Donner c’est choisir

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Cette histoire des riches qui donnent pour Notre Dame et ne donnent rien aux causes sociales et écologiques nous renvoie à notre propre responsabilité. En usant du même principe de défiscalisation, nous pouvons orienter à notre échelle les dépenses de l’état. Faire un don à des fondations, des ONG, associations caritatives, pour la recherche, la culture, l’environnement, le climat, contre la pauvreté, des partis politiques, peut être un acte militant.

En donnant, vous choisissez à quoi servira une partie de votre impôt (Notre Dame ? Fondation Abbé Pierre ? LREM ?).

Le don à des organismes d’intérêt général ou reconnus d’utilité publique sont défiscalisés à 66% et ceux faits aux organismes d’aides aux personnes en difficultés sont défiscalisés à 75% jusqu’à 537€ et 66% au-delà.

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Je n’aborde ici que les dons à 66% mais vous aurez compris que les dons à 75% sont encore plus avantageux. Voici un petit tableau dans lequel la première colonne représente ce que vous estimez que le don doit vous coûter, la seconde, le don que vous ferez et qui bénéficiera directement à l’organisme que vous avez choisi et la troisième, la part que l’état vous remboursera ou déduira de vos impôts.

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Concrètement, si vous pensez que vous pouvez consacrer 150 € dans votre budget annuel pour aider le Secours Populaire, WWF, la recherche contre le cancer, vous donnez 441€ à l’association de votre choix et l’état vous en remboursera 291si vous n’êtes pas imposable ou déduira cette somme du montant de l’impôt dont vous deviez vous acquitter.

Ces mesures sont limitées à 20% de vos revenus imposables.

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Quand vous faites un don, vous gardez précieusement de reçu qui vous sera fait. Vous inscrirez le montant dans la case UF de votre déclaration.

Évidemment, comme vous êtes un peu grippe sou, vous vous dites que vous devez quand même débourser l’intégralité du don et attendre l’année suivante pour vous faire rembourser. Mais vous n’êtes pas le seul à avoir des oursins dans les poches. Les dons se font le plus souvent en fin d’année pour cette simple raison.

https://www.economie.gouv.fr/particuliers/reduction-impot-don-associations

L’idée m’a été soufflée par le commentaire d’un copain (Jürgen Genuit).

Merci Intra Muros !

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C’était hier, Intra Muros d’Alexis Michalik, au joli théâtre de Cahors, une des dernières dates de la tournée de 120 dates qui s’achèvera fin mai. Le spectacle est né en mars 2017 au Théâtre13.

C’était la dernière de Jeanne Arènes (équipe de création). C’est émouvant ce moment où un membre de l’équipe qui a contribué à l’écriture du spectacle se fait déposer au port, disponible à d’autres départs. Alice de Lencquesaing a débarqué aussi il y a peu. Mais comme elle nous a habitués à des fausses fins, on n’a pas forcément cru à la dernière. Quant à moi, je rends mon costume d’Ange le 29 mai à Ostwald.

De telles aventures créent un lien très fort entre des gens qui ne se seraient peut-être jamais rencontrés, aux personnalités différentes voire antagoniques. Et le temps arrondi vite les angles jusqu’à créer une amitié, quelque chose qui a à voir avec les liens familiaux. En deux ans, des enfants sont nés, certains ont arrêté de fumer, repris ou pas, ont pris 17 kilos, en ont perdu 5. Tous ont changé.

Paradoxe du soulagement d’arriver à la fin d’une tournée trop longue (je suis le seul à avoir fait toutes les dates) et de la peur du vide.

Sur la photo : Sylvain Briat (musicien 2), Jeanne Arènes (Jeanne 1), Bernard Blancan (Ange 1), Fayçal Safi (Kevin 1), Sophie De Furt (Alice 1 Bis Avignon 2017), Paul Jeanson (Richard 1)

Une pensée à Elsa Tournoux qui nous a accompagné pendant presque toute la tournée, à Camille Torre qui… un peu moins… mais avec carte bleue active, Pauline et Bérengère (habillage), nos techniciens de choc, François Leneveu, Aleth et Thibault. Côté scène, Raphaël Charpentier (Zicos 1 créateur), Raphaël Bancou (Zicos 4), Mathias Louis (Zicos 3), Raphaëlle Bouchard (Jeanne 2), Élisabeth Ventura (Jeanne 3), Ariane Mourier (Jeanne 4), Marie Sambourg (Alice 3), Nicolas Martinez (Richard 2), Christopher Bayemi (Kevin 2). J’ai joué avec tous ! Bon et puis, le patron, quand même (un certain Alexis Michalik).

Je pète la bise à Benjamin Bellecour au passage, coucou Kelly, biboubou Marica, Juliette, Marion, les Théâtre13, les Pépi, les Béliers Avignon et tous les plus ou moins nouveaux avec qui je n’aurai pas joué : Ange (Joël Zaffarano, Hocine Choutri), Richard (Johann Dionnet), Kevin (Jean-Louis Garçon), Alice (Léopoldine Serre).

Putain de générique ! Si j’ai oublié quelqu’un, ça veut dire que j’en suis secrètement amoureux.

Intra Muros, ça continue à la Pépinière et ça sera au festival d’Avignon (aux Béliers).

Note confidentielle aux renseignements

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Mesdames, Messieurs,

Je viens par la présente vous faire part de quelques remarques qui pourraient être utiles à vos services, vous laissant la responsabilité de les transmettre ou non à votre hiérarchie. Cette note est bien sûr relative aux événements dits de Notre Dame.

Je tenais tout d’abord à vous mettre en garde par rapport à l’effet de sidération qu’a provoqué l’incendie. Dans un premier temps, en effet, la population dans sa grande majorité a vécu cet événement comme un incroyable fait historique, une véritable tragédie. Cette sidération était à la hauteur de la puissance symbolique de l’édifice.

Il conviendrait néanmoins de prendre en compte l’aspect éphémère de la sidération. C’est un réflexe qui échappe à la raison. Mais votre hiérarchie se tromperait en imaginant qu’elle pourrait s’appuyer sur cette sidération fédératrice en vue d’hypothétiques bénéfices politiques.

L’émotion éteinte avec les flammes, un grand nombre de nos concitoyens est passé à la phase de réalité : il s’agit d’une bâtisse qui a conservé toute sa structure (en dehors de la toiture) et qui n’est donc pas en péril. On sait maintenant que les réparations vont être engagées, largement financées et dans des délais que la présidence et la mairie voudraient les plus restreints possibles.

Par rapport au financement, vont se poser de sérieux problèmes budgétaires à l’état. En effet, si une famille (pas la mienne) donne 100.000.000 d’euros, elle va bénéficier d’une déduction fiscale de 66.000.000 d’euros. De fait, elle ne donne donc que 34.000.000 d’euros. Le budget de l’état se trouve, lui, amputé de 66.000.000 d’euros. 66.000.000 d’euros qui n’entreront plus dans les caisses. Merde… Conséquences : soit on rogne le budget de l’état de 66.000.000, soit on fait payer les contribuables, les autres, nous, quoi. En dehors des généreux donateurs qui refuseront la déduction fiscale, les grandes fortunes s’offrent ainsi à moindre frais une opération publicitaire de grande envergure dont 66% du montant seront donc payés par les contribuables. Il conviendrait de ne pas sous-estimer la capacité des classes populaires à faire le calcul car tout le monde sait compter.

Par ailleurs, il est évident que les clivages politiques traditionnels sont déjà retournés dans leurs sillons respectifs. Il ne faut pas se leurrer à propos des citoyens qui se précipitent pour faire des dons. Chacun le fait pour des raisons souvent idéologiques : nationalisme, réaffirmation des origines chrétiennes du pays, besoin de se réfugier dans l’illusion des fondations d’une civilisation, quand le monde réel est fait de révoltes et de flammes (dont on aimerait qu’elles s’éteignent aussi vite que celles de la cathédrale). La contribution des grandes fortunes au financement de la restauration n’est qu’une illusion de réconciliation entre les riches et les pauvres dans la fiction qui se construit. La blague ne marche que pour les conservateurs qui se refusent à aborder de face la réalité des chiffres et des situations.

Alors, Mesdames, Messieurs, il semblerait que, la sidération passée, une très grande partie du pays rit sous cape en voyant le président utiliser ce triste incendie pour continuer son enfumage professionnel. Les révoltes ne sont pas mortes.

En remplacement

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Je viens d’achever un long article. Mais j’ai pratiqué l’autocensure. Je le garde pour ouam.

Alors, on va parler d’Intra-Muros. La tournée commence à respirer. Mardi, on joue à Perpignan, jeudi à Cahors. La semaine prochaine, on sera à Joué-Lès-Tours le mardi, à La Ciotat le jeudi et à Marseille le samedi. Pour Marseille, je n’ai pas d’invitation. Mais quelle idée de n’y jouer qu’un jour. Plus que 12 représentations sur 120.

Oui, au fait, avec tout ça, je n’ai pas eu le temps de parler de mon bouquin comme j’aurais dû le faire. Il s’appelle Magnétique, est édité chez Michel Lafon, il se trouve facilement et se commande. Pas mal de copains l’ont déjà acheté. Je rappelle qu’il parle de 10 ans d’expériences diverses qui m’ont conduit à affirmer que la pensée peut produire un effet physique sur la matière. Bien sûr, dit comme ça, on voit bien que je suis parti assez loin. Mais, quand on lit le livre, on en a la confirmation. C’est ça qui est bien.

En Suisse

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Aujourd’hui, c’est Genève. Alors, comme on gagne énormément d’argent au théâtre, on s’arrange pour faire une date en Suisse en fin de tournée pour déposer nos valises de billets. Comme dirait le premier ministre, c’est vrai qu’on paie trop d’impôts, nous les riches (vu que les pauvres, ils n’en paient pas à part la TVA et la CSG et les cotisations sociales).

Non, je déconne. J’essayais juste de me mettre dans la peau d’un mec qui gagne trop d’argent. Je parie qu’à la fin, ce sont ces mecs-là qui vont être contents des mesures que Macron va annoncer, soi-disant après avoir écouté les gilets jaunes. On dirait que nos gouvernants n’ont retenu qu’une chose : ce qui va dans le sens de leur programme libéral. C’est à dire baisser les impôts des classes moyennes supérieures et des riches, réduire les dépenses de l’état (des services publics), baisser les allocations chômage et, si possible arnaquer encore les retraités en leur faisant des mesures à l’envers. Bizarrement, c’est comme ça que je vois les choses. De l’arnaque pure et simple. De la manipulation langagière. Du pipeau. Du flan. De la république en marche.

Toute la communication que l’on entend dans les médias va dans ce sens.

Pézenas, le théâtre parfait.

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Avec Intra-Muros, j’ai découvert les théâtres. Bien sûr, dans ma carrière bordelaise, j’avais foulé les planches de quelques-uns. Je m’étais appliqué aussi à monter des spectacles n’importe où sauf dans des théâtres. C’était mon truc, un snobisme du moment, amener le théâtre hors des théâtres. C’est pas forcément idiot.

Mais là, avec cette tournée, je découvre des théâtres de toutes sortes, des gigantesques à l’acoustique soignée, des tous petits qui tiennent de la MJC, des « à l’italienne », façon XIXème.

Depuis hier, je crois avoir trouvé mon théâtre idéal. Celui de Pézenas. Un remarquable petit théâtre à l’italienne construit en 1804 dans les murs d’une ancienne chapelle. La jauge est faible : seulement 234 places. Mais les proportions sont parfaites pour créer la meilleure osmose entre la salle et la scène. Acteurs et spectateurs respirent ensemble. Nul besoin de crier. L’espace autorise toutes les nuances.

Pézenas s’enorgueillit d’être la ville de Molière. Ce n’est pas tout à fait vrai. Il est né à Paris, mais c’est à Pézenas qu’il a fait ses armes et y est devenu le directeur de son Illustre Théâtre. Quand le baron local a arrêté de subventionner la troupe pour cause de révélation religieuse tardive, Molière est reparti à Paris, dans une cour plus importante. C’est sans doute cette illustre filiation qui a poussé l’architecte à livrer le meilleur de son art pour l’honneur du théâtre.

On notera au passage que Pézenas est aussi la patrie de Boby Lapointe.

Tiens donc…

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Nous jouons ce soir à Vallauris et logeons à Cannes. J’en ai donc profité pour faire un vague pèlerinage de mes séjours passés. Deux fois au Martinez, pour un mec comme moi, c’est tellement improbable que l’on peut envisager sérieusement quelque intervention divine. D’où l’idée de pèlerinage. Mais qu’on ne s’y trompe pas, j’ai fait aussi du repérage pour Cannes 2019. Imaginons que, par quelque manigance de je ne sais quel être céleste, mon film se trouve sélectionné ! On sait jamais. Je préfère prévenir que guérir.

Flânant sur la croisette, mon regard s’est vu attiré par une boutique de collectionneurs. Je m’en suis approché par curiosité. Un homme assez fort, jean, polo simple, cheveux courts, l’air mâle, un énorme cigare à la bouche, essayait une Rolex. De la façon la plus naturelle possible en de telles circonstances, j’avançais mon museau de fouine vers la vitrine. Des montres à minimum 8.000 €. Celle qui devait être la plus jolie en valait 65.000. Je n’ai pas fait de bond en arrière ni fait le moindre commentaire. J’ai même essayé de jouer celui qui s’intéresse davantage aux montres qu’aux étiquettes, faisant durer un petit peu le moment, et me suis enfui lentement en affichant une moue blasée.

Retour vers la mer. Visiblement, des bulldozers s’affairent à étaler du sable blanc importé de je ne sais où pour redonner un peu d’espace à la plage bien grignotée par les vagues d’hiver. Tout coûte un pognon de dingue, ici, comme dirait l’autre.