Il y a des jours où…

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Manif. Hier. Je retrouve la position fixe de La France Insoumise. Du monde, mais pas trop. Un petit homme portant gilet jaune et tenant son portable à l’horizontale s’inquiète auprès d’une dame de savoir s’il y a Mélenchon ou d’autres insoumis connus. Ben non, il n’y en a pas. Plein d’inconnus, mais pas de stars. Le petit homme s’en va un peu déçu, dans l’espoir sans doute de capturer Martinez dans son petit appareil.

Quel drôle de monde. La médiatisation d’une personne semble l’emporter sur les idées qu’elle est sensée défendre. C’est pas pour demain, la révolution ! Et puis arrive une insoumise connue. Facile de voir qu’elle est arrivée tant elle gesticule, tant elle parle fort, tant elle fait du bruit. Une vraie star. Mais pas de ces stars glamours qui sur-jouent leur féminité, non, ces stars un peu bourrines, presque vulgaires qui s’imaginent avoir toujours une caméra braquée sur elles. Sans cesse dans une expression un peu condescendante vis à vis d’admirateurs supposés débiles. Bonjour, c’est bien moi, vous me voyez en vrai, je sais, ça fait drôle, mais je veux bien vous consacrer un peu de mon temps, parce que moi, c’est pour vous que je me bats, pauvres nazes. Voilà ce que semble raconter la présence de cette insoumise connue. Je dis pas que c’est ça. Ça m’évoque ça.

Plus loin, je remarque l’attitude caricaturale de petits responsables de sections, l’un avec son long manteau et son écharpe pendante, les cheveux en arrière, l’autre avec son blouson de cuir rock & roll et ses cheveux teintés. Toujours le pouvoir qui veut s’exprimer dans un déguisement. Jusqu’au visage qui finit par avoir les traits qui se déforment sous l’usure des grimaces sensées singer la virilité et l’intelligence (sport extrêmement difficile, je le conçois). J’ai l’impression d’un flot de gens normaux et de quelques acteurs égocentrés qui veulent confisquer les luttes légitimes pour jouer à leur tour leur partition de petits despotes, qu’on les admire ou qu’on les craigne.

Et puis commence le théâtre de guignol. Il met en scène l’enterrement du droit du travail. C’est une femme qui tient le micro pendant que s’agitent les marionnettes. Elle ne parle pas, elle ne joue pas le texte, elle le scande, le hurle, l’impose avec une force forcée mettant sans doute à mal ses cordes vocales. Elle a oublié qu’elle s’exprimait sans un micro. Et elle crie l’injustice comme elle donnerait une leçon. Et elle nous brise les tympans. Et elle concourt à mon envie de me barrer. Et je me barre, dépité.

Pourquoi les gens se laissent-ils toujours enfermer dans les pièges du pouvoir et de la domination ? J’en viens à me dire que les révolutions sont vouées à l’échec parce qu’elles sont de genre féminin. La poésie, l’insoumission, la rébellion, la révolte, c’est féminin. Ça veut renverser Le pouvoir. Mais à ce pouvoir renversé succède un autre pouvoir très masculin. Staline et ses grosses moustaches, Castro et sa grosse barbe. Toujours le mâle. Les habits guerriers, le regard perçant. Et ces révolutions, elles se font contre d’autres mâles plus sournois, dont la virilité s’exprime par la domination exercée par le pognon, autre symbole du pouvoir masculin.

On se sent comme une merde dans ce monde dominé par la testostérone. Même les femmes, quand elles prennent le pouvoir, reproduisent les schémas de la virilité.

En avançant désormais dans le cortège des sans-voix, je pense à nos dirigeants, Trump, Poutine, Kim Jong-Un (qui, lui, compense son manque d’atouts virils par son amour affiché pour les missiles et les fusées). Je me souviens de Jospin éliminé en 2002 à cause de sa voix de gonzesse intelligente. Je me souviens de Ségolène, vraie femme de pouvoir qui a eu le tort de jouer l’hyper féminité en 2012, dans sa campagne, robe longue, parole poétisée et humanisée. Macron n’est pas le plus viril qui soit, mais il symbolise la domination de l’argent. Donc, ça passe. Au cas où, il se met en scène dans la cour du Louvre, il se déguise en pilote de chasse, il singe les protocoles napoléoniens. Enfin, il essaie.

Salut, me dit un jeune retraité à qui j’avais serré la main alors que nous nous étions croisés quand j’arrivais à la manif. Il me raconte qu’il a profité d’un voyage exceptionnel à Paris pour s’occuper de ses yeux. Mais l’état de santé de sa femme lui interdit de plus en plus de se déplacer. Il me demande si je suis toujours responsable de la section de… (j’ai pas entendu le mot à cause de la conjugaison du bruit de la manif et de la faiblesse de sa voix). Au moment où je voudrais lui dire qu’il me confond avec quelqu’un d’autre, un autre gars m’accoste. Salut ! On s’est pas vus à la conférence de… (toujours pas compris le nom) ? Non, alors, je suis acteur. Je ne suis pas assez connu pour que vous me reconnaissiez mais mon visage vous est familier. Alors vous me confondez avec des gens que vous avez croisés. Et on a pu vous voir dans quoi ? me demande l’homme. Le Village Français. Ouiiiii, vous jouez le communiste ! Bon, Anselme n’est pas communiste, mais je dois faire passer deux trois trucs inconscients. Le premier homme s’esclaffe en comprenant sa méprise et nous nous séparons en riant et échangeant d’amicales poignées de main. C’est le moment que j’ai choisi pour quitter la manif et aller chercher ma bagnole au garage. Disques et plaquettes.

5 réflexions sur « Il y a des jours où… »

  1. Y a eu un peu de bruit mais pas tant que ça : J’ai entendu les chiffres donnés par « la police » (8 250 manifestants) et ceux donnés par la CGT (44 ou 45 000).
    Ce jour-là, un cabinet indépendant a réalisé un comptage (comme moi pour les oiseaux). Tout un système de caméras relié à un ordinateur a été disposé sur un balcon, au 3éme étage d’un hôtel situé le long du parcours de la manif. Cela consistait à mettre une ligne imaginaire et chaque personne passant cette ligne était « fléchée » sur écran et donc comptée par la machinerie en question. Ensuite, deux gars ont compté à trois reprises, un par un sur écrans, les manifestants… Résultats des courses : 8 500 manifestants ! Y comptent donc à peu près bien « la police », la CGT a visiblement un problème de « facteur ».
    Dans le même esprit, lors de la manif de Bordeaux concernant la loi sur la retraite (y a 7 ou 8 ans ou plus), j’avais fait le job, de compter les manifestants, juché sur un banc. J’étais parvenu à un total de 12 600 personnes. Arrivé place de la Bourse, fin de la manif et tribune CGT + discours, le truc que j’avais entendu, vociféré (avec micro), ça avait été : « Nous étions 135 000 ! ». Et la foule : « Ouaaaaaiiiissss !!!!!!! ».
    Mort de rire !

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