Dimanche prochain, je vote !

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Comme révolutionnaire, je me pose là. Toujours prêt à ouvrir ma grande gueule, dès lors qu’elle s’exprime sur papier. Et dans les faits, en comité restreint ou dans mes actes, je ne suis pas un modèle révolutionnaire du tout mais, au contraire, une espèce de girouette bien huilée qui oscille entre l’anarchisme et une gauche raisonnable, souvent sensible au moindre souffle marxiste. Bien sûr, une girouette qui a quand même des petites butées dites « tabous » ou « principes » qui empêchent tout mouvement vers la droite. Depuis ma naissance, ces butées sont encore toutes neuves car jamais l’aiguille ne s’y est cognée.

Pour ces primaires de « gauche », j’avais décidé de ne pas me déplacer. J’étais convaincu que les socialistes, comme un seul homme, allaient donner leurs voix à Valls, comme ils avaient porté Royal en 2007 et Hollande en 2012 : on met celui dont on croit qu’il a le plus de chance d’être élu au lieu de voter pour un programme. Eh bien là, j’avoue que je me suis planté sur toute la ligne. Ils ont choisi Benoit Hamon. Et si l’on totalise ses voix avec celles de Montebourg, la vision de gauche est revenue au cœur des militants. Enfin !

Le revenu universel, j’en avais parlé dans les colonnes de mon ancien blog il y a un ou deux ans. Les fidèles s’en souviennent. Il est à la fois le moyen de prévenir l’extrême pauvreté, de faire le choix d’une société protectrice de ses concitoyens, en même temps qu’il change fondamentalement la relation employeur/salarié. Aujourd’hui, quand tu as la chance d’être salarié, on t’inflige les contraintes des lois de la productivité à tous les étages : tu as de la chance d’avoir du travail, si t’en veux pas, on te remplace. Chaque jour on t’invente une nouvelle justification pour t’en demander davantage. Cette situation a vu le jour en 1974 avec la crise pétrolière et l’implantation durable du chômage comme élément de crise qui profite à l’aliénation des salariés. Le revenu universel, c’est donc à mes yeux le moyen de casser cette relation d’ultra domination/soumission, en même temps que d’offrir d’autres changements tels que la diminution du temps de travail, la dignité pour tous les citoyens. Je suis donc farouchement pour.

Il y avait plusieurs choses qui me faisaient tiquer chez Mélenchon, en dehors du programme dont je me sens très proche : il y avait bien sûr sa façon « moi-je » de s’exprimer que me gênait comme tout le monde, ses délires du style meeting en hologramme du 5 février, mais aussi sa position contre le revenu universel et sa position communiste qui place le travail et les travailleurs comme valeur centrale. Pour moi, le travail est à voir comme une contribution volontaire à la marche du monde, en responsabilité, et une source de revenus. Mais pas l’esclavage qu’il est devenu pour la majorité, ou une irresponsable planque à glander pour d’autres.

Le revenu universel peut contribuer à changer la donne dans ces domaines. Et ce n’est pas une position qui va permettre à chacun de dire que, dans ces conditions, ils n’iront pas travailler. Ça, c’est une vision négative qui repose sur des sentiments tels que la jalousie. Parce que le travail responsable, c’est le lieu du lien social et du sens de l’existence. Le revenu universel est juste à même de rendre au salarié devenu « responsable » de ne plus se soumettre au dictat du rendement. On sait par ailleurs qu’un ouvrier responsabilisé est beaucoup plus rentable qu’un mec qui a juste la trouille de perdre sa seule source de revenu.

Bref, avec ce vote d’hier, l’envie m’est revenue d’aller voter à la primaire car, de gauche, ce mec là (Hamon) me donne envie de le suivre.

J’en vois déjà qui me diront qu’il n’a aucune chance aux présidentielles. Mais si l’on part dans l’idée qu’il faut voter pour celui qui a le plus de chance, on sait déjà ce que ça donne. On veut quoi ? Le pouvoir ou convaincre pour des idées ? La meilleur façon d’avoir des chances de gagner, c’est de porter un projet. Pas faire dans la stratégie. Si la majorité n’est pas convaincue, c’est que le projet n’est pas bon ou que cette majorité se laisse gouverner par la peur. Le meilleur remède contre la peur, c’est l’espoir.

Dimanche, je vote !

Si je me permets de donner mon avis de kéké sur la chose, c’est que j’ai conscience d’être un petit atome dans la masse du vent de l’histoire. Les mouvements de pensée qui me font taper sur le clavier n’ont pas grand chose de personnel mais sont guidés par un mouvement plus important et plus profond qui ne me concerne qu’à une petite échelle. L’air de rien, hier, il s’est passé quelque chose qui ouvre d’autres possibles. Je parie que la participation sera beaucoup plus élevée le 29 parce que je suis certain de n’être pas le seul kéké à penser de la sorte.

28 réflexions sur « Dimanche prochain, je vote ! »

  1. Moi aussi je fais partie des kékés qui sont restés chez eux hier et qui vont y aller dimanche prochain !
    Ça m’a redonné de l’espoir, le score du « p’tit Ben » ! L’envie de croire que tout n’est pas mort à gauche et ça, ça fait un bien fou !!!
    Je ne sais pas s’il a ses chances à la Présidentielle mais, à la limite, je m’en fous (enfin, presque !!!) ! Ce qui est important, c’est le message qui est passé, ce que les électeurs de GAUCHE ont envoyé à Valls et Consorts et l’idée que tout le monde n’est pas résigné à laisser les rênes à Fillon ou à Le Pen !!!

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  2. Bernard je suis d’accord avec ton argumentaire, un Revenu Universel pourquoi pas? A mon avis, il ne devrait pas être inférieur au smic net, soit environ 1200 euros par mois. Pour les 52.5 millions de français bénéficiaires (à partir de 18 ans) cela coûterait 630 milliards d’Euros par an. Sachant que les dépenses de protection sociale représentent 700 milliards tous les ans, et que le revenu universel remplacerait beaucoup de ces mesures, donc c’est possible. En fait Hamon ne propose pas un Revenu Universel mais un Revenu de base (vieille idée de droite) légèrement amélioré d’environ 600 euros (en deçà du seuil de pauvreté) qui ne résoudra pas le problème de la pauvreté. Il y a un exemple historique qui fût appliqué en Angleterre entre 1795 (en partie pour contrecarrer les idées de la révolution française) et 1834. Cette expérience (généreuse puisqu’indexée sur le prix du pain et des charges familliales) connue sous le nom de Loi de « Speenhamland » a plus servi les intérêts des riches que des plus pauvres dans un système d’économie de marché libre-échangiste et austéritaire. L’économiste Karl Polanyi a analysé l’échec de cette expérience dans « La grande transformation ».

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    1. Je suis d’accord. Sauf que la philosophie de mon revenu universel n’est pas une philosophie de droite. Et oui, 600 euros, c’est ridicule et ce n’est plus un revenu universel. Mais bon, on est en 2017, en France, en Europe, dans le monde et, dans ce contexte… c’est pas simple de trouver un candidat qui va au moins dans le bon sens. C’est con que ce soit Mélenchon qui pilote les insoumis. J’ai encore quelques petits mois pour faire la girouette 😉

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  3. La même question me titille et après réflexions multiples j’irai voté Hamon dimanche 29, je ne me suis pas déplacée dimanche dernier car je n’étais pas convaincue par leurs projets de société si ce n’est celui de Hamon beaucoup plus novateur et de gauche.

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  4. moi non plus je n’y suis pas allé hier !
    bon !
    mais du coup je suis en pleine interrogation, car comme tu doit t’en douter, je penche sérieusement vers Mélenchon (pas que pour le prénom …) parce que le gars n’a fait que de bosser pour rassembler depuis plusieurs mois et il continue ( même en hologramme ! et ça, ça me fait poiler ).
    est-ce que cette volonté de rassembler peut aller jusqu’à jouer un ticket avec Hamon ?
    si c’est le cas je vais voter dimanche prochain .
    si pas d’entente possible avec Hamon ( et de fait, Montebourg ) ?
    alors je ne me déplace pas dimanche.
    il vaut mieux Vals pour que les voix Hamontebourg se reportent sur JLM …
    et moi je crois que JLM peut passer le premier tour !
    je sais c’est pointu, vicelard ou ce que vous voulez mais du coup je suis en pleine interrogation .

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  5. Salut Bernard,
    Encore un billet de qualité totalement partagé dans son contenu 😉 … Avec 1 million de votants en moins qu’en 2011, -seulement 1,6 million électeurs ce dimanche-, les socialistes sont face à un échec. La droite avait mobilisé plus de 4 millions de votants en novembre dernier. Après avoir tenté de faire illusion sur la scène politique, au cours des cinq années Hollande, servis par le rejet viscéral, de 80% des Français, du pire président de la République que la droite ait porté à l’Elysée, les socialistes se retrouvent, enfin, face à leur réalité : le parti est en miettes, sans autre idée que celle de copier la droite libérale…
    Cette fois, les rafistolages entre la vraie gauche et les socialos de droite, qui ont permis l’élection de Hollande, en 2012, ne sont même plus envisageables. Le fossé est désormais abyssal entre un Benoît Hamon, porté par les valeurs fondamentales de la gauche généreuse et humaine, et Manuel Valls, l’autoritaire, grand serviteur du système libéral, qui se dissimule derrière un masque de faux berger du peuple (de gauche ?).
    Dimanche prochain, tout comme toi et en bon kéké ( un de plus ), je ferais barrage à Valls … Je pense que la personnalité compte aussi. Hamon a fait une proposition que je défends, celle du revenu universel, proposition que semble hésiter à faire Mélenchon, lequel demeure cependant celui qui présente le programme de rupture avec le système le plus cohérent et donc le plus crédible…. Affaire à suivre 😉

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  6. D’accord, t’es qu’une girouette !
    😉
    Mais ce truc-là que tu as écrit est bien joli : « […] j’ai conscience d’être un petit atome dans la masse du vent de l’histoire. »

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  7. Bon, eh bien je serai un brin à contre courant.
    Hamon, quand il a rejoint le gouvernement Ayrault, il savait où il mettait les pieds.
    il est resté dans l’exécutif sous Valls. Là encore, pas de surprise. ..
    Il a quitté en fanfare le gouvernement avec Montebourg. Le coup de dimanche dernier était calculé de mon point de vue. Sa sortie du gouvernement était une manière de sortir en déclamant qu’ il pouvait représenter une autre voie. Désolé, je suis trop attaché à la notion de loyauté pour avaler et excuser les coups tordus portés à Hollande, qui a fait le choix de mettre Macron et Valls aux commandes.
    Alors, je sais, je vous vois venir,vous aussi, auditeurs addicts de France Inter, FIP et France Culture, bla bla bla, eh bien moi, à la veille dun double axe américano Russe et Sino Européen, je soutiens un pro Européen socialiste : JLM…

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    1. 😉 Je te rappelle que JLM a été ministre socialiste. Je me suis posé exactement les mêmes questions à son sujet. Et je constate que chez les « intellos-artistes » de gauche, JLM est détesté. Mais à un point qui le place presque au niveau de Marine Le Pen. C’est ce qui me fait penser qu’il ne sera pas facile de rassembler sous son nom. Voilà une des raisons de mes coups de girouette. Et elle n’a pas fini de tourner d’ici les élections 😉

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  8. « Alors… La révoluche, c’est le Hamon ou la Melluche ? »
    Question que j’ai posée dimanche à une bande de lapins de garenne sortis de leurs terriers pour goûter à quelques rayons de chaleur. Tout en mastiquant leur carotte, tel l’électeur tripatouillant son bulletin, ils sont restés bien droits sur leur cul, bien figés en leur indécision. Chacun calculant et recalculant, tout en mâchouillant, où seraient ses propres avantages : préservation de son terrier, davantage de carottes à bas coût (l’un dit : oui mais si bas coût, plus d’éleveurs de carottes. L’autre lui répond : on s’en tape, tant qu’y en a des à bas coût, ben y’en a des carottes !), ou des carottes bio universelles et quotidiennes… (c’est que c’est cher ça, dit l’un).
    Bref, au bout d’une bonne heure, aucun des lapins présents n’avait opté pour un choix autre que bien sien : qu’est-ce qui l’emmerderait le moins ? Et quand l’épagneul breton du voisin, borgne d’un œil mais encore un peu fringuant pour son âge, s’est pointé avec sa fillotte qui le soutenait… tous les lapins ont fissa-fissa regagné leurs terriers.
    Comme quoi, une fin de matinée dans un bistrot vaut toutes les garennes du monde car bien des lapins se ressemblent.

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