L’optimisme, hypnose macronienne

paradis

Dans le monde rêvé des managers, l’optimisme est de mise. Positive attitude. Vivre au présent, se contenter de ce que l’on a, chercher toujours le bon côté des choses, s’ouvrir aux autres, échanger soft en éteignant les colères par le dialogue. Aimer son prochain. Qui serait contre ces joyeux projets ?

Internet à fait foisonner les sites de bien-être, on vante le « vivre-ensemble » (mais on se concentre quand même sur l’individu). En ce moment sortent plusieurs bouquins sur la soft culture suédoise. La positive attitude est à la mode. Elle est partout. Dans le langage, la presse, la publicité, l’éducation. Elle règne en maîtresse bienveillante. Mais soufflons un peu sur ce nuage de paillettes.

Cette attitude n’est-elle pas devenue une arme de pouvoir ? Une façon d’étiqueter toute contestation, toute colère, dans la catégorie des aigreurs, des amertumes, des frustrations, du pessimisme, de la dépression ? La vie réelle n’est-elle pourtant pas faite de paradoxes, de sentiments contraires et complémentaires ? Ceux qui prêchent la pensée complexe, le « c’est plus compliqué que ça » ne feraient-il pas preuve, soudain, d’une complaisance imbécile par rapport à cette façon mensongère et caricaturale d’envisager les relations humaines ?

Dans ce monde artificiellement aseptisé de pensée positive, les râleurs sont des gêneurs, des empêcheurs, des freins au progrès. L’étape suivante consiste à les dénoncer, les isoler, les éliminer par tous les moyens pourvu qu’ils aient l’air softs et légitimes. Les militants de « l’ultra gauche » sont quasiment des terroristes, Mélenchon est un tribun haineux et égocentré. Les gauchistes des pessimistes frustrés. Les anarchistes, des suicidaires. Les zadistes des nihilistes voyous. Les écologistes, des imbéciles suiveurs et peureux.

Pourtant, l’humanisme, le socialisme au sens noble ne sont-ils pas des valeurs hautement positives et généreuses ? Les situations de domination de l’argent ne sont-elles pas le socle d’un juste combat ? N’est-on pas en droit de nous insurger contre les politiques centrées sur les désidératas du patronnât et des comptables des grandes institutions financières et politiques ? Les pessimistes (et les fainéants), comme le dit Macron, sont-ils vraiment des freins au progrès ? Ne sont-ils pas au contraire des obstacles au rouleau compresseur le l’hyper libéralisme ?

La manipulation des consciences consiste en une déformation de la réalité. Elle se nourrit de fantasmes partagés. Pour le FN, ça passe par la peur de l’autre, l’étranger comme un ennemi. Pour la République en Marche, autre forme soft de totalitarisme, c’est la dénonciation des oppositions comme concentrations d’empêcheurs d’avancer sur le chemin parfait défini par leur chef. Qui aime le désordre et les gueulards ? Macron rappelle que la démocratie ne se fait pas dans la rue, oubliant au passage qu’il a été élu comme une grosse merde par une minorité de Français. Ceux qui parlent de démocratie quand ils sont au pouvoir feraient parfois mieux de se taire. La démocratie n’est pas un pouvoir vertical où le chef serait le seul maître au prétexte de son élection.

Combien de fois dans ce blog je passe pour un porteur d’aigreur et d’amertume ! La positive attitude, j’en subis depuis un bon moment les effets.

Mais ce n’est sans doute pas nouveau. Ça a toujours été l’arme de base des pouvoirs autoritaires qui se légitiment en prétendant agir pour la paix et le bien commun, la tranquillité, la raison.

Je comprends pas tout

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Ce matin je suis allé à Vanves pour aller faire la post-sychro du Village Français. Je n’avais qu’une réplique. Ce qui induit que Bernard Borel, l’ingé-son et Michel, son célèbre perchman, ont fait du bon boulot. Après, la réplique, c’était juste un mot : connard. Ça fait loin pour aller balancer une insulte de bon matin. Mais par bonheur, j’avais un bon bouquin. Ce fût l’occasion de péter la bise à Jean-Phi, notre réalisateur préféré.

Parfois, je me demande si jouer dans Intra-Muros est bénéfique pour moi. Professionnellement, je veux dire. Les spectateurs sont nombreux à venir me féliciter, certes, mais l’autre soir, une réalisatrice que je connais est venue voir la pièce. Je l’ai aperçue avant le spectacle mais elle « ne m’a pas vu ». Tandis que je fumais une cigarette sur le trottoir (j’ai oublié d’arrêter) pendant le pot de fin de spectacle, je la vois quitter le théâtre où elle a dû aller pincer quelque fesse. Elle « ne me voit » toujours pas. Alors je la regarde avec une de ces insistances qui vous transpercent la chair. Elle se retourne vers moi et me balance un semblant de geste de bonjour ou au revoir tout en continuant de partir.

La nana, je la connais, je viens de jouer une heure quarante pour elle et les autres spectateurs et elle n’est même pas foutue de venir me dire un mot. Des instants comme celui-là, c’est comme une gifle, une insulte, un crachat. Dans cette humanité, il y a quelques êtres qui me débectent au plus haut point. Sans doute une macroniste plus compliquée que ça… Vas-y que je te ponds des films pleins de valeurs humanistes tandis que je ne suis pas capable de la moindre petite politesse basique, du moindre savoir-vivre.

Je demande pas qu’on vienne me cirer les pompes. Il n’y a aucune obligation à aimer la pièce ou mon jeu.

Escapade furtive

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Quand on est absent de la toile, certains se demandent. Il est mort ? Il est malade ? En dépression ? Ben, j’étais à la campagne, histoire de profiter des courts week-ends que m’offrent le théâtre. Et par bonheur, Internet était ne panne. Merci Orange ! Donc, du soleil, des champignons et un peu de terrassement.

À peine rentré, je fonçais, caméra en main, pour aller filmer un acteur-réalisateur génial sur qui j’ai un projet de documentaire. Ne pas trop traîner. Poser la caméra, pondre un article court, avaler un morceau et foncer au théâtre !

Hier soir, première

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C’était hier soir, la première d’Intra-Muros (Alexis Michalik) à la Pépinière. On nous dira que ce n’est pas une première, puisqu’on l’a créé en mars au Théâtre 13, qu’on l’a joué tout le mois de juillet aux Béliers d’Avignon. Mais pourtant, c’était une première.

Le théâtre en lui-même constitue une nouveauté pour nous. Pas uniquement les murs et la beauté d’un petit théâtre à l’italienne, mais l’acoustique est pour beaucoup dans le renouveau du spectacle.

Nous avons retravaillé trois jours avec Alexis. Après le premier filage, il rentre dans le lard du jeu avec ses notes précises et implacables. Il propose de nouveaux axes, de nouvelles attaques de la pièce qui, de toute façon, fonctionne déjà toute seule. Comme il est aussi acteur, il accompagne ses notes d’imitations et de propositions de jeu. Et quand on le voit faire, mimer, dire les répliques, les mots qu’il vient de prononcer ont pris tout leur sens. Une nouvelle façon d’appréhender les personnages émerge, qui vient modifier la musique, le rythme, les accents. Soudain, le texte, les situations et les personnages prennent de l’ampleur et gagnent en profondeur. L’air de rien, on abandonne les réflexes de théâtralité pour une incarnation plus cinématographique. Et le spectacle séquencé comme un film trouve sa mesure. Un grand chef d’orchestre, ce Michalik !

On savait depuis les deux derniers filages, qu’il se passait quelque chose. Mais hier soir, au moment où nous nous retrouvons tous alignés de dos, avant même que le noir se fasse pour les saluts, le public jusqu’alors attentif et concentré lâche sa clameur. Elle est comme une vague plus grosse qu’on ne l’avait imaginée, de celles qui vous submergent, vous font vaciller et vous emportent. Intra-Muros version 3 est né. La magie du théâtre, c’est qu’on peut parfaire des prises alors que le montage est terminé et que la pièce est jouée depuis plusieurs mois.

Premières

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Mercredi 13 septembre, Toril (cinéma), de Laurent Teyssier, avec Vincent Rottiers, Sabrina Ouazani, Bernard Mapomme, Tim Seyfi, Karim Leklou et Alexis Michalik, c’est sur Canal +. Ce film, plusieurs fois primé à l’étranger a raté sa sortie Française. C’est pourtant un très fort premier film. Thriller paysan jouissif, co-écrit par le grand Guillaume Grosse (avec qui j’écris la fameuse comédie sociale qui va cartonner). Vincent Rottiers est au sommet de son art.

Jeudi 14 septembre, Intra Muros (théâtre) d’Alexis Michalik à la Pépinière Opéra jusqu’au 31 décembre c’est sûr et au-delà sans doute. Avec Jeanne Arènes, Alice de Lancquesaing/Sophie de Furst, Paul Jeanson, Fayçal Safi, Raphaël Charpentier et Bernard Mapomme. Vous aurez noté des noms en commun sur les deux projets.

Pour Intra-Muros, occupez-vous de réserver à l’avance. Il semblerait que ce soit déjà complet jusqu’a fin octobre… Comme dirait Michalik : « on n’est pas à l’abri d’un succès ». Et c’est pas faux puisqu’on avait rempli le Théâtre 13 puis les Béliers à Avignon avec un taux de satisfaction des spectateurs assez impressionnant.

En plus, il se moque de nous

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Voilà que maintenant, il nous explique que les « fainéants », ça veut dire ceux qui ne veulent pas bouger.

Alors, il y a d’autres mots : immobiles ou immobilistes, figés, fixés, glacés, raides, pétrifiés, sclérosés, statufiés, transis… plein de mots, mais pas fainéants.

Il nous prend juste pour des cons.