Une photo

macron

J’aime bien cette photo prise aujourd’hui par Pascal Bastien pour Libé. Elle raconte.

En fond une allée d’arbres. Nous sommes en province. Au premier plan, à gauche, un homme en costume et chemise bleu ciel. Ils marquent son appartenance à un cercle officiel traditionnel et peu argenté. Ses joues rougies, sa coupe de cheveux, ses lunettes le rangeraient plutôt dans une classe moyenne rurale d’extraction populaire.

Derrière le personnage central aux mains tendues, une écharpe de maire. Coupe de cheveux fraiche mais peut-être trop courte. Nous sommes bien du côté des officiels.

À la gauche de l’homme aux mains tendues, costume sombre, cravate rouge, belle gueule, yeux clairs, belle coiffure, l’homme sent la capitale ou les hautes responsabilités. Son visage affiche une certaine morgue, une forme de dédain face à la scène à laquelle il assiste.

La dame aux lunettes sombres se trouve derrière la barrière qui sépare les officiels des autres. Elle tient en main un téléphone rouge. Elle est venue pour prendre en photo l’homme aux mains tendues. Coiffure courte, teinture rouge. Elle se veut simple et dynamique.

Derrière elle, la dame qui voulait rester blonde. Tenue vestimentaire stricte, visage sévère et autoritaire. Petite bourgeoisie ? Son bras gauche contourne la dame aux cheveux rouges et sa main baguée ne veut pas lâcher la barrière qui sépare les deux mondes. Elle veut rester aux premières loges pour voir les officiels. Elle n’est pas très heureuse de voir l’homme aux lunettes sur la tête braver l’homme aux mains tendues.

L’homme aux mains tendues a le visage tout aussi tendu, dans une attitude pédagogique. Sourcils relevés, front plissé, il explique avec conviction. Son costume sombre et brillant, sa chemise blanche, cravate sombre, sa coupe de cheveux aux pattes longues veulent lui donner un air jeune et responsable, tandis qu’une mèche anti calvitie vient combler les manques capillaires. Coquetterie. Il a l’air de venir de la capitale, de connaître la mode et l’argent. Sa gestuelle et sa tenue corporelles traduisent un homme sûr de lui.

L’homme aux lunettes sur la tête, comme les portent les gens jeunes, populaires et sportifs porte lui aussi de pattes longues. Sa coiffure et sont rasage sont beaucoup moins soignés que ceux des officiels et il ne cherche en aucun cas (si ce n’est peut-être par la position des lunettes) à masquer sa calvitie naissante, contrairement à l’homme aux mains tendues. Il offre un visage résolu et impassible face à la pédagogie de l’homme aux mains tendues. Ses paupières légèrement baissées semblent dire « parle toujours, tu ne m’impressionnes pas ». Sur son épaule gauche, la main d’un homme en soutien (vas-y, te laisse pas faire, on est avec toi !).

Autour, des caméras braquées, des micros tendus. Le pédagogue doit être important. Il souhaite sans doute que cette scène soit relayée par les médias.

14 réflexions sur « Une photo »

  1. St Dié des Vosges, plus de 20 000 habitants….Ce n’est pas une petite commune… 😉
    Après, ben….Tu peux interpréter tout ce que tu veux, il n’y a rien de plus trompeur qu’un visage pris en quelques centièmes de secondes..Surtout  » dans l’action »…
    Sauf évidemment, le pédagogue qui sait bien manipuler avec sa gestuelle ( je crois qu’il était amateur de théatre)…

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    1. Je n’ai jamais dit que c’était une petite commune 😉 Et je ne m’attarde pas que sur les visages mais sur les coiffures, les tenues corporelles et vestimentaires. C’est une libre interprétation qui ne prétend pas traduire La Vérité 😉

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  2. J’adore le regard « du Jeune aux lunettes sur le front ». Il regarde Macron « les yeux dans les yeux ».
    Même si cette photo, comme le relève Hélène, n’est que l’expression de « quelques centièmes de secondes ».
    Y a pas mal de « Jeunes » et de moins jeunes qui sont en train de regarder Macron (et consort), « les yeux dans les yeux », parfois en « pose B » – plus durablement donc. NDDL, par exemple – Simple exemple…

    Macron ne se fait plus « d’ami(e)s ». Au gré de sa politique « Je-Fonce-et-Réforme-à-Tout-Va ». Il forme et formate (involontairement ou pas…) ses ennemis socio-politiques de demain.
    Où l’adresse politique que ses conseillers pensent être en Lui et adoubent, se transformera tôt ou tard en un manifeste boomerang. PIM les dents – PIM les urnes, pardon.

    L’attente décuple les plaisirs, dit-on… mais malheureusement – et pour bon nombre – tout ceci se transformera en un lot de déceptions sociétales. De fait.
    Où court-on ainsi ? Cette volonté d’escalade vers « la Croissance à tout prix » efface, tel un buvard d’absence d’esprit, la nécessité d’y aller un peu mollo en termes d’impacts proférés à la Planète.
    Car on sait ô combien les activités humaines impactent la Planète ! Climatologiquement. Sociétalement. Politiquement… Écologiquement parlant. Ayant déjà, et continuant à déclencher des guerres et des exodes (mon premier souvenir révélant cela : la guerre du Biafra et la famine, je n’avais pas dix ans…).

    Il faudra bien qu’un beau jour, les Décideurs politiques acceptent et s’aperçoivent enfin qu’actuellement – même si ça fait trente qu’ils auraient dû déjà se bouger le fion – les premières précautions en termes d’équilibre sociétal et mondial sont intimement liées aux domaines de l’écologie et de la climatologie, tous deux étant les fondements de nos lendemains.

    Pour résumer tout ceci, et cette putain de conjoncture inquiétante, s’aggravant sans cesse – et c’est pour cela que j’adore le regard « du Jeune aux lunettes sur le front » – car ça en dit pas mal :
    – Qu’est-ce que tu veux boire Manu ?
    – Ben j’sais pas, y a plus d’eau…

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  3. « L homme aux mains tendues » c est excellent! Il y perd son nom, sa fonction, sa crédibilité! Belle analyse! Il faudrait qu il ait le courage de partir, ça va être mai 2018! A trop vouloir réformer il va mettre la France en colère ! Trop jeune, trop ambitieux et sûr de lui ce gars « aux mains tendues »…

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  4. Ces deux mains tendues: le passage étroit de l’entendement patronal aux revendications et aux grèves. Tout est résumé dans cette séquence qui a fait le tour du web:

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  5. C’est bien ballot qu’aujourd’hui, un jour de grève des transports, ces manifestations aient eu lieu…
    Les manifestants potentiels n’ont pu rejoindre les lieux de manifestation puisqu’il y avait grève des transports !
    Comment alors se transporter vers la manif puisqu’il y avait grève des transports ?
    « Seulement » 15 300 personnes à marcher dans Paris, selon le cabinet sondeur-recenseur « Machin ». Bien moins que lors de « la-loi-retraite » (je synthétise).
    Par exemple, les gens qui voulaient venir en train depuis « la Province », pour marcher « sur Paris », ben… gros-jean comme devant ces militants-là !
    Il est manifeste qu’il faut organiser ces manifestations autrement… « au hasard », les jours de non-grève des transports !…
    Oui… je sais, cela paraît un peu absurde, quasiment un sketch surréaliste. Et je me demande si, au fond, cela ne l’est pas un peu, surréaliste… tendance sketch, si « on se recule un peu » au-dessus de la Planète.

    Ou alors – y a peut-être un truc qui m’aurait échappé (?) – les syndicats de tout poil ont dû espérer que les bus-macron (à bas coût) allaient suppléer les TGV et acheminer les manifestants jusqu’à Paris ?!…

    Je ne sais pas… je m’interroge et réfléchis : Pourquoi et comment un tel fiasco populaire voit ainsi le jour ?
    (Putain ! Seulement 15 000 manifestants dans Paris !).

    Quand de tout bord ça me semble si merdiquement organisé, comment voulez-vous qu’il y ait une suffisante influence du Peuple jetée à la face des décideurs de l’État ? Comment ainsi, si faiblement représenté dans la rue, le Peuple peut-il se faire suffisamment entendre ?
    Comme quoi, parfois, l’insuccès d’un tel évènement ne tient juste qu’à ceux qui l’organisent (très mal à mon sens), et désirent cependant son succès… mais qui l’organisent de telle merdique manière que d’un succès espéré deux insuccès tu l’auras !
    Il fait beau, je me casse au ponton ! La cave à ranger… Faut que je tourne d’un quart de tour les vieux flacons, si on veut en profiter – jours de grève ou non.

    PS : Je note que le réchauffement climatique (pas qu’avec les CRS) et ses conséquences globales – on les vit notamment ces jours-ci – ne sont toujours pas à l’ordre du jour des premières préoccupations syndicales. Tout ceci a déjà, et aura demain cependant une influence majeure sur le travail et les ouvriers (délocalisation, etc.), mais ce serait trop long (déjà que…) à illustrer par des propos.

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  6. Impressionnant, le bras bagué ‘barrière’. Il est vrai que les dames qui veulent rester blondes aiment à materner l’homme jeune au visage et mains rigides 😉

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