En grève

magasin

Petite pause dans la tournée avant d’aller jouer à (ex) domicile à Mérignac, mardi. Puis ça sera Le Bourget et Sallanches avant la trêve de Noël. J’avoue avoir craint cette tournée, se voir trimballé d’un côté et de l’autre, arraché à sa vie domestique. Mais finalement, tout se passe bien.

Malgré ces agitations, je reste connecté comme toujours à l’actualité. Je suis éberlué de voir le cinéma médiatico-politique. On dirait que personne ne comprend rien à ce qui se passe. Ça ment de tous les côtés, ça manipule grossièrement, ça culpabilise, ça cherche à diviser. Le SMIC dont on fait croire qu’il augmente (jolie arnaque), les primes données par les patrons alors qu’ils en donnaient déjà sauf que, cette fois, c’est défiscalisé, donc tout bénef pour les patrons qui en profitent pour faire croire qu’ils sont généreux. Les médias qui se félicitent du discours de Macron à l‘unisson, les députés LREM qui jugent même que c’est révolutionnaire. Les GJ n’auraient qu’à rentrer chez eux. Non mais allo ? T’es journaliste et tu vois rien ? Tu ne vois pas que ce qui gronde ne va pas s’éteindre avec un discours (surtout ce discours) ?

Pour ma part, je ne vais pas en manif. Aucune envie de me prendre un flash-ball dans la gueule ou de me faire gazer. Mais s’il faut y aller, à un moment, quand ils auront tué un ou deux manifestants, j’irai. Ma révolution je la fais en ne consommant plus en dehors du strict nécessaire. Grève de la consommation. Marre de n’être considéré que comme un consommateur. Faire une grève de la consommation, c’est mettre du sable dans les rouages de la machine capitaliste. C’est peut-être con, comme idée. Mais c’est pas certain. Comme je suis radin et en galère de fric pour cause d’impôts à retardement (je suis très con avec les impôts : pas de traficotage de déclaration, pas de défiscalisation, pas de compte en Suisse), c’est une solution qui me convient parfaitement.

Je ne suis pas très fier de cet article. Mais bon, c’est un blog et j’ai mille choses sur le feu.

Noël approche

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Nous rentrons du Nord où nous avons joué Intra-Muros dans de bien beaux théâtres. La semaine prochaine… Mérignac !

À peine rentré chez moi, je consulte le fil d’actualités et je vois que les Gilets Jaunes ont disparu au profit de l’attentat de Strasbourg. J’en étais resté au discours de Macron qui avait fait croire que le SMIC allait augmenter de 100 euros alors que le SMIC ne va pas bouger en dehors de l’augmentation automatique annuelle d’indexation à l’inflation, le reste étant une prestation sociale (prime d’activité) qui dépend de la situation des personnes (marié, célibataire, enfants…), dont l’augmentation était déjà programmée avant le mouvement et dont on a juste resserré l’agenda. Bref une sorte d’arnaque très éloignées des revendications des Gilets Jaunes. Mais bon, maintenant on change de sujet et on va passer à l’état d’urgence attentat. C’est quand même plus important que ces conneries de pauvres qui voudraient qu’on leur donne un peu plus de moyens et d’espace d’expression démocratique.

Mon soutien plein et entier aux victimes des attentats. Mon soutien renouvelé aux Gilets Jaunes. Non, parce que, étouffer une colère, c’est s’assurer qu’elle ressurgira d’une autre manière. Ne pas répondre à des espoirs de changement du système démocratique, c’est dérouler le tapis rouge au fascisme par voie électorale.

Ça sent le sapin

sapin

De retour de Bruxelles avec de bons souvenirs et le plaisir du succès pour Intra-Muros. Pendant ce temps, des affrontements gilets jaunes ont eu lieu devant le parlement européen. Et en France, ben, vous y étiez. J’ai suivi ça au plus près aussi depuis les moyens de communication modernes.

Pas mal de monde semble ne plus trop savoir quoi penser de ce mouvement. Normal. On n’aime pas le désordre. Vu de loin, on constate les divergences au sein de ce mouvement hétérogène. Les images du chaos nous cachent le pourquoi. Mais il demeure.

De loin aussi, ce déploiement de force de la police, ces annonces de plusieurs milliers d’arrestations « préventives », ça fait tout aussi peur que la casse. On se rend compte qu’on a placé en garde à vue un responsable de la marche pour le climat, par exemple. Une manifestation pourtant pacifiste qui a rassemblé davantage de monde et dont on n’a pas parlé. On sent bien que la tentation d’un état sécuritaire et répressif.

Je vais maintenant dire des choses bientôt interdites puisque déjà interdites par la presse. Vous connaissez des révoltes sans violence ? Et là, Léa Salamé me dit : « C’est horrible, vous justifiez la violence ? Monsieur Castaner, arrêtez-le ! ». On m’a raconté qu’à Bordeaux, ceux qu’on croisait avec la gueule en sang, c’était les femmes et les vieux, parce qu’ils ne courent pas assez vite. Et puis toutes ces mains arrachées avec ces grenades à la con, tous ces crânes zigouillés par des tirs de flash-balls, ces gamins à genou mains sur la tête comme au bon vieux temps, tout ça ne laisse rien présager de bon. Quoi ? s’insurge Salamé, vous insinuez qu’il y a des violences policières ? Monsieur Castaner, arrêtez-le !

Les espaces de liberté se restreignent. Matez donc la révolte ! La suivante sera plus terrible encore, dans 5, 10 ou 50 ans.

J’ai hâte d’entendre Macron. Je vais le regarder, comme on regarde un mauvais acteur dire un mauvais texte. Avec un peu de compassion et en pouffant de rire.

Nous, c’est Guignol !

CCU

Demain, nous partons jouer Intra-Muros à Bruxelles. Au Centre Culturel d’Uccle, pour être précis. Trois représentations qui nous feront revenir après le chambouliboula de samedi.

Hier soir, nous jouions à Montigny Le Bretonneux. Très agréable représentation pour un public qui nous a offert une belle ovation debout à la fin. Ainsi se poursuit la tournée qui nous fait passer de grandes salles à d’autres plus humaines, à la rencontre de publics parfois bourgeois à d’autres plus classes moyennes intellectuelles, tantôt de droite qui rit à certains moments, tantôt de gauche qui glousse à d’autres. Et tout ça, ça fait du théâtre, une histoire qui se raconte un poil différemment d’un lieu à l’autre et qui est perçue à la sauce de chacun. Bref, on joue et les gens aiment ça.

Porte ouverte

porte

J’ouvre la porte vitrée de l’immeuble en appuyant sur le bouton. Derrière, deux gamins, l’un de six/sept ans et son petit frère de deux tout au plus. À peine ouvré-je la porte que le petit se met à pleurer et à se rouler parterre en trépignant. L’ai-je cogné en ouvrant la porte ? Pas du tout. Le petit avait en main le bip qui lui permettait d’ouvrir la porte. Il avait dû courir pour aller l’ouvrir seul comme un grand, et voilà que l’autre grand vieux l’avait fait à sa place. Le gardien est là, la maman est arrivée aussi. Je m’excuse vaguement, amusé devant le caprice du gamin. Le conseil des adultes a décidé de refermer la porte pour permettre à l’enfant de l’ouvrir comme il l’avait prévu à l’aide de son bip. Il avance son bip mais fait aussitôt demi-tour en pleurant vers sa mère, puis il se tourne vers moi avec rage et me désigne de son bras tendu, le visage plein de colère. Je me suis dit que s’il avait été plus grand, il m’aurait insulté ou m’aurait mis une grande bouffe dans ma gueule. Finalement, il va ouvrir la porte et tout le monde s’en retourne. Pas certain que le gamin ait tiré une quelconque leçon de son aventure.

Ce petit épisode totalement anecdotique m’a fait penser que les réponses d’Édouard Philippe aux Gilets Jaunes ne seront pas vraiment jugées satisfaisantes. Vouloir éviter le chaos aurait consisté à donner des réponses à la hauteur des frustrations accumulées. La colère des grands n’est pas plus raisonnable que celle des petits. Même en obtenant ce qu’il voulait, le gamin n’a pas pu s’empêcher d’exprimer sa rage. Alors, quand on a l’impression de ne rien obtenir, si ce n’est un report du problème…

Soit nos dirigeants sont complètement déconnectés de la réalité, soit ils veulent que ça tourne mal. Mais, comme ils ont tous les renseignements généraux qui bossent pour leur dire ce qu’est la réalité, je pencherais pour la seconde hypothèse.

La vie

bébé

L’avantage, c’est que je garde les articles. Comme ça, ce qui a été dit le reste. Y compris les conneries. Cela faisait un moment que je me plaignais des effets de la politique libérale conduite par Sarkozy, puis Hollande et enfin par Macron. Une politique qui répond aux injonctions restrictives sans fin de l’Europe. Et j’étais tellement triste de voir que personne ne réagissait, que les élections allaient toujours dans le même sens (le libéral ou la facho) que je finissais par désespérer du peuple lui-même, gobant tout sans rien dire, se contentant de penser à ses petites misères. Et puis arrivent les Gilets Jaunes.

Ils ne font pas semblant, les Gilets Jaunes. Ils ne s’encombrent pas trop de tout le train-train des organisations classiques de manifestations. Au niveau de leurs revendications, si tout partait du refus d’une taxe (voire des taxes), on en est arrivé à la dénonciation de l’injustice fiscale. Ils demandent même la retraite à 60 ans. On voit mal comment Macron pourrait continuer à appliquer son programme de restrictions dans lequel ce sont toujours les mêmes qui doivent faire des sacrifices. Il semble que l’ordre des riches en cravate a pris un coup dans l’aile.

Pas vu venir. Mais ça fait du bien, cette révolte. Ça libère. Et puis ça oblige à exprimer, à dire et du coup, à réfléchir. Bien sûr, derrière tout ça, il y a ce regain de nationalisme, un discours anti-migrants déconnecté des réalités futures du monde. Bien sûr, il y a cette violence. Mais la colère ne s’exprime-t-elle pas aussi comme ça ?

Je lis ici que l’on s’inquiète pour notre démocratie. Oui, on peut s’en inquiéter si l’on reste figé sur les premières revendications. Mais c’est un mouvement en évolution. Et puis, la démocratie que nous connaissons actuellement, avec cette représentation politique tenue à jouer les marionnettes pour appliquer des directives dictées par des comptables, ces élections grotesques pour lesquelles à peine la moitié des gens votent, ce grand n’importe quoi médiatique sensationnaliste et normatif, ne vaut plus un clou. Personne ne se reconnaît dans son fonctionnement. Tout juste parvient-elle à maintenir un semblant d’ordre.

C’est comme si le peuple renaissait dans un grand cri et commençait à ouvrir les yeux. Que va-t-on faire du bébé pas très joli ? Que va-t-il faire en grandissant ? Personne ne le sait. En tout cas, un peu de vie dans ce monde mortifère ne peut que réjouir.

On se croirait un premier décembre

pluie

Et pendant ce temps, on joue ! Hier soir et ce soir, on est au Vésinet avec Intra-Muros. 670 spectateurs ravis, hier. Et nous avec.

Sinon, en bonne éponge, je suis le mouvement des gilets jaunes avec intérêt. Impression que tout discours politique est vain. Qu’une parole longtemps éteinte s’est réveillée et que, si elle n’est pas écoutée, si on la laisse disparaître sans avoir obtenu de vraies réponses, si le pouvoir continue ses réformes libérales injustes, il va se passer un truc peut-être violent. Ou peut-être un KO général qui amplifiera encore davantage la désertion des urnes.

L’idée de convergence des colères ne semble pas prendre pour l’instant car les gilets jaunes rejettent toutes les organisations dites représentatives. Le peuple veut qu’on lui rende le pouvoir. Moment historique dont personne ne peut prédire l’issue. Ça doit cogiter au sommet de la pyramide et prier pour que le temps reste pourri…