Un manque, comme un gouffre

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P.O.L, Paul Otchakovsky-Laurens est décédé. L’édition perd un très grand nom. Sa ligne éditoriale était singulière et affirmée. C’est lui qui lisait les manuscrits. Passionné de cinéma, il a fait l’IDHEC pour finalement se consacrer à la littérature. Éditeur de Perrec, Duras, Emmanuel Carrère, Jean Rolin, le cinéma n’était jamais loin dans ses choix. Il a siégé au CNC. On a eu le plaisir l’an passé de découvrir le premier roman de Jocelyne Desverchère (première à éclairer la nuit). Il avait aussi été l’éditeur de Claude Lucas.

Ces choix et ses goûts artistiques sortaient des sentiers battus et étaient très affirmés. Il affichait son affection pour le cinéma de Philippe Fernandez (Cosmodrama), par exemple. Cette année, il avait édité Le Point de Vue du Lapin de Yann Dedet, autour du tournage de Passe Montagne, le premier long-métrage de Jean-François Stevenin (sur qui je vais tourner un documentaire).

Bref, en perdant Paul Otchakovski-Laurens, la littérature et le cinéma perdent un allier de poids dont l’intelligence et la sensibilité prévalaient sur les pratiques dilettantes de ces arts. Nous comptons peu, dans une génération, d’hommes d’une telle stature et d’une telle classe.

On ne s’était jamais rencontrés directement. Mais à titre plus personnel, au-delà du fait que plein de gens que j’aime et respecte (quelques amis parmi eux) gravitaient dans son univers, il est une des rares figures alliées qui demeuraient, de loin, quand je me sentais largué depuis longtemps par bien de mes amitiés cinématographiques pour lesquelles mes expressions bloguesques avaient été le coup de ciseau dans nos liens passés.

Comme éditeur, je le plaçais au rang des Éditions de Minuit. Je lui avais apporté mon manuscrit de Catapulte. Je n’avais pas l’illusion d’être édité par lui, mais je me devais de lui envoyer, ne serait-ce que symboliquement. C’est le seul éditeur qui m’avait répondu avec une lettre personnelle respectueuse et bienveillante qui attestait qu’il avait lu.

3 réflexions sur « Un manque, comme un gouffre »

  1. Je ne connaissais pas cet Homme. Tu sais qu’en tant qu’ancien braconnier, ma culture s’est d’abord versée vers les feuilles qui bougent, celles des arbres plutôt que celles des ouvrages. J’aimais être aux vents, bien davantage qu’à lire, enfermé dedans.
    Si j’exagérais un tant soi peu, je te dirais que Tolstoï pouvait éventuellement être le gardien remplaçant de Yachin, du temps où les Russes avaient une grande équipe de foot.
    Mais non, je ne le ferai pas, car au travers de tes mots, j’ai ressenti une très grande admiration portée envers cet homme que je ne connaissais pas, où tu nous signifies très joliment le poids qu’il eut sur l’Art tout au long de sa carrière.
    Merci et bravo pour cet hommage.
    J’espère qu’il le lira (les voies de Dieu sont impénétrables, dit-on…)

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  2. Il y a quelques semaines, je l’ai entendu à la radio parler de Pérec. J’ai tendu l’oreille pour Pérec et puis je me suis laissée prendre par la profondeur de sa voix et de ses propos et sans le connaitre, je me suis dit qu’il faisait partie de ces humains que je ne connais pas mais avec lesquels j’ai beaucoup en partage. Ton hommage confirme qu’il s’agissait d’un honnête homme.

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