Mon Johnny

johnny

J’avais des goûts musicaux peu affirmés, à 14-15 ans. Bien sûr, j’appréciais Brel, Ferrat, Ferret c’est même pas sûr à l’époque. Mais pour le reste, je baignais dans la variété la plus banale. C. Jérôme, Stone et Charden, Mike Brant, Gérard Lenorman, Joe Dassin, Michel Fugain, Christophe, Françoise Hardy, Aznavour, Polnareff, Dutronc. Je jouais Jeux Interdits à la guitare. Pink Floyd, Kraftwerk, Ange, Santana, Neil Young, Tangerine Dream, ça viendrait plus tard. Néanmoins, Johnny, ce n’était déjà plus de ma génération. Il se mêlait vaguement aux autres, mais je le trouvais un peu ridicule avec sa coiffure, ses tenues et sa rock attitude. Presque un vieux ringard.

Et puis concomitamment à l’acquisition de ma première mobylette, une petite grise qui avait été celle de ma mère, je me retrouvais invité à un concert de Johnny au parc des expositions de Bordeaux. Je n’aurais jamais fait ce choix de mon propre gré, mais puisque j’y étais invité… On y était allé à quelques potes. Il y avait un monde fou.

Ça sera une vraie claque. Je me suis retrouvé face à une bête de scène comme je n’en reverrai plus. Son engagement était total. Il suait à grosses gouttes, changeant de tenues pendant le concert. Et la foule était folle. Et il était fou. Il donnait tout à chaque mot, poussait sa voix au-delà de ses limites. Il y avait quelque chose de mystique dans ce moment. Un homme que la foule avait fait dieu et lui qui assumait pleinement son rôle. Il n’était plus humain. Il faisait ce qu’aucun humain n’est capable de faire.

En sortant du concert, ma mobylette avait disparu.

Si par la suite je n’ai jamais été fan, je lui ai toujours voué le respect que l’on doit aux hommes d’exception, à ceux qui donnent leur vie aux autres en acceptant de disparaître en dehors du rôle qu’ils endossent. Ces hommes qui ne sont plus que des concepts.

Je fais partie de ceux qui croient que les pensées sont une énergie qui informe physiquement la réalité. Hier soir, en sortant de la bouche de métro pour rejoindre la Pépinière, je vous jure que j’ai senti de façon palpable Johnny qui avait envahi l’air des rues. Il flottait partout comme un brouillard épais.

14 réflexions sur « Mon Johnny »

  1. Je me demande toujours quand je vois quelqu’un de connu si mes ressentis viennent du fait de l’ambiance autour, ou de la personne elle même, et de son art…. C’est comme cela que j’ai pu aller voir des chanteurs que je n’aimaient pas vraiment, mais avec l’ambiance je me disait « a oui quand même…. ».
    J’ai jamais été voir Johnny, pas eu l’occasion, places trops chères… Mais peu être qu’en le voyant je serais devenu fan, et l’ambiance médiatique fait que des souvenirs remontent, période Michel Berger, ou j’étais au lycée, et ou on l’entendait partout. Est-ce l’homme qui as fait la légende, ou la légende qui as façonné le personnage ? ou les deux….
    Je me demande bien pourquoi ce mot de blog m’emmène dans ces sphères métaphysiques… Peut être la dernière phrase : « je vous jure que j’ai senti de façon palpable Johnny qui avait envahi l’air des rues. Il flottait partout comme un brouillard épais ».

    Sinon, avez vous eu mon email perso ? C’est juste que je n’étais pas sur de l’email.

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  2. C’est ça, « IL SE DONNAIT », à fond, ce n’était pas du chiqué, et c’est tellement rare…Et plus il vieillissait, plus sa voix devenait puissante…Et puis, il y avait cette folie partagée avec le public…
    Bel hommage, avec tes mots justes…

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  3. L’idole des vieux.
    Plus sérieusement, Johnny est un monument de la chanson populaire française, une bête de scène et quelqu’un qui se donnait à fond et un grand interprète des chansons qui étaient faite pour lui par de grands compositeurs et créateurs, respect pour cela et on peut comprendre que cela touche les gens car il a accompagné leur vie. Mais ce n’est quand même pas Victor Hugo et cela en dit long sur notre époque qui est celle de l’absence d’époque.

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  4. Jolies pensées. Et tu dis juste, il était ‘autre’.
    Je ne savais pas que le départ d’un rockeur, même génial, me ferait ça. Une angoisse. Comme une crainte de perdre cette envie qui nous pousse vers l’infini … eh ouais, un fou d’amour qui gueulait avec tant de grâce qu’il nous faut vivre et pour le meilleur.
    Il allumait le feu et tu l’as deviné dans un brouillard épais. Perçoit-il, en quittant notre espace, des nuages sombres sur nos têtes ? Un autre fou veut embraser la Terre et celui-là nous promet les armes à la place du feu.

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  5. c’était un bon gamin…une force de la nature, un diable de scène.
    Shit, tè !…il s’est foutu le camp, saloperie de rocker qui nous lâche…
    Comme si on avait besoin de cela, au lendemain du départ d’Ormeson…
    Que de belles lettres et musiques s’envolent tout d’un coup,..
    De concert !

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  6. Johnny c’est la génération de mes parents mais il a toujours été là, ces chansons parlaient à tous, l’amour, la rebellion, le droit de crier que je t’aime, ou qu’est-ce qu’elle a ma gueule ! C’est un monument national, il était populaire et aimé à des degrés divers de tout un peuple, et ça c’est une évidence.

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  7. « C’est Victor Hugo qu’on enterre »…Il est vrai que Johnny partage un point commun avec Victor : ils ont connu l’exil, politique pour l’un, fiscal pour l’autre…

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