quand on se rends compte que ces promesses sont fausses, alors vient la colère et la révolte.
    Et là, s’agrègent je pense 2 types de personnes. Ceux qui attendait le mouvement pour tenter de s’en servir pour leurs propres projets. Ceux qui ont toujours vécus en pensant que ce qui leur arrive est normal, mais vu que leur entourage bouge, ils suivent.
    Un 3eme type hésite, ceux qui ont l’habitude de mouvements structurés, (syndicats etc…), qui se battent pour organiser des manifs qui ont peu de résultats immédiats, et voient des personnes qui d’habitudes restent à la maison sortir dans la rue. Vu qu’ils ne les connaissent pas, ça leur fait bizarre, car dans le lot, il y de tout….
    Evidemment, rien de scientifique dans ce que je dis, petit côté café du commerce, réflexion vu de son salon….

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  2. Bernard, je partage tes interrogations sur ce cocktail hétérodoxe de pire et de meilleur. Comme tu l’écris justement: « C’est le système collectif dans lequel nous avons choisi de vivre. Tout le monde, à tous les niveaux, est responsable de cet état : l’abêtissement de la masse de consommateurs au profit de ceux qui produisent ou détiennent l’argent. » On le sait tous, il va falloir chacun faire des efforts, sortir de notre état, pas seulement de « Servitude volontaire » , mais de cette connivence « involontaire » qui chez les plus éduqués, maintient le système. Sinon:
    « Tant pis je vais mourir idiot
    À crédit mais en stéréo, oh.. »

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