Vive le théâtre !

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La difficulté c’est la durée. Une des choses limites dans le théâtre, c’est de jouer longtemps en gardant la même énergie, la même justesse, la même fraîcheur. Quand vient le mardi, après un petit jour de repos relatif, on se demande si l’on retrouvera tout ça. Fatigue. Et puis on retrouve. On continue d’inventer, on s’adapte au jeu de l’autre qui n’est jamais vraiment le même. Parviendrons-nous à l’émotion de la fin ? Pas le choix. Il faut y aller.

Une dame est surprise de nous voir rire à la sortie, une cigarette à la main alors qu’on l’a faite pleurer quelques minutes plus tôt et qu’elle en est encore toute bouleversée. Comment faites-vous pour sortir comme ça de vos personnages, comme si vous enleviez juste un masque ? Je lui raconte qu’on se concentre avant et pendant. Mais dès que les lumières de la salle se rallument, pour nous, c’est le monde réel qui surgit et notre envie d’y revenir au plus vite. L’émotion que vous avez eue, c’est normal que vous la gardiez quelques heures. Nous, on va la porter des dizaines et des dizaines de fois. Le texte est en nous. Notre travail consiste au présent de l’histoire. Dès qu’elle est terminée, celui de notre vie réapparait instantanément.

Intra-Muros n’est pas tout-à-fait un spectacle comme les autres. On sent bien maintenant qu’il a atteint les espoirs du metteur en scène et qu’on va longtemps voyager avec lui. Merci Alexis Michalik !

Je me souviens de ces spectacles bordelais pour lesquels nous mettions toute notre énergie et dont notre drame était qu’ils se jouaient peu. À peine le temps de le roder, et c’était terminé. Cette expérience de la longévité est nouvelle pour moi. Elle a le confort d’élargir l’horizon du travail, d’être rassuré à long terme. Rien que ça, ça apaise. Mais porter un tel spectacle a bien d’autres incidences. Le plaisir renouvelé d’exercer son métier sur la durée est incomparable. Quand t’as tout donné sur un film avec tes vingt jours de tournage et que le film peine à tenir deux semaines sans trouver son public (je pense à Toril par exemple), tu te traines un bon moment cette frustration injuste. Là, le film, tu le fais tous les jours et tu vois le public et tu le sens vibrer. J’avais oublié comme le théâtre pouvait être fatigant et grisant à la fois.

8 réflexions sur « Vive le théâtre ! »

  1. Belles évocations pour toutes ces sensations. Vous au moins, vous jouerez encore en mai, juin… et peut-être vers Bordeaux, alors que d’autres « acteurs » rentreront début mai dans leurs pénates.
    Longue aventure théâtrale !

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      1. CDD de cinq ans… Tu nous refais la loi. Pour le coup, c’est l’exception à la règle !
        Mais il est vrai qu’il ou elle vont cancaner durant un quinquennat.
        Et ça me ferait bien chier de voir « la tordue » nous faire un french-cancan sur cinq ans !

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