Le sacre de l’automne

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Et à la fin, c’est lui le chef. Les dernières images du sacre de Castaner à la tête de La République en Marche racontent beaucoup du niveau de sincérité de l’aquarium des requins. Un mec qui vient dire à Castaner « t’as assuré grave ». Comme s’il était le premier surpris qu’il ait pu « assurer ». Comme si c’était un comédien qu’il félicitait. Putain, c’est super, ça a fait la blague, semble-t-il dire. Oui, parce que ça ressemble à une vaste blague, la macronie.

Et la cerise sur le gâteau, c’est Édouard Philippe qui le rejoint sur scène et Castaner de lui demander « Ça allait, mon poulet ? ». Cette façon familière de demander, suivie de petits regards quêteurs d’approbation, raconte la pression qu’on lui avait mise en haut lieu pour qu’il prenne la tête de ce fameux mouvement, en même temps qu’il laisse entendre que, non seulement il avait fait le job, mais qu’en plus, il l’avait bien fait. Fier de lui. Pas fier d’avoir été élu puisque c’était décidé. Mais fier d’avoir assuré, comme un sportif, comme un bandit qui a fait un mauvais coup.

Et les yeux de Philippe, ils sont ceux du mafieux qui se dit « ça, c’est fait ». Avec toujours en fond ce mépris de la bande de potes qui pourraient dire « t’as vu comme ils applaudissent, cette bande de cons ! ».

Dans leurs corps, dans leurs gestes, dans leurs mots, dans leurs regards, rien de généreux, rien de sincère. Tout juste un entre-soi qui laisse deviner le mépris du reste du monde.

Quand on salue, à la fin du spectacle, on a de petits regards rieurs entre nous, une petite satisfaction de notre travail collectif, mais nos yeux sont braqués sur le public, allant chercher les gens du balcon, ceux des strapontins, ceux du fond jusqu’au premier rang. Les yeux qui remercient. Rien de tout cela dans cette mauvaise comédie de la république en marche. Ils restent entre eux.

On peut voir la vidéo ici : http://www.huffingtonpost.fr/2017/11/18/ca-allait-mon-poulet-christophe-castaner-croyait-visiblement-son-micro-coupe-apres-son-discours-au-conseil-lrem_a_23281642/

Il y a des jours où…

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Manif. Hier. Je retrouve la position fixe de La France Insoumise. Du monde, mais pas trop. Un petit homme portant gilet jaune et tenant son portable à l’horizontale s’inquiète auprès d’une dame de savoir s’il y a Mélenchon ou d’autres insoumis connus. Ben non, il n’y en a pas. Plein d’inconnus, mais pas de stars. Le petit homme s’en va un peu déçu, dans l’espoir sans doute de capturer Martinez dans son petit appareil.

Quel drôle de monde. La médiatisation d’une personne semble l’emporter sur les idées qu’elle est sensée défendre. C’est pas pour demain, la révolution ! Et puis arrive une insoumise connue. Facile de voir qu’elle est arrivée tant elle gesticule, tant elle parle fort, tant elle fait du bruit. Une vraie star. Mais pas de ces stars glamours qui sur-jouent leur féminité, non, ces stars un peu bourrines, presque vulgaires qui s’imaginent avoir toujours une caméra braquée sur elles. Sans cesse dans une expression un peu condescendante vis à vis d’admirateurs supposés débiles. Bonjour, c’est bien moi, vous me voyez en vrai, je sais, ça fait drôle, mais je veux bien vous consacrer un peu de mon temps, parce que moi, c’est pour vous que je me bats, pauvres nazes. Voilà ce que semble raconter la présence de cette insoumise connue. Je dis pas que c’est ça. Ça m’évoque ça.

Plus loin, je remarque l’attitude caricaturale de petits responsables de sections, l’un avec son long manteau et son écharpe pendante, les cheveux en arrière, l’autre avec son blouson de cuir rock & roll et ses cheveux teintés. Toujours le pouvoir qui veut s’exprimer dans un déguisement. Jusqu’au visage qui finit par avoir les traits qui se déforment sous l’usure des grimaces sensées singer la virilité et l’intelligence (sport extrêmement difficile, je le conçois). J’ai l’impression d’un flot de gens normaux et de quelques acteurs égocentrés qui veulent confisquer les luttes légitimes pour jouer à leur tour leur partition de petits despotes, qu’on les admire ou qu’on les craigne.

Et puis commence le théâtre de guignol. Il met en scène l’enterrement du droit du travail. C’est une femme qui tient le micro pendant que s’agitent les marionnettes. Elle ne parle pas, elle ne joue pas le texte, elle le scande, le hurle, l’impose avec une force forcée mettant sans doute à mal ses cordes vocales. Elle a oublié qu’elle s’exprimait sans un micro. Et elle crie l’injustice comme elle donnerait une leçon. Et elle nous brise les tympans. Et elle concourt à mon envie de me barrer. Et je me barre, dépité.

Pourquoi les gens se laissent-ils toujours enfermer dans les pièges du pouvoir et de la domination ? J’en viens à me dire que les révolutions sont vouées à l’échec parce qu’elles sont de genre féminin. La poésie, l’insoumission, la rébellion, la révolte, c’est féminin. Ça veut renverser Le pouvoir. Mais à ce pouvoir renversé succède un autre pouvoir très masculin. Staline et ses grosses moustaches, Castro et sa grosse barbe. Toujours le mâle. Les habits guerriers, le regard perçant. Et ces révolutions, elles se font contre d’autres mâles plus sournois, dont la virilité s’exprime par la domination exercée par le pognon, autre symbole du pouvoir masculin.

On se sent comme une merde dans ce monde dominé par la testostérone. Même les femmes, quand elles prennent le pouvoir, reproduisent les schémas de la virilité.

En avançant désormais dans le cortège des sans-voix, je pense à nos dirigeants, Trump, Poutine, Kim Jong-Un (qui, lui, compense son manque d’atouts virils par son amour affiché pour les missiles et les fusées). Je me souviens de Jospin éliminé en 2002 à cause de sa voix de gonzesse intelligente. Je me souviens de Ségolène, vraie femme de pouvoir qui a eu le tort de jouer l’hyper féminité en 2012, dans sa campagne, robe longue, parole poétisée et humanisée. Macron n’est pas le plus viril qui soit, mais il symbolise la domination de l’argent. Donc, ça passe. Au cas où, il se met en scène dans la cour du Louvre, il se déguise en pilote de chasse, il singe les protocoles napoléoniens. Enfin, il essaie.

Salut, me dit un jeune retraité à qui j’avais serré la main alors que nous nous étions croisés quand j’arrivais à la manif. Il me raconte qu’il a profité d’un voyage exceptionnel à Paris pour s’occuper de ses yeux. Mais l’état de santé de sa femme lui interdit de plus en plus de se déplacer. Il me demande si je suis toujours responsable de la section de… (j’ai pas entendu le mot à cause de la conjugaison du bruit de la manif et de la faiblesse de sa voix). Au moment où je voudrais lui dire qu’il me confond avec quelqu’un d’autre, un autre gars m’accoste. Salut ! On s’est pas vus à la conférence de… (toujours pas compris le nom) ? Non, alors, je suis acteur. Je ne suis pas assez connu pour que vous me reconnaissiez mais mon visage vous est familier. Alors vous me confondez avec des gens que vous avez croisés. Et on a pu vous voir dans quoi ? me demande l’homme. Le Village Français. Ouiiiii, vous jouez le communiste ! Bon, Anselme n’est pas communiste, mais je dois faire passer deux trois trucs inconscients. Le premier homme s’esclaffe en comprenant sa méprise et nous nous séparons en riant et échangeant d’amicales poignées de main. C’est le moment que j’ai choisi pour quitter la manif et aller chercher ma bagnole au garage. Disques et plaquettes.

Ça commence ce soir

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Vous allez voir que, dans le Village Français, Anselme aime les mouvements sociaux. Ça commence ce soir.

Non pas pour l’imiter mais par conviction personnelle, je serai à la manif de cet après-midi.

Hier soir, Intra-Muros, c’était une de nos meilleures, tiens, devant une salle comble avec quelques connaissances.

Je dis du bien de Macron. Champagne !

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C’est le premier président à oser dire que la république a sa part de responsabilité dans la fuite au jihad d’une partie de la jeunesse. Il fait preuve d’une certaine forme de courage compte tenu du discours ambiant où dès qu’un mec de gauche tient ce type de propos il se fait traiter d’islamo-gauchiste. Les mesures en faveur des quartiers annoncées hier et aujourd’hui sont cohérentes avec le discours.

Mais (il faut bien un mais), ces annonces sur le terrain avec une hyper médiatisation racontent un président qui veut montrer encore que c’est lui qui décide et qui agit. Tout est mis en scène, l’annonce vient au lendemain de l’hommage aux victimes des attentats. Il était temps pour lui de tenter de casser l’image de président des riches qui lui colle au costard à la suite de six premiers mois de fonction. On reste dans une présidence marketing.

À suivre…

On fait comment pour adhérer ?

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Ce matin, j’ai écouté (un peu) Edouard Philippe (le premier ministre, je crois). À propos des paradise papers, il a juste trouvé le moyen de dire que, attention, là, ce sont des placements légaux. Alors évidemment, si c’est légal…

Ben justement, le problème, c’est bien ça : c’est légal. C’est donc la loi et les politiques qui ont décidé que quand on était très riche, on pouvait se dispenser de payer l’impôt, comme tout le monde. Tout ces milliards qui ne rentrent pas dans les caisses de l’état, pour l’organisation de la société, l’éducation, les services, la culture, la protection sociale, la sécurité, ça ne concerne donc pas les plus riches. Mieux vaut supprimer les emplois aidés, rogner le code du travail, chercher les faux chômeurs, ponctionner les retraités, baisser les aides au logement pour mettre les comptes à l’équilibre.

Le principe de la bande à Macron, c’est d’abord de renforcer les cadeaux faits aux gens les plus fortunés. Non seulement ils se démerdent pour pas payer d’impôts, mais en plus, on leur supprime l’ISF et on se démerde pour diminuer le coût du travail en baissant les charges sociales qui servent à l’organisation de la société. On va même leur permettre de toucher les allocs, parce que c’est dégueulasse que seuls les pauvres touchent ces allocations.

Pour le reste, ils procèdent systématiquement en supprimant des choses qui sont sensées ne pas bien marcher avant même de proposer les solutions de rechange.

On supprime la taxe d’habitation. Ok, on finance comment les collectivités territoriales ?

On supprime 150.000 emplois aidés parce que les associations emploient des gens grâce à ça et que ce sont des emplois précaires. D’accord. Mais vous leur proposez quoi à ces 150.000 personnes que vous désocialisez ?

On baisse les aides au logement, comme ça, les propriétaires vont baisser les loyers. Les aides ont bien baissé, mais les loyers ?

C’est la même histoire dans tous les domaines. On rogne ici et là sous prétexte de mauvais fonctionnement.

Tout ce que je dis là, tout le monde le voit, tout le monde le vit. Et on ouvre sa gueule, vite fait, mais on laisse faire et on préfère encore taper sur la gueule des gueulards, des pauvres et des arabes.

Ben, bonne chance à Macron et à tous les marchistes supérieurs et intelligents ! De toute façon on est trop cons, nous. Ils auraient tort de ne pas en profiter. Je me demande si je ne vais pas prendre ma carte à En Marche !

Apprendre

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Pour ceux qui s’en inquièteraient, l’interview s’est bien passée. Ce n’était pas l’interview à proprement parler qui me faisait peur. C’est juste la conscience que les images sont enregistrées et que leur rendu, quand c’est moi qui ai été filmé en train de blablater, me fait assez systématiquement envie d’aller me réfugier sous une armoire quand je les vois. Maintenant, qu’en restera-t-il et en restera-t-il quelque chose ? Pour un documentaire de 52’ sur la carrière de Mister Jamel, c’est pas gagné. Mais c’était un moment plutôt agréable. Je m’étais juste acheté un pull noir avant d’y aller. Mes pulls mauves, ça fait pas la blague de l’artiste. Dans ces circonstances, j’ai souvent l’étincelle de conscience des codes vestimentaires. Ces codes consistent surtout à effacer toute singularité qui ouvrirait à la moquerie et à rassurer l’autre que vous êtes bien en place dans la fonction que vous occupez. Le cinéma est pour ça un vrai défilé de mode. Un machino ressemble toujours à un machino, un électro à un électro, un chef-op à un chef-op, un ingé-son à un ingé-son, une habilleuse à une habilleuse, un acteur à un acteur. Les pompes. Très important les pompes. Décontract’ et chères. D’un tournage à l’autre, d’une équipe à l’autre, les mêmes coiffures improbables, les mêmes attitudes corporelles. La fonction impose son déguisement.

Rien à voir avec ce qui précède. Devant écrire d’ici quelques mois un bouquin sur mes expériences bizarres autour de la thématique esprit/matière, je me vois dans l’obligation d’envisager de prendre des cours particuliers de physique afin de maîtriser au minimum les concepts relatifs à l’électromagnétisme, voire à la biologie, à la chimie. Comprendre ce qui se passe dans les particules. Car, je dois bien l’avouer, pour l’heure, je constate des choses bizarres dont je mesure les effets sans que je ne parvienne à me les expliquer moi-même. Du moins suis-je incapable de traduire les mesures observées sans comprendre les mécanismes qui les génèrent. C’est ballot. Comment imaginer que je puisse transmettre sans ça quelque chose de tangible ? J’assume par ailleurs le côté Monsieur Jourdain de mon entreprise. Le médiocre qui veut comprendre quitte à se soumettre sans trop de distance à l’illusion.

Au moins, quand je parle des acteurs, du cinéma, du théâtre, je sais grosso modo de quoi je parle.

Un mélange (dirait Ange)

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J’ai le trac. Cet aprem, je vais répondre à une interview pour quelqu’un qui fait un documentaire sur Jamel. On va parler d’Indigènes. Il va falloir que je sois nature, que je parle simple et vrai. Pourtant, quand j’ai une caméra fixée sur moi, j’ai tellement conscience de ce qu’elle filme, que j’ai le réflexe commun à la plupart des gens : me comporter et parler comme j’imagine que l’on veut que je me comporte et que je parle. Le contraire de naturel. Alors, conscient de ça, j’essaie de composer quelqu’un qui est naturel. Et évidemment, c’est encore moins naturel. Bref. J’ai le trac.

La semaine dernière, j’ai utilisé une vieille malle comme accessoire pour jouer dans un spectacle qu’un copain organisait en l’honneur des 70 ans de sa mère. Et pour utiliser cette malle, j’ai dû la vider. Elle était remplie de photos. Fatalement, dimanche, j’ai passé une partie de ma journée à replacer ces mêmes photos dans la malle, mais en les triant. C’est ainsi que je me suis retrouvé face à mes souvenirs d’Indigènes à Cannes.

Chez les autres, Jamel, Roschdy Zem, Samy Naceri, Sami Bouajila, tous « connus », il y avait dans les yeux « ben ouais, c’est encore moi ! ». Chez moi, il y avait ce que je me prenais en face « c’est qui celui-là ? ». Alors je souriais, je faisais genre. Mais je me battais intérieurement, j’essayais d’exister dans un monde où je n’avais pas d’existence et duquel j’avais le sentiment que certains voulaient naturellement m’extraire. Ce fût un mélange de bonheur d’enfant plongé dans un conte de fée (le tournage, le film, la projection avec les vrais tirailleurs, sur la scène, la palme, le Martinez, les fêtes) et de cauchemar (pour la partie extérieure), comme ceux que font les acteurs : être sur scène à devoir jouer une pièce dont on ne connaît pas le texte.

À chaque fois que je vois des photos de ce moment improbable et magique, je suis assailli par ces deux impressions : celles d’un rêve et d’un cauchemar.