Un mélange (dirait Ange)

cannes

J’ai le trac. Cet aprem, je vais répondre à une interview pour quelqu’un qui fait un documentaire sur Jamel. On va parler d’Indigènes. Il va falloir que je sois nature, que je parle simple et vrai. Pourtant, quand j’ai une caméra fixée sur moi, j’ai tellement conscience de ce qu’elle filme, que j’ai le réflexe commun à la plupart des gens : me comporter et parler comme j’imagine que l’on veut que je me comporte et que je parle. Le contraire de naturel. Alors, conscient de ça, j’essaie de composer quelqu’un qui est naturel. Et évidemment, c’est encore moins naturel. Bref. J’ai le trac.

La semaine dernière, j’ai utilisé une vieille malle comme accessoire pour jouer dans un spectacle qu’un copain organisait en l’honneur des 70 ans de sa mère. Et pour utiliser cette malle, j’ai dû la vider. Elle était remplie de photos. Fatalement, dimanche, j’ai passé une partie de ma journée à replacer ces mêmes photos dans la malle, mais en les triant. C’est ainsi que je me suis retrouvé face à mes souvenirs d’Indigènes à Cannes.

Chez les autres, Jamel, Roschdy Zem, Samy Naceri, Sami Bouajila, tous « connus », il y avait dans les yeux « ben ouais, c’est encore moi ! ». Chez moi, il y avait ce que je me prenais en face « c’est qui celui-là ? ». Alors je souriais, je faisais genre. Mais je me battais intérieurement, j’essayais d’exister dans un monde où je n’avais pas d’existence et duquel j’avais le sentiment que certains voulaient naturellement m’extraire. Ce fût un mélange de bonheur d’enfant plongé dans un conte de fée (le tournage, le film, la projection avec les vrais tirailleurs, sur la scène, la palme, le Martinez, les fêtes) et de cauchemar (pour la partie extérieure), comme ceux que font les acteurs : être sur scène à devoir jouer une pièce dont on ne connaît pas le texte.

À chaque fois que je vois des photos de ce moment improbable et magique, je suis assailli par ces deux impressions : celles d’un rêve et d’un cauchemar.

17 réflexions sur « Un mélange (dirait Ange) »

  1. Le choc des photos, le poids des mots, nous abritons tous, connus ou inconnus, une malle garnie de songes et hantises. De temps à autre, un vrai coffre soulève la chape de notre armoire secrète. En sortent des soleils, des orages, des arcs-en-ciel … quoi qu’Île en Soi, toujours des coffres forts !
    Le trac est naturel, il vient avec l’envie d’être juste. Sors le texte du coffre, et dis-le, tout simplement 😉

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  2. T’es le seul à avoir l’oeil rieur sur la photo ! Garde le pétillement de celui qui a toujours quelque chose à découvrir et à créer ; qui sait que la vie est un beau plateau de jeu….

    Surtout : oublie d’être poseur, hein !
    Et puis le trac, ça veut dire que tu es bien vivant et que tu ne triches pas, tu aimes ce que tu fais !

    « La Malle de l’indigène », tiens, v’là un titre de roman…

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  3. J’ai re-regardé Hors-la-Loi, ces soirs-ci…
    Rappelle-toi, lors de la sortie, d’une critique qui t’encensait, disant de toi « qu’il y avait du Vanel en toi » – le grand et ténébreux Charles, bien sûr.
    Franchement, après ça… le reste, ben tu n’as que t’en contrefoutre.
    Tout est dit car tu l’as fait, joué et mené en très grand bien.
    Don’t forget !!!

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    1. Pour ma part, j’ai découvert « hors-la-loi » ce même soir et je n’ai pas perdu ma soirée. Quel acteur « notre » Bernard 👍Celui qui a mentionné Vanel…c’est finement observé.

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  4. La peur est un élixir qu’il faut partager et faire goûter à tous ceux qui n’était pas dans la malle. Ainsi ce breuvage deviendra un souvenir heureux et reconnaissable entre tous. Le goût du risque. Merci de tout ce partage.

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