À retardement

chrono

Pour mon anniversaire, j’ai reçu pas mal de bouquins. Et c’est intéressant de recevoir des bouquins qu’on n’a pas choisis. Parmi ceux-là, je viens de commencer Sapiens, une brève histoire de l’humanité de Yuval Noah Harari. J’étais totalement passé à côté de ce best-seller.

L’auteur, historien, tente de faire le tour des connaissances scientifiques qui nous racontent comment sapiens, ce curieux animal, est parvenu, malgré sa petite taille, à dominer tous les autres animaux (y compris les autres hominidés) et la nature. L’hypothèse d’Harari, c’est que sapiens est le seul à avoir su imaginer des choses qui n’existent pas et à se raconter des histoires. Sans cette faculté à imaginer, les hommes n’auraient vécu qu’en petits groupes de maximum 50 à 100 individus maximum, comme nos cousins les chimpanzés. C’est l’imaginaire et les croyances qui ont permis aux sapiens de se fédérer, progresser, conquérir, dominer.

La perspective que le ciment de ce que nous sommes, c’est notre faculté à nous raconter des histoires collectives est assez cynique, finalement. On pense au rôle des religions, évidemment, mais aussi de l’argent, des systèmes de représentation politique, au fonctionnement de l’économie. Autant de fictions que l’on suit.

En observant ce que nous vivons collectivement, on peut observer que les histoires collectives que nous nous racontons actuellement ne sont pas vraiment encourageantes pour notre avenir. Grâce à Internet, les fables se multiplient et finissent par fédérer : les politiques sont tous pourris, on nous ment et nous cache des choses, nous voulons moins d’impôts et plus de service publics (illogisme encore entendu chez les gilets jaunes), les blancs sont différents des autres (alors que nous sommes tous sapiens venant de l’Afrique de l’est).

Bref, quand le roman collectif, garant de l’ordre et du développement se met à devenir individualiste et étriqué, que le rêve d’un monde meilleur c’est de ne rien changer, de virer tout ce qui ne nous ressemble pas et basta, de vouloir juste couper les têtes de ceux qui gouvernent sans autre projet collectif, pas besoin d’oracle pour imaginer le futur de l’humanité.

Mort des idéologies, développement en parallèle d’une pensée se croyant objective qui élimine toute croyance… Sapiens semble bien fatigué. À moins que l’on redonne un peu de place aux rêveurs de mondes meilleurs. C’est pas gagné. Mais c’est encore nous qui construisons notre avenir.

16 réflexions sur « À retardement »

  1. Encore trois lectures et je plonge dans les pavés d’Harari. ‘Homo deus, une brève histoire de l’avenir’, tout aussi pertinent, me dit-on. Alors, un animal insignifiant, Sapiens 😉 ?

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  2. Dans Homo Deus il parle de la religion des datas « le dataïsme ». Je pense que c’est à lire aussi à l’heure du big data et de l’IA dont on nous rabat les oreilles en ce moment. Sur le sujet on peut lire aussi le dernier livre d’Eric Sadin « L’intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle : anatomie d’un antihumanisme radical ».

    Voici sa récente interview sur Thinkerview

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  3. Mais j’avoue que je préfère la critique (du tout calculable et de la disruption actuelle) de Bernard Stiegler car la réflexion est beaucoup plus solide et argumentée que celle d’Eric Sadin.

    Voici sa récente interview

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  4. « Sans cette faculté à imaginer, les hommes n’auraient vécu qu’en petits groupes de maximum 50 à 100 individus maximum, comme nos cousins les chimpanzés ».
    Ben dans certains coins, c’est parfois ce qui se passe : petits groupes de personnes aisées réunis en résidence entourée de grillages électrifiés et caméras, avec gardiens. Bon… c’est surtout aux States mais pas que. Et je crois qu’ils ont bien moins d’imagination que nos cousins à quatre mains. Juste la peur des autres…
    Quant à Tijuana c’est la surdimension de la peur des autres.

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  5. Harari à un talent certain mais il n’est pas le 1er à parler de ces choses là, c’est à dire le processus d’hominisation, je pense au préhistorien André Leroi-Gourhan (Le geste et la parole), ou à Edgar Morin (le paradigme perdu) et bien d’autres.

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