Retour sur un meurtre

meurtre

Imagine un pays suffisamment riche en ressources pétrolières pour que personne ne paie d’impôt, que l’eau et l’électricité soient gratuites, qu’un vaste programme permette d’irriguer les déserts et d’y développer des cultures, un pays qui investit dans le tourisme, y compris dans les pays voisins, un pays d’où l’on crée le fond monétaire d’un continent pauvre, au grand dam des institutions financières internationales, un pays qui donne à chacun de ses habitants un revenu universel de 300 dollars, qu’il travaille ou non.

Ce pays, c’était la Lybie avant que les occidentaux y foutent le bordel et éliminent le monstre au nom de la démocratie (merci Sarkozy).

Qui définit le statut de dictateur ? Pourquoi celui-ci plutôt que celui-là ? Pourquoi les « dictateurs » des diplomaties occidentales sont-ils toujours des rouges ? Pourquoi on laisse faire Erdogan, par exemple, qui emprisonne les intellectuels et les journalistes ? Pas assez rouge, peut-être ? Non, avec lui on monnaie des solutions pour endiguer le flux migratoire. Ça se paie.

Aujourd’hui, le système d’aqueducs mis en place pendant un quart de siècle a été endommagé par les frappes occidentales et pâtit, pour ce qu’il en reste du manque d’entretien. Le chaos que connaît le pays depuis la chute de Kadhafi aggrave chaque jour la situation.

Quand tu es libyen, je m’interroge sur ce que tu as gagné de ce changement, survenu en grande partie par l’intervention d’un président qui s’est fait élire avec l’argent libyen.

On pense au cynisme de nos dirigeants dans notre propre pays, menant les politiques libérales (et pseudo démocratiques) qui amputent chaque jour le bien commun et la solidarité. Mais si l’on considère leur politique internationale ouverte ou souterraine, on a envie de pleurer.

On ne se fait pas que des amis quand on parle de « ça ». Il me semble pourtant qu’il y a deux ou trois faits objectifs qui racontent quand même autre chose que le discours dominant qui pousse des hauts cris à l’unisson contre ceux qu’on présente comme les méchants.

Sommes-nous bien certains de disposer ici de toute liberté intellectuelle ? Que penser de la façon où l’on a maté comme jamais les mouvements étudiants ici, les zadistes là, légiférant pour ficher « s » (danger terroriste) des gauchistes, des écologistes, des anarchistes, un pays où l’on maltraite les migrants. Quel modèle formons-nous pour intervenir de façon meurtrière dans tel ou tel pays ? En Irak, on a appris après coup que les infos militaires justifiant une intervention étaient fausses. Tout est communication, falsification dès qu’on parle de l’international.

Il ne s’agit pas d’excuser Kadhafi pour les méfaits qu’il a commis dans certaines situations. Chaque dirigeant est, à un moment ou à un autre, un monstre. Lui, en plus était suffisamment fantasque pour qu’il soit facile de dire qu’il était fou. Mais après avoir organisé savamment le chaos qui a conduit à sa fragilisation, puis à son anéantissement et celui de son pays, qu’avons-nous laissé à la place de ce que l’on a démoli ?

4 réflexions sur « Retour sur un meurtre »

  1. Une démolition peut s’avérer constructive. Un anéantissement a pour unique finalité, la désolation. Nous ne saurons jamais si la folie de l’un aurait ou pas, précipité ce pays à sa ruine, … mais nous savons que la rapacité et la morgue de l’autre auront précipité les choses.
    Courageux, ton texte. Merci.

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