Tambouille

tambouille

Je ne veux pas faire de ce blog une master class de cinéma, mais de fait, comme j’y raconte ce que je fais, ça peut en avoir les airs. Aujourd’hui, c’est le montage qui m’apprend des choses.

Manigances est une libre adaptation d’Une saison au purgatoire, une des nouvelles du Décaméron de Boccace. Je m’étais éloigné du texte initial en transformant profondément les enjeux des personnages. Était né le scénario. J’avais ensuite imaginé des acteurs pour ces personnages. Le scénario avait glissé vers eux. Et puis au tournage, ce n’était plus tout à fait les mêmes acteurs. Certains avaient dû être remplacés, d’autres avaient changé.

En tournant, je me suis appliqué à respecter le scénario, à raconter l’histoire telle que je l’avais imaginée. Et quand j’ai vu le fameux ours, le bout-à-bout des séquences filmées, c’est une toute autre matière qui m’a sauté à la figure. J’ai eu par exemple la confirmation que certains dialogues par trop explicatifs pour satisfaire le confort de lecture des décisionnaires de commissions étaient inutiles et boursoufflés. Je me suis aussi rendu à l’évidence que les acteurs, par leur simple incarnation, dans leur bouche, dans leur corps, transformaient les personnages pour y raconter un peu d’eux-mêmes. L’histoire qui défilait devant mes yeux n’avait plus grand chose à voir avec celle que j’avais écrite.

L’étape de montage, éclairée par le regard neuf et factuel du monteur ou de la monteuse, consiste à faire le deuil de l’imaginaire conscient pour observer et tenter de comprendre le film que l’on a tourné. Ainsi, le rêve nous échappe pour se réinventer avec la matière filmique. Comme acteur, j’ai souvent fait cette expérience douloureuse de voir un film terminé qui racontait autre chose que ce qui avait été écrit au scénario et tourné avec application. En tant que réalisateur, c’est je crois la première fois dans ma toute petite carrière que je prends à ce point conscience que cette matière échappe au projet initial.

Il ne faut pas y lire une forme de déception mais une nouvelle angoisse de la page blanche. Quel film vais-je faire ? Quelle histoire je vais raconter ? Qui en sera le héros ?

Ce soir, nous allons montrer un premier montage à une petite partie de l’équipe. Les émotions et réactions de ces premiers spectateurs (pas innocents du tout) viendront encore renforcer les premières directions envisagées.

Une des conséquences de cet état d’entre deux, c’est que je peine à faire la musique. Elle met de la distance ici, prend le parti de tel personnage là, ne sait pas trop quel chemin emprunter. Ce n’est que la semaine prochaine que le vrai film saura ce qu’il raconte et que la musique trouvera sa place. Pour l’instant, en générique de début on a écrit « Manigances, un bidule de Bernard Blancan ».

Voilà, ainsi s’achève la visite de la cuisine. Excusez du désordre.

4 réflexions sur « Tambouille »

  1. Le travail d’artiste, une tambouille du hazard et de la nécessité?
    «Tout artiste aujourd’hui est embarqué dans la galère de son temps… Nous sommes en pleine mer. L’artiste, comme les autres, doit ramer à son tour, sans mourir s’il le peut, c’est-à-dire en continuant de vivre et de créer» (Camus – Conférence du 14/12/1957).

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