Si loin

Logée dans la commune française la plus au Sud de la France (Saint-Joseph de La Réunion, l’équipe artistique d’Intra Muros s’est livrée à une randonnée du bar à la plage (j’ai choisi de mettre une photo sur laquelle le soleil était voilé afin d’atténuer les réflexes naturels de jalousie).

Il y a trois mois, on nous promettait Fillon. Et le fait qu’il ne soit plus en course est déjà un premier bonheur. On nous promettait Le Pen largement en tête. Le fait qu’elle ne soit pas première est un second bonheur. Je craignais que Mélenchon s’essouffle et ses 19% sont un troisième bonheur. Seule ombre au tableau, c’est Macron. Seul regret, que ceux qui ont hésité entre Hamon et Mélenchon et ont voté pour le premier se soient trompé. Nos idées communes auraient eu une chance de triompher (je ne mets pas dans cette catégorie les allergiques à Mélenchon).

Bref, je trouve qu’on ne s’en sort pas trop mal par rapport à ce qui était encore en janvier. Alors je mettrais du soleil plus franc pour la prochaine photo.

Départ tout-à-l’heure

 

komidiÇa a l’air pas mal, Saint-Joseph, à La Réunion ! C’est là qu’on part ce soir jusqu’au 7 mai pour jouer Intra-Muros au festival KOMIDI. Comme l’impression qu’il y a des trucs à voir dans le coin.

Le hasard et le réseau ont fait (merci Paul Jeanson) ont fait que je vais tourner une scène avec Paul Jeanson et Camille Cottin, la semaine prochaine, pour le dernier fil d’Éloïse Lang. Il me restera du temps pour faire un brin de tourisme.

Seule réserve… la colonie de vacances d’acteurs. Ça fait du bruit ces oiseaux-là.

On parie ?

pronos

Plus sûr que les sondages, la côte des candidats chez les parieurs. Celui qui est le favori comme président le 7 mai, c’est Macron (2,05), vient ensuite Fillon (3,50), Marine Le Pen (4,50) et Mélenchon avec une côte de 8,00 (autant dire chances nulles).

Pour le duel qui sortira du premier tour, ils n’hésitent pas à mettre en tête le duel Macron/Le Pen (1,73), en second mais loin Le Pen/Fillon (5,00), Macron/Fillon (6,50), Lepen/Mélenchon (9,00). Les autres éventualités sont à 15,00.

En écoutant l’entourage et en observant Facebook, à gauche, on sent poindre des défections à Mélenchon au bénéfice affiché de Hamon (possiblement Macron en cachette). À droite, la raison revenant avec l’approche du jour J, Fillon devrait poursuivre sa remontée (dans l’isoloir, un électeur de droite se fout un peu de la morale dès lors qu’elle concerne son propre camp) et la Le Pen, en remettant des couches de racisme et d’islamophobie va exactement dans le sens du poil de ses électeurs qui sont avant tout racistes (point barre). Tout reste ouvert mais je suis assez d’accord avec les pronostiqueur du premier tour : Macron/Le Pen ou Fillon/Le Pen. C’est marrant de voir le sort du pays comme une espèce de match de foot. Demi-finale et finale. Quand je dis marrant, c’est une façon de parler.

Demain matin, départ aux aurores pour Lézignan-Corbières. Intra-Muros remet le couvert.

École buissonnière

sentier

C’était hier la dernière de la première série d’Intra-Muros. Six semaines au théâtre 13. C’est passé comme si on avait commencé la semaine dernière. Maintenant, rendez-vous mercredi à Lézignan-Corbières. Puis ce sera La Réunion. Mais le prochain grand rendez-vous, c’est bel et bien Avignon, le seconde grande série. La phase 2. Je n’ai pas fini de parler théâtre. Mais pas que…

Nous avons pris, la semaine dernière, la décision de reporter le tournage de Manigances. Pas assez de financement pour assurer un tournage en août dans des conditions à la hauteur du projet. On est partis pour un tournage au printemps 2018.

Concernant les élections, si je croyais savoir mordicus pour qui j’allais voter dimanche, ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui. Une vraie girouette. J’ai eu le tort de regarder la vidéo du meeting toulousain de Mélenchon. Et ça m’a gonflé. Pas forcément lui ou son discours, mais la mise en scène. Tous les gentils toutous qui agitent les drapeaux bleu blanc rouge parce que c’est la consigne de la direction avec l’éviction de tous autres drapeaux rouges, ça fait partie de cet espèce de jeu complètement faux, cette stratégie à la noix qui vise à attirer dans son giron les électeurs franchouillards qui se sont égarés chez les fachos du FN et à donner les couleurs du présidentiable parce que ça fait moins peur que le rouge. La fin justifie les moyens ? Pas sûr. Mais le pire, c’est l’incursion dans la vidéo de photos de Macron parmi une assemblée de Cheiks, ou celle de Fillon à côté de dignitaires du Qatar. On est en plein dans la mise en scène complotiste et antimusulmane utilisée par les amis du FN, dans toutes ces vidéos qui circulent sur Internet avec des musiques sensationnalistes de merde, racistes, servant de propagande aux Trump et Le Pen. On pourrait faire une vidéo de présidents qui portent un enfant dans les bras avec des cartons en caractères gras « tous pédophiles », sur une musique faitdiverienne. Comment accepter de voter pour des gens qui utilisent ces outils à la noix ? Elle est où la sincérité ? Pauvres électeurs que nous sommes. Dès que je vois les ficelles, qu’on me met à la place visible du manipulé, j’ai le réflexe de fuite qui se met en route. Fort à parier que Macron fera un très bon score à cause des votutiliens et qu’Hamon fera bien mieux que le petit 7% dont il est crédité. Et à droite, gare à Fillon et son « sens commun » ! Rien n’est décidément joué.

Bon, je m’énerve, je m’énerve. Mais ça reste celui qui représente le mieux mes idées…

Je suis en train de lire La Lucidité de José Saramago. Un roman qui démarre sur une élection qui comptabilise 83% de votes blancs et l’état de siège qui en découle. Ça n’aide pas à jouer sagement le jeu démocratique à la gomme…

The trou

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Hier soir, Intra-Muros, c’était une bonne encore. Le public nous a applaudi debout et nous a couverts de mots chaleureux et enthousiastes à la sortie. Pourtant, le spectacle n’était pas complètement celui de la veille et n’a sans doute pas grand chose à voir avec celui du début. Le texte est le même, l’implacable écriture de Michalik, la mise en scène n’a pas bougé, toujours aussi rigoureuse. Ce qui bouge, c’est le jeu des acteurs qui va donner telle et telle couleur à tel ou tel endroit.

Pour ce qui est de Ange (mon personnage), la représentation d’hier a pris un tour tout particulier. Elle m’a sans doute donné une clé essentielle dans l’évolution du personnage, dans ce qui le portera désormais. Je me suis en effet offert le trou de ma vie. Ce moment où la phrase d’après ne vient pas, où le vide fait place au plein, où tu ne sais plus comment tu vas t’en tirer, où tu ne sais plus ce que tu viens de dire ni ce que tu vas dire. Le regard du partenaire intègre la situation, ce silence qui n’en finit pas, ce plateau vide, soudain silencieux, le flot des mots tari à jamais. Pas de panique. Ça va revenir. C’est pas mal pour le personnage à ce moment de la pièce. Il faut juste parler, dire n’importe quoi pour que les connexions se refassent. C’est ce que j’ai fait. Trois mots de travers, des mots d’ailleurs, et le fil était renoué. La seule différence a consisté à intégrer dans le reste de la pièce cette difficulté à faire sortir les mots, cette arythmie du débit, cette folie qui pointe dans le regard qui s’est rempli de vide. Et oui, c’est super intéressant pour Ange, le taiseux, le mutique. Il ne peut pas parler soudain comme un marchand de tapis. Ça doit peiner à sortir. C’était sans doute la meilleure pour moi, celle qui ressemblait sans doute le plus à ce que voulait le metteur en scène, finalement. Et ce soir on joue. Et demain. Et ça sera encore différent d’hier, parce que le théâtre vit.

Pour ce qui est de la campagne électorale, c’est un petit peu la même chose. Il y a le texte, le programme, ce que l’on imagine des personnages. Et puis la campagne avance, et les acteurs évoluent, se révèlent ceci ou cela qu’on n’avait pas soupçonné.

Hier, j’ai posté sur Facebook un sondage qui, en filigrane, donne ses chances à Mélenchon autant qu’aux autres. Ça s’est mis à déverser du fiel sur les commentaires : l’histrion dégagiste, populiste, le vieux sénateur, pro-Poutine et Bachar… On n’était pas loin de me sortir la réincarnation de Staline. Tous ces arguments précuits que j’entendais avant-même que la campagne commence, au moment où les gens pensaient encore que Fillon était l’homme le plus intègre, comme si la campagne n’avait pas eu lieu, comme si le candidat n’avait rien dit pendant tous ces mois, comme s’il fallait absolument rester figé sur ses certitudes. Certains de ceux-là vont voter Macron, d’autre Hamon. D’autres à droite. Ou Poutou. Ils savaient de toute façon que pour eux, depuis des mois, voire des années, ce serait tout sauf Mélenchon.

Alors, en ce samedi de Pâques, je tiens à les rassurer. Gardez votre calme, les amis. Je sais comme vous qu’il n’a aucune chance de gagner car ils sont nombreux comme vous à l’avoir rangé très tôt dans le même panier que Le Pen. Rassurez-vous, les amis, il n’y aura pas de changement et la pièce qui se jouera pendant cinq ans restera bien la même, sans doute en pire. Mais au moins, le changement de paradigme économique et social n’aura pas lieu. Vous pouvez dormir sur vos deux oreilles. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Les acteurs peuvent jouer différemment chaque soir. Si la pièce est bonne, elle le restera. Mais en politique, visiblement, la pièce, on s’en fout. On se focalise sur les acteurs.

Du vécu

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Le Théâtre 13 est au beau milieu d’immeubles à loyers modérés. Au milieu de la cité. Les nombreux enfants qui jouent dans le square aux cerisiers du Japon ont la peau plus foncée que dans d’autres quartiers. Juste devant le théâtre, ils sont toujours une quinzaine de tous âges à jouer au foot. Parfois, les techniciens du théâtre vont taper le ballon avec eux. Personne ne pose de problème à personne. Le soir, les spectateurs d’une autre classe sociale viennent voir le spectacle et se glissent dans cet univers qui leur est souvent étranger. Si, hier soir, trois jeunes qui s’amusaient en balançant du rap dans un petit haut-parleur se sont fait contrôler par huit flics lourdement armés. Ils les ont plaqués contre le grillage. C’est pas toujours très cool la téci dans le 13.

Vers 18:30, une dame attendait l’ouverture du théâtre en espérant obtenir une place. Des gamines de 12 – 13 passent en ricanant. L’une d’elle vient de balancer un truc sur le toit d’une cabane de chantier. Ça va pas non ?! se met à hurler la dame. Ils s’amusent, répondons-nous. Ils font les conneries de leur âge. Oui, ben, je peux vous dire qu’à Tolbiac, il y a des cités comme ça, du logement social. Que de la racaille. Pourquoi social, demande le jeune ouvreur ? Ben, on y entasse de tout, là-dedans, dit la dame. Elle pense très fort « de toutes les couleurs ». Comme ça commençait à sentir fort le Fillon ou la Le Pen, je glisse que je vais voter Mélenchon. Le jeune ouvreur, Damien, renchérit en disant que lui aussi. Pfff, fait la dame que ça n’étonne pas. Mélenchon, il veut pas de l’Europe. Si, si, il veut de l’Europe, mais pas des traités actuels qui la régissent et contre lesquels on a voté. Et puis ce fût le silence. On n’entendait plus que les gamins jouer.

J’aurais pu ajouter qu’une étude du FMI met en évidence que l’augmentation de la différence entre riches et pauvres nuit à la croissance, mettant à mal l’idée défendue par Fillon et Macron, et tous les défenseurs du libéralisme que si les riches s’enrichissent, tout le monde finit par en profiter. C’est pas Mélenchon qui le dit, c’est le FMI. Il y a des évidences de cet ordre qui n’entrent pas dans la tête des politiques ultra mous.

Si l’on veut vraiment une autre façon de gérer l’économie, la façon de vivre ensemble, il n’y a pas 36 bulletins. Il y en a un à 2%, un à 7% et un autre à 20%. Les autres, c’est le libéralisme sauvage pour l’un, le libéralisme avec le sourire pour un autre et la guerre civile pour la troisième. La question est de savoir quel choix on fait, en conscience. Si l’on veut vraiment changer, le choix est assez évident. Mais on a le droit de se satisfaire de ce que l’on a, ou faire encore pire, ou de vouloir casser de l’Arabe. En conscience aussi. C’est juste que ces dernières solutions sont moins humaines que les autres. À mon goût, en tout cas.