Histoires de théâtre

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Un soir comme un autre à la Pépinière. Intra-Muros n’en finit pas de faire salle comble. Tous les soirs, les spectateurs voient un spectacle qui leur met une claque dans le bon sens du terme. Pourtant, chaque soir c’est différent. D’abord les spectateurs. Il y a des soirs où ils se précipitent entre 20:00 et 20:15. Le trottoir se remplit d’une longue file sage, la moitié des spectateurs ayant la tête plongée dans leur portable, pour confirmer qu’un tel arrive, dire qu’il est arrivé, regarder le score d’un match de foot, tchéquer ses mails. Certains soirs, il faut attendre 20:30 pour voir débouler les premiers spectateurs. Et c’est une vague qui débarque dans la rue finissant par former une file d’attente de plusieurs dizaines de mètres.

Depuis la loge, on peut sentir l’ambiance de la salle grâce à des hauts parleurs qui retransmettent le son capté par les micros de scène. Parfois ça caquette bien fort. D’autres c’est davantage feutré, délicat.

À notre entrée en scène, le silence se fait immédiatement, certains spectateurs quittant leur strapontin pour coloniser une place laissée vide par un retardataire. Il arrive que la salle se mette à applaudir comme un seul homme.

Pendant la représentation, il y a le public prêt à bondir sur la moindre blagounettes pour éclater de rire tandis qu’un autre public réservera son expression à quelques moments choisis, préférant la concentration studieuse et se réservant pour les applaudissements de fin. Le piège pour les acteurs serait de se laisser dériver, tirer par le rire ou se désespérer du silence. On sait tout ça et on essaie de tenir le cap.

Pour autant, le cap n’est pas si certain et s’autorise d’un soir sur l’autre de petites modifications de trajectoire. Avant-hier, par exemple, la représentation était organique. Tout le monde était au présent avec force et en réaction à chaque micro changement avancé par tel ou tel. Hier soir était encore différent. Ange (c’est mon personnage) avait quelque chose de quasi militaire. Il était donc beaucoup moins sympathique que d’autres soirs. Mais du coup, le final était sans doute plus fort.

Notre espace de jeu est là, sur les curseurs que nous nous amusons chacun à bouger d’un soir sur l’autre. C’est l’espace qui nous permet d’éviter la lassitude. C’est qu’on va bientôt fêter la 100ème ! Déjà… et il nous en reste une soixantaine, rien que jusqu’à la fin de l’année. Impossible de monter sur le plateau sans avoir une petite chose à tenter, une petite inflexion qui va faire que la représentation sera un peu différente de celle de la veille et de celle du lendemain. On n’est pas des machines.

C’est justement parce que rien n’est figé que les gens vont au théâtre, qu’on appelle ça spectacle vivant. L’histoire est la même, les personnages aussi. Mais les acteurs vivent et racontent chaque jour quelque chose de différent.

Cela dit, et pour revenir aux spectateurs, il est amusant de voir un film plusieurs fois avec un public différent. Et la perception qu’on en a change d’une projection à l’autre. La vie du spectacle est bien aussi dans la salle.

1 réflexion sur « Histoires de théâtre »

  1. C’est bien que ce soit ainsi divers, soir après soir.
    Mais je rebondis (aïe !) sur ton premier paragraphe : en face de mon bureau, y a un arrêt de bus. Avant, les gens qui poireautaient, regardaient en l’air, à droite à gauche… De nos jours, tous sont plongés, nez et regard, vers leur écran de leur smartphone ! Consternant !!! Ils vont finir par oublier la couleur du ciel et des nuages rosissant à l’aube. Quel dommage…

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